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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 21:51
La France aurait pu interdire aux mannequins trop maigres de défiler, comme l'Espagne et l'Italie, un an après la mort d'une top brésilienne anorexique. Mais elle ne va pas le faire: les professionnels de l'image du corps - couturiers, publicitaires, médias - ont préféré établir une «charte de bonne conduite» où ils «s'engagent à ne plus promouvoir de modèles d'extrême maigreur». 20 Minutes s'est procuré ce texte, fruit d'un an de réflexion, avant qu'il soit dévoilé en février par la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.

Concrètement? Peu de mesures chocs et aucune sanction. «On pose des principes moraux», insiste Marcel Rufo, pédopsychiatre et coprésident du groupe de travail. Les annonceurs promettent de mettre en scène la «diversité» des corps. De là à mettre à l'honneur des femmes dodues, non. «On va surtout veiller à ce qu'aucune femme au poids limite ne soit mise en avant», tranche le Bureau de vérification de la publicité. Les magazines acceptent de publier un bandeau «sanitaire» à côté des régimes proposés. L'idée séduit Tina Kieffer, directrice de la rédaction de Marie-Claire: «Si on devait retoucher une photo pour amincir une fille, pourquoi ne pas prévenir les lectrices!» Retoucher, et le dire: l'idée - forte cette fois - pourrait figurer dans la charte définitive. Le Sénat conseillait en 2006 d'exclure des podiums les filles trop maigres. «Inimaginable!» pour les pros de la mode, qui jurent que les 3.000 mannequins français sont en bonne santé. Il ne faut pas tuer le rêve.

 

 

Laure de Charette
 


20 Minutes, éditions du 22/01/2008 - 07h0948963_448279976_fille_H182735_L.jpg

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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 21:44

La charte d'engagement volontaire des pros de la mode

Projet de charte d’engagement volontaire sur l’image du corps

Mai 2007

Nous, professionnels utilisateurs ou faisant usage de l’image du corps, actifs dans les domaines de la mode, des médias et de la communication, avons accepté de nous rencontrer et d’échanger, sous l’égide du ministre de la santé, sur l’impact des représentations du corps dans notre société et d’entrer résolument dans une démarche d’engagement volontaire.

Déterminés à participer, avec les professionnels de santé et les pouvoirs publics, à une démarche positive et valorisante autour de l’image du corps, nous souscrivons à la présente charte qui décline nos engagements et ouvre des chantiers ambitieux mais nécessaires.

Préambule


Attachés à la santé des mannequins comme à celle de l’ensemble des populations qui peuvent être sensibles aux représentations du corps véhiculées par notre société, nous partageons la volonté d’agir simultanément sur deux dimensions :
- la question individuelle de la santé des personnes qui font métier de l’image de leur corps, qui a été dramatiquement illustrée, dans un contexte très différent de la France, par le décès récent de deux mannequins en Amérique du Sud ;
- la question collective de l’impact des images du corps sur la société et sur les troubles du comportement alimentaire qu’elles peuvent contribuer à générer.

Conscients de la complexité de ces sujets, nous adhérons au principe d’une démarche en deux temps consistant à montrer en premier lieu une volonté et un engagement forts sur la question de l’impact de l’image du corps sur la société avant d’approfondir en second lieu la réflexion et bâtir un large consensus, dépassant nos secteurs professionnels fortement symboliques, pour commencer à faire évoluer les représentations et les comportements. Notre démarche s’inscrit dans le cadre plus global du programme national nutrition santé (PNNS2) et la présente charte n’a pas vocation à traiter de l’ensemble des problématiques liées à l’impact de la nutrition sur la santé.

Convaincus de l’importance de nos activités dans l’expression d’une forme de liberté et de vitalité du corps, à l’opposé de la tyrannie de soi que constituent l’obsession de maigreur et l’anorexie, et certains de surcroît du rôle exemplaire que peut jouer la France dans un domaine où elle occupe une place à part, nous sommes attachés à l’idée d’engagements partagés et concertés  de tous les acteurs sur le sujet. Si la mode, les médias et la publicité ne doivent pas être le bouc émissaire de phénomènes qu’ils ne maîtrisent pas, ils peuvent être le moteur d’actions positives à construire collectivement.

Persuadés enfin que sur ces sujets, les approches purement réglementaires et répressives conduisent à des impasses ou peuvent même être parfois contre-productives, dans un domaine où la France dispose déjà de règles et de pratiques protectrices, nous sommes attachés au recours à une charte d’engagement volontaire susceptible de recueillir l’adhésion des acteurs concernés et de faire naître une dynamique propice à l’évolution des représentations et des comportements. 


Grands axes d’engagement et grands chantiers

1.    Sensibiliser le public à l’acceptation de la diversité corporelle


Nous nous engageons à promouvoir dans l’ensemble de nos activités une diversité dans la représentation du corps, en évitant toute forme de stéréotypie qui peut favoriser la constitution d’un archétype esthétique potentiellement dangereux pour les populations fragiles :

- dans le domaine de la mode et de la création, nous veillerons à sensibiliser les créateurs, les directeurs artistiques et les agences de mannequins à cette nécessaire diversité.

- dans le domaine de la publicité, nous continuerons à mettre en avant cette diversité, nos annonceurs s’adressant d’ailleurs à des publics larges pour lesquels une monotypie centrée sur la jeunesse et la maigreur n’est pas nécessairement la plus efficace.

