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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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°~°~° Bienvenue °~°~

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 13:37

Le mot à maux de l’anorexique

 

 

Le régime est caché pour le déni ou la manipulation

 

Son but est obscur avec des justifications qu’il fabrique pour l’occasion.

 

Il s’éloigne de nous et cette distance l’exile.

 

Le régime est sans limite, il faut maigrir jusqu’à disparaître.

 

Le régime entraîne des conduites ritualisées, organisées voire ‘obsessionnelles’.

 

L’anorexique est dans une démarque restrictive personnelle passant par l’élimination, la sélection progressive jusqu’à l’aliment unique.

 

Le régime est sans faille et de plus en plus restrictif.

 

L’anorexique collectionne les aliments, les accumule et les cuisine.

 

Sa conduite est globale, elle touche toute la sphère alimentaire : choix des aliments, élimination et toutes les techniques permettant de perdre des calories.

 

Il utilise les médicaments pour accélérer la perte de poids (laxatifs, excitants, pansements gastriques, diurétique).

 

L’anorexique refuse et a des réactions violentes s’il accepte contre son gré.

 

Il est dans l’idéal de pureté.

 

Il est potomane (absorption de plus de 3 litres d’eau par jours).

 

Son mode de vie change avec le régime, une autre vie s’organise.

 

Aménorrhée primaire (les règles ne viennent jamais) ou secondaire (elles s’interrompent) pour les filles. Pour les garçons, absence de désir sexuel.

 

Le régime est facile.

 

Humeur égale, tout va bien.

 

Dictature du temps, tout est minuté.

 

Manger est une activité douloureuse, pénible, entraînant des réactions émotionnelles visibles.

 

La préoccupation alimentaire monopole son esprit et déterminer tous ses comportements.

 

Sur la balance, c’est une descente progressive et inexorable, qui le rassure sur son projet de maîtrise.

 

Il est dans l’hyperactivité.

 

Tous les efforts physiques sont pratiqués de façons abusives sans goût pour le sport jusqu’à l’épuisement.

 

 

Anorexie, ados au régime, ados en danger ? Docteur Alain Meunier.

 

 

à Je tiens à préciser qu’il y a autant d’anorexies, que d’anorexiques. Les symptômes évoqués ci-dessus sont généraux. Tout le monde ne réagit pas de la même manière.

 

 

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Published by Lyla - dans Anorexie
17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 21:49

 

Repérer l’anorexique

 

 

Un interdit qui s’impose à sa volonté

La restriction alimentaire de l’anorexique semble dictée par une loi intérieur, une logique qui nous dépasse. Un interdit bloque l’adolescent contre sa volonté. Il exprime avec sa logique à lui, souvent intelligente, imparable une réponse définitive à une problème qu’in ne s’explique pas lui-même. Les réponses sont sans vécu, purement dialectique ; il ne sent pas vraiment les causes de son problème et à quoi cela répond en lui. Il ne sait pourquoi il « ne peut pas manger », pourquoi « il ne mange pas ».

« Une restriction sans cause ni but », ce pourrait être une définition de l’anorexie.

 

Déni, dissimulation aveuglement

L’anorexique cache ses restrictions alimentaires, rapidement il vous « donne la preuve » qu’il mange et cette dissimulation peut vous abuser très longtemps. Il « déjeune chez une amie’ où il arrivera en disant « qu’il a mangé chez lui » avant de venir. La manipulation est inscrite au tout début de cette maladie. Elle ne fait que répondre à ses injonctions intérieures, au blocage qu’il éprouve devant l’assiette. Il  nie son problème, parce qu’il ne le voit pas, c’est le « déni » de l’anorexique. Même s’il vous semble aller contre l’évidence, il est réellement dans l’impossibilité, inscrite dans cette maladie, de percevoir sa différence.