- dans le domaine de la presse magazine, nous veillerons à cette diversité dans nos publications.

Nous nous engageons à participer aux actions qui pourront être mises en place, à l’initiative du ministre de la santé, avec l’ensemble des professionnels concernés (santé, social, éducation, etc.) pour renforcer la prévention, l’accompagnement et la protection des jeunes et des personnes les plus vulnérables. Une attention particulière doit être portée sur les périodes de grande fragilité et sur les débuts de l’anorexie et dans cette optique l’éducation par la santé et la formation et la responsabilisation des parents sont essentielles.


2.    Protéger la santé des professionnels de l’image du corps, en lien avec les familles et dans le cadre des dispositions législatives existantes

Dans le domaine de la mode et de la création, une campagne de sensibilisation et d’information sera développée auprès des services de médecine du travail sur les risques liés à l’extrême maigreur.

Dans le domaine des médias, nous nous engageons à ne pas accepter la diffusion d’images de personnes, notamment si elles sont jeunes, pouvant contribuer à promouvoir un modèle d’extrême maigreur.

Nous nous engageons à contribuer à une réflexion et une concertation conduite, sous l’égide du ministre de la santé, pour faire le bilan de la législation relative à l’emploi comme mannequins des jeunes de moins de 16 ans, tout en nous félicitant de l’existence de cette législation, qui ne se retrouve pas dans tous les pays.

3.    Mieux informer le public sur l’utilisation de l’image du corps pour éviter les phénomènes de stigmatisation et de promotion de la maigreur

Dans le but de contribuer à sensibiliser le public à l’acceptation de la diversité corporelle, nous nous engageons à œuvrer, chacun dans son domaine d’activité, pour éviter toute forme de stigmatisation des personnes en raison de leur physique et de leur poids.

Des travaux seront engagés au sein du Bureau de vérification de la publicité pour parvenir à un encadrement déontologique et des recommandations de bonnes pratiques sur les représentations du corps dans les publicités et sur la bonne information du public en la matière.

Nous nous engageons à participer au débat qui devra s’ouvrir sur la régulation du traitement de l’image du corps sur Internet, tant sur des supports à vocation commerciale que sur des espaces tels que les forums ou les blogs. Ce thème sera abordé dans la seconde phase des travaux du groupe.

 Nous nous engageons à conduire une réflexion en faveur d’une contribution équilibrée et critique des magazines féminins à la demande de minceur qui s’exprime au sein de la société. Cet équilibre pourra notamment ressortir d’un traitement éditorial rappelant les risques des troubles alimentaires ainsi que d’un regard sanitaire sur les régimes proposés et leur efficacité ou non efficacité.



--> Beaucoup de blabla...le terme "rélflexion" trop souvent répéter! On attend  les vraies actions!
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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 18:44

INDIGESTION

 

1-copie-1.jpgComment peut-on encore tomber malade aujourd’hui quand L’Etat et les publicitaires sont aux petits soins pour nous et font assaut de prévenance ? Au point que cette attention portée à notre intégrité physique devient un rien agaçante. Cela avait commencé au siècle dernier avec le port de la ceinture de sécurité en voiture, vivement conseillé avant de devenir obligatoire puis sévèrement réprimé en cas d’infraction. Avec des résultats incontestables mais en écornant au passage la liberté individuelle.

Forte de ce premier succès, la bonne conscience étatique n’allait pas en rester là. L’alcool et le tabac ont donc fait l’objet de son encombrante sollicitude. On peut encore consommer le premier «  avec modération »- mais cet étrange laxisme ne saurait durer- tandis que la dangerosité du second a vertigineusement cru avec les ans. Hier il nuit gravement à la santé. Aujourd’hui, il « tue », ou bien il « provoque un cancer mortel ».

2-copie-1.jpgPoursuivant sa croisade thérapeutique, le Léviathan s’est fait tutélaire et s’est penché sur le contenu de nos assiettes. Plus moyen de regarder la télé ou de baguenauder en ville et de saliver en paix sur les produits proposés à notre appétit sans qu’aussitôt survienne le redoutable et récurrent rappel à l’ordre : gare au gras, au salé, au sucré ! Reprendre une rondelle de saucisson ou de la crème caramel deviendra bientôt un acte d’un rare incivisme.

Observant scrupuleusement cette ascèse, vous pensiez être devenu un citoyen modèle et en avoir terminé avec les terribles commandements de la bonne santé obligatoire et républicaine ? Que nenni, il vous faut maintenant éviter de « grignoter ». En attendant la suite. Profitez-en, vous pouvez encore 4-copie-1.jpgpicorer. Trop, c’est trop. L’indigestion, nous guette ? Que les pouvoirs publics développent la prévention, voilà qui est fort bien. A condition de le faire intelligemment et non pas sous la forme de ce rabâchage, de ce décervelage, qui relèvent davantage d’une mauvaise propagande que d’une information argumentée délivrée à des consommateurs responsables. L’Etat a déjà fort à faire. Qu’il ne se mêle pas, en plus, de jouer les diététiciens.

Jean-Pierre LANSKIN, édito L’Est Républicain du dimanche 02 décembre 2007

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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 23:49

Troubles alimentaires: des femmes mûres dans le piège

Le dimanche 02 septembre 2007

Stéphanie Bérubé

 

La Presse

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Les troubles alimentaires ne peuvent plus être considérés comme des maux d'adolescentes. Le nombre de femmes mûres qui en souffrent est en hausse en Amérique. Et l'anorexie, le plus meurtrier de ces troubles, ne les épargne pas.

«Nous voyons une nette augmentation du nombre de femmes plus âgées dans nos cliniques», constate Cynthia Bulik, directrice du programme des troubles alimentaires de l'Université de Caroline du Nord. Selon cette sommité mondiale dans le domaine, il manque cruellement de données sur les cas adultes.

Opinion partagée par l'ensemble des intervenants internationaux, dont Tania Lemoine, fondatrice de la clinique montréalaise Baca. Dans son bureau de consultation, rue Sherbrooke, Tania Lemoine a une bibliothèque bien garnie. Des dizaines et des dizaines d'ouvrages de références sur les troubles alimentaires. «Mais aucun qui ne s'intéresse spécifiquement à l'anorexie après 35 ans», déplore-t-elle.

Plus de neuf patients sur 10 aux prises avec des troubles alimentaires sont des femmes. La majorité des patientes traitées à l'âge adulte traînent le problème depuis l'adolescence. Une partie d'entre elles ont néanmoins développé des troubles plus tard. À la suite des stress de la vie: une séparation difficile, des problèmes d'ordre professionnels, les défis de la vie de famille.

Selon Tania Lemoine, il ne faut pas s'étonner de voir tant de femmes développer une anorexie à l'âge adulte, alors qu'elles ont carrière et famille. «Il y a un niveau d'anxiété extrêmement élevé dans la société présentement, dit-elle. Or anxiété et troubles alimentaires vont main dans la main.» D'autant, poursuit-elle, que la nourriture est omniprésente dans le quotidien maintenant.

On voit alors des femmes mures très intéressées par la nourriture et très préoccupées par leur poids. Elles se pèsent tous les jours, font des régimes, craignent comme la peste que leurs enfants deviennent obèses, vérifient les repas en famille. Elles ne sont pas obsédées, jusqu'au jour où survient une épreuve dans leur vie. Elles perdront alors le contrôle.


Toujours plus jeune, toujours plus mince


L'environnement social est très important dans le développement de troubles comme l'anorexie. «Avez-vous déjà entendu cette expression récente qui dit que 40 ans est le nouveau 30 ans?», demande la Dre Anne Becker, directrice de la clinique des troubles alimentaires du Harvard Medical School de Boston. Justement, explique-t-elle, les femmes sont plus nombreuses à avoir recours à des traitements antivieillissement. Il ne faut pas s'étonner de voir aujourd'hui des femmes en préménopause réagir fortement à des changements corporels auxquels elles ne peuvent rien.«"Comme une adolescente pourrait réagir à la puberté», compare la Dre Becker.

Selon le Dr Howard Steiger, de l'Institut Douglas de Montréal, les pressions sociales sur les femmes ne cessent pas à la fin de l'adolescence. «On voit plus de femmes de 40 ans ou 50 ans dans les gym qu'on en voyait il y a quelques années», note-t-il.

L'Institut Douglas, qui est le centre de référence en troubles alimentaires chez les adultes au Québec, n'a pas assez de places pour répondre à toutes les demandes. «Il y a une croissance des troubles alimentaires en général, confirme le Dr Howard Steiger. La croissance est toutefois nettement plus marquée dans le cas de la boulimie. Pour l'anorexie, la croissance est là, mais moins marquée.»

Sa collègue américaine Anne Becker croit que les patientes adultes forment tout de même une «population invisible» pour la médecine. «Les anorexiques sont maigres, explique-t-elle. Un médecin qui rencontre une patiente atteinte peut le déceler. Mais dans le cas de la boulimie, il peut ne pas y avoir de symptômes physiques chez les femmes plus âgées. Les praticiens n'ont pas encore le réflexe de poser des questions à ce sujet.»

Aux États-Unis, depuis 30 ans, le nombre de femmes avec des problèmes de comportement alimentaire a doublé. Officiellement, le Département américain de la Santé estime qu'au moins cinq millions de femmes ont des troubles alimentaires. D'autres organisations considèrent que pour un cas déclaré, il y en a un autre qui se vit anonymement.

Les troubles alimentaires chez les adultes ont ceci de particulier: ils peuvent passer inaperçus. Surtout chez les personnes qui vivent seules. Une femme peut manger un excellent lunch santé entre amies, le midi. Ses collègues ne sauront jamais que c'est son unique repas de la journée. Les anorexiques limitent les repas pris en public, elles refuseront une invitation à souper avec des amis plutôt que de devoir trop manger selon leurs critères.


Le tueur silencieux


Lorsqu'elles réalisent, et admettent, qu'elles ont un problème grave, plusieurs femmes tardent à s'engager dans une thérapie. Précisément parce que l'anorexie est considérée comme une maladie d'adolescentes.

Le Dr Steiger croit toutefois que les femmes qui vont au Douglas ont fait un bon bout de chemin. «Ces femmes veulent s'en sortir, dit-il. Alors que les adolescentes qui ont été traînées chez le médecin par leurs mères sont plutôt en déni.» Les spécialistes s'entendent à dire que le taux de réussite est toutefois plus bas chez les adultes souffrant d'anorexie.

Les deux tiers des femmes qui souffrent d'anorexie nerveuse vont tout de même s'en sortir, et développer un meilleur comportement alimentaire. De ce groupe, une bonne partie va guérir complètement.