 

Un blocage physique et psychologique

L’anorexique vit un cauchemar…Il est sous notre regard qui exige, commande, implore qu’il mange mais il n’y arrive pas. Un interdit s’impose à lui plus fort que tout, plus fort que son désir de nous faire plaisir, un interdit qui s’impose à sa volonté et dont il ignore lui-même l’origine. Devant ce blocage, physique, il va tenter d’escamoter la nourriture par un tour de passe-passe : « le chien est le meilleur ami de l’anorexique ! » par une bonne excuse pour sortir de table, une mastication interminable. Ces tentatives sont marquées par des réactions physiques et psychiques. C’est un véritable malaise qui s’installe, il tremble, transpire, se sent vertigineux, son visage est pâle, le regard vide, tourné vers l’intérieur. Il est « ailleurs ». Dans ces moments-là, il semble abattu, triste, muet. Lorsqu’il transgresse « l’interdit » de manger, les réactions sont violentes : rougeurs, palpitations, évanouissement et un sentiment de honte palpable. Les vomissements qui le soulagent sont un signe souvent tardif. Ils apportent la tranquillité à ses repas, mais constituent un véritable facteur d’aggravation car ils lui permettent de se fixer dans la maladie. La faim est le moyen qu’il s’est donné pour maîtriser sa vie et jamais, elle ne transparaît.

 

L’obsession du temps.

A cette époque où, pour tout adolescent, la maîtrise du temps est fondamentale, elle devient pour l’anorexique une véritable prison. Il est comme le joueur d’échec qui pour agir fait démarrer l’horloge et dont tous les actes sont en relation avec le temps. S’alimenter n’échappe pas à ce principe, il est toujours « pris par le temps ». Tout ce qui s’adresse au plaisir est compté, minuté. Il se fixe une heure exacte pour ses repas, une durée limitée, un calendrier. Lui ne pense qu’à ça, se donne de moins en moins de temps pour le faire. Court ou interminable, le temps est l’invité de sa table.

Il compte, dissèque, il analyse

L’anorexique n’aime pas le contenu de son assiette. Il procède par élimination :

Il écarte les aliments les plus nutritifs, les écarte de façon définitive jusqu’à éprouver un vrai dégoût. A terme, il manifeste un attachement particulier pour les choses rares et fait une sélection drastique pour en venir à quelques aliments ou même un aliment unique dont il devient le spécialiste : on rencontre ainsi des adeptes de l’oignon, de la tomate, de la figue, du yaourt, qui n’ont plus aucun secret (origine, variété, taille…) Il s’agit d’une véritable quête organisée, qui lui prend de plus en plus de temps. Il en arrive à ne plus pouvoir se passer de cet aliment électif et devient dépendant. Il est la condition de sa survie et sa vie s’organise autour de lui. Au bout de cette démarche, il passera de l’oignon au chocolat comme s’il fait des « cures ».

C’est par là que passe sa maîtrise de la nourriture. Il quitte un aliment pour un autre, lourd de promesse, un nouveau terrain d’expérience. Ce système d’élimination, de sélection, de comptage se retrouve dans l’assiette, projetée comme sur un écran. Les aliments sont séparés, comptés, analysés puis disséqués. La sélection est faite sur différents critères : le comptage des calories, la séparation des glucides et des lipides mais surtout pour éviter qu’ils se contaminent entre eux, qu’ils se touchent : pour l’anorexique, les aliments doivent rester distincts, propres pour ne pas venir « salir » leur idéal de propreté intérieure. Les aliments sont l’objet d’autres manipulations qui répondes toujours à une logique : découper en dés, le plus petit possible pour facilité la digestion, mastiquer les plus longtemps possible pour activer le travail de la salive, assaisonner avec des produits « agressifs » comme le jus de citron, le poivre, le piment pour prédigérer.