Une personne sur cinq qui a souffert d'anorexie ne s'en sortira jamais et, de ce triste groupe, 5% en mourront. Surtout chez des gens qui ne sont pas traités. De tous les troubles psychologiques, l'anorexie est le plus meurtrier.


Pour plus d'informations et de ressources, consultez le site www.lanorexiesesoigne.com lancé par l'Institut Douglas en parallèle à une importante campagne de sensibilisation.

http://www.cyberpresse.ca/article/20070902/CPACTUEL/709020380/6716/CPACTUEL03
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 23:45
Alain, 52 ans, ou l'anorexie au masculin

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Annick Benoist

 

Agence France-Presse

 

Paris

«Les autres sont dans la vie, je suis en dehors de la vie. J'en souffre atrocement. Au point que je me suis forgé une carapace, de peur de souffrir davantage. Ce qui renforce encore mon isolement. Je ne sais pas comment sortir de ce cercle vicieux».

À 52 ans, Alain G., tourne depuis plus de 30 ans autour d'une anorexie obsédante, omniprésente, qui martyrise sa pensée, comme son corps. 46 kilos pour 1,75m, ostéoporose, fractures de fatigue. Plus de cheveux. Plus de dents à cause des vomissements quotidiens.

Sans compter les urgences et hospitalisations à répétition. En raison de ses «TS» (tentatives de suicide) médicamenteuses : il en compte cinq pour ce seul mois de juillet. Certains de ses amis -avertis par message- ont pris leurs distances, redoutant un chantage affectif. Trop violent.

Lui-même avoue : «Je me plains d'un grand vide et, paradoxalement, je crée le vide».

Dans son studio parisien, méticuleusement tenu et décoré -il se veut «esthète»-, Alain s'inquiète de votre confort, de votre faim ou de votre soif éventuelles. S'excuse des jappements de sa petite chienne qu'il gourmande, enferme dans la salle de bains. S'excuse encore dix fois avant de se livrer.

Tout a commencé à l'âge de 21 ans, à la faveur d'une hépatite B qu'il avait contractée en laboratoire, en deuxième année de médecine à la fac d'Amiens.
«Un prétexte, je pense. Sans doute l'anorexie était-elle sous-jacente».

Était-ce parce que ses parents attendaient trop de lui? Son frère aîné était un garçon «à problèmes», souffrant de troubles psychiatriques, placé en hospitalisation d'office pour avoir menacé son parrain de le tuer. A-t-il voulu «réparer» sa défaillance aux yeux des parents?

«Toujours est-il que j'ai été un petit garçon bien sage, poli, sans excentricité vestimentaire. J'ai porté des culottes courtes très tard, je n'avais pas droit aux jeans».

Était-il vraiment cet enfant sage, ou jouait-il un rôle? Il s'interroge encore. Se repenche sans cesse sur ce passé qu'il perçoit comme «ennuyeux», mais baigné de l'affection des siens, de la douceur d'une grand-mère paternelle qui vivait à demeure.

Adolescence solitaire, apparemment sans problème. Sauf que... À la troisième rencontre, Alain évoque avec réticence cette histoire d'attouchements, subis vers 12-13 ans. Quelque chose qui émerge dans ses entretiens actuels avec son thérapeute.

D'une façon générale, sa sexualité est réduite à sa plus simple expression : «je suis quasiment puceau. À l'époque de mon adolescence, on ne parlait pas de sexualité, on disait seulement qu'il fallait faire attention avec les nanas, sans explications».

Quand l'hépatite s'est déclarée, Alain est retourné chez ses parents. «La maladie a été le prétexte à rentrer dans l'anorexie. Restrictive d'abord ("je pouvais rester 4, 5, 6 jours sans manger"), puis boulimique ("sachant que je pouvais tout régurgiter"), avec des addictions à l'alcool ("désinhibiteur").»

Depuis, chaque journée est la même : «une orange le matin, une ou deux pommes à midi et, le soir, une crudité, un petit bout de jambon, un peu de baguette. Puis les vomissements -même pour trois grains de riz-, qui calment l'angoisse, mais qui fatiguent. Alors je dors».

Les plaisirs? «En dehors de deux heures de marche quotidiennes, je ne me souviens pas en avoir eu. Je pense que je n'y ai pas droit. Que si je me lâchais, j'aurais peur de ce qu'on pourrait penser de moi. Peur de décevoir, de faillir».

le 11 septembre 2007
http://www.cyberpresse.ca/article/20070911/CPACTUEL/70911020/6716/CPACTUEL03
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 23:39

L'anorexie frappe de plus en plus tôt

 

Le Soleil

 

Québec


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L’anorexie frappe de plus en plus tôt. Habituées à voir poindre des jeunes filles de 12 ou 13 ans avec un diagnostic en poche, les intervenantes de la Maison l’Éclaircie en voient de plus en plus qui n’ont que huit ou neuf ans. Un paradoxe, à l’heure où l’obésité infantile fait de plus en plus la manchette.

L’Éclaircie est la seule ressource communautaire de Québec qui accueille les personnes souffrant d’anorexie ou de boulimie. Elle fête aujourd’hui son 10e anniversaire. Hier, elle recevait des groupes d’adolescents pour les sensibiliser à ce trouble mental. En ateliers, les jeunes étaient amenés à «vivre» le quotidien d’une personne anorexique.

Au moment de la visite du Soleil, une douzaine de jeunes de l’école Jean-de-Brébeuf, dont un seul garçon, se mettaient pendant une heure dans la peau d’une personne ayant réellement fréquenté l’Éclaircie. De la mère de famille qui ne se permet qu’une pomme et 10 raisins pour dîner au boulimique qui engloutit des masses de nourriture avant de se faire vomir, en passant par la jeune adolescente qui se trouve grosse avec ses 50 kilos, toutes ces personnes ont en commun de vivre une intense souffrance, soulignait la coordonnatrice Marlène Duchesne.

Une souffrance qui, lorsque l’anorexie produit ses ravages, n’est plus seulement psychologique, mais aussi physique. Et qui ne s’arrête jamais. Toujours, «la petite voix du dictateur» est là, qui répète inlassablement «T’es grosse, t’es laide, t’es pas capable, tu vaux rien».

L’écoute d’une cassette a fait sursauter bien des participantes, hier, étonnées de voir à quel point l’autodépréciation des personnes anorexiques ou boulimiques est intense et constante.

Et lorsqu’une fille pesant 70 livres se trouve grosse, il ne sert à rien de la contredire, notait Mme Duchesne. Aussi fausse soit sa perception, c’est ainsi qu’elle se voit. Tant que la personne touchée ne vit pas les conséquences de ses comportements alimentaires, il y a peu de chances qu’elle reconnaisse son problème.

L’infirmière scolaire Carole Dion, qui a initié la participation des élèves de Jean-de-Brébeuf, témoignait d’ailleurs de cette difficulté à «ouvrir les yeux» de celles qui ne veulent pas voir.

Des mythes

La nutritionniste Julie Fortier a pour sa part déboulonné un certain nombre de mythes entretenus par les anorexiques et les boulimiques, tel l’impact des laxatifs ou du vomissement provoqué pour maigrir. Ni l’un ni l’autre de ces moyens n’a vraiment cet effet, mais il en a par contre beaucoup sur la santé, expliquait-elle, et c’est de ces troubles que résulte l’amaigrissement.

L’Éclaircie travaille avec des personnes présentant un trouble alimentaire avancé, mais aussi en prévention, avec ceux ou celles qui commencent à adopter des comportements problématiques. La Maison, située route de l’Église à Québec, offre des ateliers de motivation, d’estime de soi, d’information, des groupes pour les parents, des cafés-rencontres, de même que de l’hébergement de fin de semaine.

Pour information : www.maison eclaircie.qc.ca

http://www.cyberpresse.ca/article/20071108/CPSOLEIL/71108166
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 23:33
Les Italiens ne la verront plus

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La publicité choc du photographe italien Oliviero Toscani en faveur d'une marque de vêtements et représentant une jeune femme anorexique a été interdite en Italie par le jury de l'institut d'autodiscipline publicitaire (IAP), a-t-on appris vendredi auprès de cette dernière.

Heurte les convictions morales, civiles et religieuses

Le jury «estime que le message mis en cause n'est pas conforme aux articles 1 et 10 du code d'autodiscipline publicitaire et en exige la cessation», indique t-il dans sa décision. L'article 1 de ce code impose que toute «publicité doit être honnête, véridique et correcte. Il doit éviter tout ce qui discrédite» la publicité.

L'article 10 exige que «la publicité ne doit pas aller à l'encontre des convictions morales, civiles et religieuses des citoyens. Elle doit respecter la dignité de la personne humaine dans toutes ses formes et expressions». Les décisions du jury de l'IAP sont contraignantes pour toutes les agences de publicité adhérentes, ce qui est le cas de cette campagne contre l'anorexie, parrainée par la marque de vêtements italiens «No-l-ita». Les motivations de la décision n'ont pas encore été rendues publiques.

«Censure» pour Toscani

«L'image est choquante pour tous, en particulier pour tous les malades, et est instrumentalisée à des fins commerciales», a dit à l'AFP le président de l'IAP Giorgio Floridia, précisant cependant qu'il n'a pas pris part au débat du jury.

Le photographe italien a dénoncé une «censure» et affirmé qu'il allait déposer un recours en justice pour dommages moraux et économiques. «Les membres du jury sont des personnages anachroniques qui ont fait leur temps», a-t-il dit au Corriere della Sera.

En France, le Bureau de Vérification de la publicité (BVP) a «totalement déconseillé» aux afficheurs français, fin septembre, d'utiliser les visuels représentant l'actrice anorexique.

 


20Minutes.fr, éditions du 19/10/2007 - 15h26

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6 octobre 2007 6 06 /10 /octobre /2007 12:57

Isabelle Caro
L'ombre d'elle-même

 

Au bout du fil, une petite voix décidée explique qu'elle doit réfléchir à son «plan de com» avant de parler. «Tout le monde me veut», dit-elle, «Times», CBS, «El Mundo »... cent journalistes laissent jour et nuit des messages. Isabelle Caro savoure la lumière. Cette semaine, à la Fashion Week de Milan, c'est elle, enfin, que l'on regarde. Et tant pis si c'est pour son corps de cadavre, ses joues creuses, ses yeux délavés qui viennent vous hanter... Sur l'affiche d'Oliviero Toscani, elle «fait peur», c'est ce qu'elle voulait : «Montrer le vrai visage de l'anorexie.» Même son pays, la France, qui a interdit l'image, jugée «attentatoire à la dignité humaine», ne peut plus l'ignorer. «J'ai fait ça pour les milliers de filles qui souffrent», clame-t-elle. «Et surtout pour elle», ironise le photographe italien : «Cette jeune femme est, comme toutes les anorexiques : hyper- narcissique.» Le roi de la provoc, connu pour ses clichés à scandale, a trouvé en Isabelle la muse idéale. Elle a 25 ans, dont douze dans l'enfer de l'anorexie. La maladie est devenue toute sa vie, sa marque de fabrique. La comédienne, élève en troisième année au Cours Florent, a posé en culotte, les côtes saillantes, devant les caméras de TF1, créé un blog, tout déballé. Le méchant beau-père, la mère, ancienne instit, qui l'étouffait, violon, danse, patinage artistique, trop de pression, plus envie d'avancer. 29 kilos, l'hosto, les psys, la chirurgie esthétique... Isabelle a tout dit mais elle prépare un livre, un film. La thérapie par les médias.

 

Sophie des Deserts
Le Nouvel Observateur


--> Après le lancement fracassant de la fameuse publicité, on casse du sucre sur le dos d'Isabelle. C'était à prévoir. Mais à quoi Toscani s'attendait-il en mettant une anorexique sous les projecteurs, sachant que notamment Isabelle avait soif de célébrité. Oui les anorexiques ont cette tendance hyper-narcissique, mais pourquoi donc? Parce que l'anorexique se déteste, se hait, et se mésestime. Elle se sent rejetée. Elle attend de la reconnaissance et de l'amour, elle attend d'être rassurée. C'est donc une aberration de mettre une anorexique sous les projecteurs.

Cette pub et son tapage va faire une fois de plus du mal aux personnes souffrantes de troubles alimentaires. L'idée va se réduire à: les anorexiques sont maigres, fières de l'être et capricieuse.
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6 octobre 2007 6 06 /10 /octobre /2007 12:50

DIVINE ANOREXIE

L'actualité analysée par le psychiatre Serge Hefez.

02/10/07

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Fascinante cette quatrième de couverture de Libération du 1er octobre: des yeux magnifiques pour un regard à la fois vide et accrocheur, un âge incertain… Isabelle Caro pourrait avoir douze ou cinquante-cinq ans. Son physique de jeune vieille est encore plus troublant sur la photo de Toscani qui embrase l’Italie et à laquelle elle doit son actuelle célébrité. Isabelle a 25 ans. Elle est anorexique depuis l’âge de 14 ans. Elle pèse environ 31 kg pour un mètre soixante-quinze…

Sur de grands panneaux qui s’affichent dans plusieurs villes de la péninsule, elle apparaît nue et décharnée, une vision d’horreur au message ambigu, censé détourner des milliers de jeunes filles de la tentation de la maigreur. Mais celles qui sont visées par ce message sont justement celles qui vont trouver cette photo divine, et tenter par tous les moyens de s’y conformer. Combien d’adolescentes squelettiques se contemplent aujourd’hui dans un miroir qui leur renvoie un message de rondeur ?

Je connais bien ces gamines : elles hantent par dizaines le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de la Pitié Salpétrière où je les reçois toutes les semaines avec leur famille. Elles sont toutes les jumelles d’Isabelle Caro: si chacune a une histoire singulière et un physique original, l’anorexie, comme la toxicomanie chronique aux drogues dures, abrase les différences et transforme toutes ces jeunes filles en clones obsédés et épuisants, en pantins égocentriques.

Eva, 33 kg pour 1,72 m parle avec horreur de ces «bourrelets dégoûtants» qui ne sont que des morceaux de peau qu’elle pince obstinément sur le haut de ses cuisses émaciées. Ils lui rappellent ce corps maternel qu’elle évoque avec mépris, toisant du regard une petite femme timide et effacée, de corpulence parfaitement normale, qui n’ose affronter le regard de sa fille.

Laure, 19 ans, ne peut plus marcher tant elle est affaiblie: c’est sur une chaise roulante, nourrie par une sonde gastrique qu’elle tente périodiquement d’arracher, que ses parents la conduisent à notre consultation. Sa sœur Adeline est une magnifique jeune fille: une année de moins, un sourire rayonnant et un corps pulpeux. Personne ne fait attention à elle face à Laure dont la maigreur et les sanglots attirent l’attention parentale comme un aimant.

Pourquoi tant de haine de soi, pourquoi  cette obstination à l’autodestruction? On aimerait des parents forcément coupables, à l’image de la maltraitance infligée par la mère d’Isabelle Caro. Des mères terrifiantes qui prennent possession du corps de leur fille jusqu’à construire avec elle un monstre à deux têtes. Ou des pères trop absents, trop incestuels ou trop rigides…

Ces situations existent. Mais aussi l’inverse: des parents effacés et à distance,  toujours déboussolés et honteux. Pour l’anorexie comme pour toute la vie psychique, il faut apprendre à se méfier des simples causalités, des «yakas» et des «c’est la faute à» (la société, la mode, la famille, la consommation)… Ces ados sont de fait souvent surinvesties par leurs parents et présentent de profondes angoisses de séparation, mais comment différencier la cause et la conséquence de leur mise en danger? La réalité psychique est bien complexe et emprunte des chemins plutôt tortueux.

Mais tout de même, si l’anorexie est décrite et répertoriée depuis des millénaires, les cas se sont multipliés par quatre ces vingt dernières années et 2% des jeunes filles sont aujourd’hui concernées. A côté de ce pourcentage, ce sont des millions de jeunes filles qui, sans être cliniquement anorexiques, entretiennent un rapport obsessionnel à leur corps et à leur alimentation.

À cette période de la puberté qui transforme obligatoirement leur corps par une augmentation du tissu adipeux, ces adolescentes veulent plaire et se conformer au modèle dominant de minceur, à cette femme grande et élancée dont l’image est surmultipliée par leurs magazines favoris. Un grand nombre d’entre elles entre dans une escalade infernale de régimes amaigrissants et joue au yoyo avec leur poids. Parfois, une déception sentimentale, un deuil ou un échec scolaire vont accentuer le processus. L’obsession pour l’image corporelle s’installe progressivement, permet d’éviter les tensions et les conflits, surtout au sein de la famille, repousse les questions existentielles liées à l’autonomie et à l’entrée dans la vie sexuelle… Mieux vaut contrôler son corps que tenter de contrôler sa vie.

Une étude réalisée par Keys dans les années 50 est intéressante: ce chercheur a étudié les effets d'une restriction alimentaire sur des volontaires sains. L'expérimentation portait sur 36 objecteurs de conscience qui furent soumis pendant six mois à une semi-diète. Au bout de plusieurs mois de restriction alimentaire, il constata une tendance significative à l’augmentation de l'exercice physique, la présence de pensées obsessionnelles, la tendance à la compulsion et des perturbations du schéma corporel. Ces pensées et ces comportements se retrouvent dans les troubles anorexiques et boulimiques.  Ceci souligne que quelles que soient les causes de départ, la restriction alimentaire entraîne une série d’enchaînements de comportements qui créent un cercle vicieux: toutes les autres pensées sont court-circuitées et les jeunes concernés semblent se vider de leur substance et de leurs réflexions.
On ne le répètera jamais assez, méfiez-vous des régimes, surtout à l’adolescence!

http://familles.blogs.liberation.fr/hefez/2007/10/divine-anorexie.html

 

 

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Published by Angélique - dans Revue de presse
6 octobre 2007 6 06 /10 /octobre /2007 12:41

 

Isabelle Caro, 25 ans, anorexique. Sa photo nue par Oliviero Toscani fait scandale. Elle, qui pèse 32 kilos, assume, dit juste vouloir faire passer son message contre la maladie.

 

Par SABRINA CHAMPENOIS, photo JéROME BONNET

Libération: lundi 1 octobre 2007

 

 

 

Joint au téléphone, Oliviero Toscani soupire : «C’est terrible, ce qui est en train de se passer. Isabelle est en train de devenir une starlette. Les médias sont en train de la glorifier, donc, indirectement, de glorifier l’anorexie. Exactement le contraire que ce que je voulais faire avec cette campagne…» Il y a pile une semaine, le photographe italien, as en coups médiatiques, notamment pour Benetton, fait sensation avec cette photo : Isabelle Caro nue, 1,65 m, 32 kilos. Et l’image n’enrobe rien : cage thoracique qui perce, seins flétris, traces d’esquarres aux fesses… Un zombie, un spectre, une morte vivante. Flanquée du slogan «Anorexia/No», la campagne parrainée par la marque de vêtements No-l-ita et soutenue par le ministère italien de la Santé a fait l’effet d’une bombe. D’autant que le timing avait été choisi : en pleine fashion week milanaise, la mode étant censée favoriser les TCA (troubles du comportement alimentaire). La polémique a été immédiate et planétaire . En France, le Bureau de vérification de la publicité a «totalement déconseillé» aux afficheurs de placarder une image figurant une personne «souffrant manifestement d’une pathologie».

 

Malade, Isabelle Caro ne nie absolument pas qu’elle l’est. Qu’elle l’est encore, pour être précis. Elle dit: «Si j’avais à me décrire ? Je dirais que je suis un cadavre en voie de guérison.» Et que la photo de Toscani choque, elle comprend parfaitement : «Mais pour moi aussi, ça a été dur ! A la fois de poser nue, et ensuite de me voir. En plus, je me suis dit que ça allait me desservir dans mon travail de comédienne, déjà que ça n’est pas facile, que je me retrouve généralement à jouer les malades ou les toxicomanes. Mais je tenais à faire passer mon message, comme quoi l’anorexie est une maladie de merde, qui peut justement aboutir à ça, à cette horreur, et même à la mort.» C’est par le biais d’une agence de comédiens qu’Isabelle Caro, qui vit de petits boulots comme hôtesse d’accueil, s’est retrouvée à travailler avec Toscani. Le photographe cherchait une anorexique pour une campagne contre cette maladie qui, explique-t-il, l’intéresse comme phénomène de société depuis de nombreuses années. La séance a eu lieu en avril, deux heures dans le studio parisien du photographe, 700 euros net pour Isabelle. Depuis, elle n’a eu aucun contact avec le maestro, même si elle s’est rendue à Milan la semaine dernière, après avoir découvert dans Elle le visuel de la campagne. Toscani : «Elle débarque à Milan comme ça, sans avertir personne, mais s’attend à ce que tout le monde l’attende… Isabelle, elle est très bien dans son rôle, très égocentrique, égoïste, et maintenant elle veut être une star. Moi, ce que je recherchais, c’était un corps, un symbole. Sachant qu’elle a cette chose en plus, ce regard extrême, qui essaie de séduire. C’est un élément très important, parce qu’on retrouve souvent ça, chez les anorexiques, ce désir de séduire malgré ces corps terribles… C’est parce que ces corps les séduisent, elles.» Il confirme cette anecdote qu’elle nous avait rapportée : à Milan, elle a contacté la marque No-l-ita pour se faire prêter des vêtements… Elle s’est vu envoyer des fringues de taille 40. «C’est moi qui leur ai dit de faire ça : elle veut faire le mannequin, eh bien le message est non, un mannequin ne doit pas être anorexique mais avoir une taille normale, et 40, voilà une taille normale.» C’est logique, mais pas dénué de cruauté. Et il n’est pas interdit de penser que Toscani, aussi, digère mal que l’affaire lui échappe.

Mannequin, Isabelle Caro ne formule à aucun moment l’envie de l’être, même si cette coquette aime être prise en photo, ce qu’atteste son blog où elle se montre jusque dans son bain. Et de diva on n’a pas vu, même si Gwenaëlle Trillat, rédactrice en chef de l’agence Gamma, qui l’a suivie à Milan, la dit «passionnante, intelligente, très cultivée mais épuisante». Celle qu’on a rencontrée s’est révélée certes effrayante physiquement, mais douce, attentive, et cohérente quoique stupéfiante.

 

Isabelle Caro le dit tout de go, elle a quitté Paris pour Marseille pour mettre le plus de distance possible entre elle et sa famille. Sa mère, plus exactement. Jusque-là, rien que de très classique. Et puis cela correspond aussi, comme elle le souligne , au schéma qui veut qu’en matière d’anorexie «il y [ait] souvent un problème de relation à la mère». Sauf que ce qu ’elle raconte est sidérant, au point qu’on puisse soupçonner l’affabulation. Elle dit d’ailleurs : «Je sais, c’est énorme.»

 

Soit une mère (qu’elle refuse qu’on puisse identifier) qui ne se remet pas de la rupture avec le père de sa fille («Un homme connu, un artiste, je ne peux pas en dire plus, il ne m’a pas reconnue») au point de souhaiter que leur enfant ne grandisse pas trop, en taille s’entend, pour lui ressembler à lui, qui est plutôt petit. Et de décider, après une visite chez le pédiatre qui la préfigure grande, que désormais elle ne sortira plus… car «le grand air fait grandir». Isabelle a 4 ans. Dès lors l’école se fera par correspondance, à la maison (isolée dans les bois, en banlieue parisienne), l’apprentissage du violon par cours particuliers. Zéro sortie, ne serait-ce que dans le jardin, mais avalanche de jouets. «C’est de là que me vient le goût du théâtre : je me déguisais souvent, je me glissais dans la vie de personnages, je sortais, en fait.» A la maison, en dehors du duo mère-fille, il y a un beau-père qui perpétue le confinement quand la mère sort, «pour avoir la paix». «De toute façon, il n’en avait rien à foutre de nous.» Il n’y a qu’une tante maternelle pour s’inquiéter, pour suggérer l’anorexie . Alors la mère, par ailleurs profondément croyante, qui fait carême et fait jeûner sa fille le vendredi saint, entrouvre le verrou, autorise le violon au conservatoire puis le patin à glace : la gamine se forcera à manger pour ça, jusqu’à la rechute, jusqu’aux multiples hospitalisations. Jusqu’à ce coma, l’été dernier, où elle dit «avoir entrevu le tunnel» et avoir décidé «une fois pour toutes d’arrêter [ses] conneries».

Aujourd’hui, Isabelle Caro répète à l’envi et dans un grand sourire, que «la vie est belle et vaut vraiment le coup». Elle a trois passions : le théâtre, qu’elle pratique au cours Florent, à Paris, trois jours par semaine, la nature en Provence, et Isabelle Huppert. Elle a d’ailleurs consacré son mémoire de maîtrise de théâtre au Médée de Lassalle joué par Huppert, et ne cache pas que les taches de rousseur qu’elle s’est fait tatouer constituent une sorte d’hommage. Elle aime aussi Bach, Elfriede Jelinek et Rilke. Les apparitions télé lui ont fait connaître ses voisins, les relations sentimentales sont compliquées mais pas inexistantes, et elle rêve d’avoir un jour un enfant. Elle vote, «bien sûr, mais pas Sarkozy !».

 

Au plan thérapeutique, elle est suivie par un pédopsychiatre, doit faire des prises de sang hebdomadaires, un bilan cardiaque mensuel. Sur le plan médicamenteux, c’est potassium, Xanax (anxiolytique), et aspirine pour empêcher le sang de trop coaguler. Elle dit désormais manger avec plaisir, «surtout les petits déjeuners et les sushis». Plus précisément les sashimis sans riz : «Les féculents, ça a encore du mal à passer.» Son œsophage reste douloureux, séquelle de l’époque où elle vomissait.

 

Elle situe son poids de forme «autour de 40 kilos». El le stagne pourtant aux alentours de 30, est descendue à 25. Et elle rapporte cette anecdote d’adolescence. Sa mère peine à trimballer une bouteille de gaz, et s’écrie : «Regarde ce que je dois porter toute seule, 35 kilos ! Mais tu te rends compte, c’est insupportable ce poids !» La coïncidence est évidemment énorme. Qu’en pense la jeune femme ? «Je lui en ai beaucoup voulu, mais en même temps elle était profondément dépressive et elle souffrait terriblement.» Et soudain, on se fait cette réflexion : Isabelle Caro ne se plaint guère.

 

Isabelle Caro en 5 dates

Septembre 1982

Naissance à Paris.

1992

Sa tante suggère l’anorexie.

1995

Sombre dans l’anorexie.

2006

 

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