Ces attitudes s’installent très vite et l’anorexique construit rapidement sa prison dans son assiette. Cette mise en scène de l’alimentaire (élimination, sélection, comptage) est un principe général que l’on retrouve dans les autres activités qui peuvent l’intéresser. A table, les invités sont vite agacés par l’anorexique sans trop savoir pourquoi, alors que les parents y sont habitués et n’y prennent pas garde, c’est un bon révélateur du trouble…

 

Celui qui collectionne

L’anorexique ne craint pas les aliments. Il les touche, les approche, les cuisine même. Il peut se révéler un excellent maître queue !  Ne pouvant céder au plaisir que pourrait lui apporter la nourriture, l’ado va devenir un grand « cuisinier ». Il peut passer du temps dans la cuisine et préparer des plats copieux pour toute la famille.

Voir les autres manger le rassure et vient renforcer sa sensation de maîtrise. De tels comportements, s’ils sont nouveaux ou de plus en plus fréquents, sont à surveiller.

On peut aussi constater des difficultés à choisir les aliments à acheter ou se décider sur un menu au restaurant.

Certains plats le tentent, mais parallèlement, ils comptent leur teneur en calories.

Le calcul décidera son choix final.

Il peut accumuler les aliments, s’entourer de nourriture et on peut en trouver sous son lit dans sa chambre etc. Il collectionne de façon compulsive et précise (toutes les catégories de chocolat par exemple) in n’est pas rare de retrouver de véritables trésors de guerre dans la chambre de l’anorexique. La sensation de maîtrise de la nourriture est d’autant plus forte qu’il vit entouré d’aliments. Là où le réfrigérateur se vide pour l’adolescent, il se remplit pour l’anorexique.

 

Une perte de poids sans limites :

Pour l’anorexique, perte de poids rime avec maîtrise de soi. […] Quelques grammes perdus le rassurent. Mais, il n’y a pas de poids idéal pour l’anorexique et cette descente est sans limites. Son application à ne pas manger est sans faille ce que traduit sa courbe de poids en pente régulière. […] Pour lui, nul modèle, nul regard ne le satisfera, ni ne l’arrêtera

 

Une véritable hygiène de l’assassin.

L’anorexique a une politique restrictive qui s’adresse à toute la fonction alimentaire. Il multiplie les comportements dans ce sens en utilisant :

-         les prises médicamenteuses : il se vide, se nettoie de tout ce qu’il absorbe par des agents qui accélèrent le transit (fibres, laxatifs, purgatifs), par des produits qui peuvent limiter l’absorption : zyloric, huile de paraffine mais aussi ceux qui augmentent le métabolisme (vitamine C, spécialité asiatique, stimulants en tout genre, diurétiques…)

-         des abus de boisson (potomanie) : il boit surtout de l’eau qu’il transporte avec lui et dont il peut absorber 5 ou 6 litres par jour. Cela entraîne d’importants désordres hydroélectriques […]

-         des efforts physiques (hyperactivité) : c’est un « coureur de fond ». Le sport ne s’adresse pas à l’esthétique du corps mais à la perte des calories ingérées. Il connaît les équivalents de ses efforts et préfère les exercices longs et solitaires. […] Il aime les états seconds et pour les exercices jusqu’à l’épuisement. Il paraît insensible à la douleur […]

Tout doit disparaître

Aux questions : quelle image l’anorexique a-t-il de son corps et quel rapport entretient-il ave lui ? Deux phrases suffisent : « toujours trop » et « tout doit disparaître ».

[…] Il est difficile de soupçonner une anorexie en se fiant à l’apparence car elle est un signe tardif de la maladie.

Anorexie, Ados au régime, ados en danger ? Docteur Alain Meunier et Clothilde Van Lerberghe

 

 

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Published by Lyla - dans Anorexie
12 mars 2006 7 12 /03 /mars /2006 20:42

 

Anorexie et boulimie: quelques chiffres


 

 

 

  • Au Québec, 65 000 personnes présentent des troubles de conduites alimentaires, dont 13 000 se retrouvent dans la région de Québec.

  • 56% de la population est insatisfaite de son corps.

  • 5 à 10% des femmes âgées entre 16 et 25 ans présentent certaines caractéristiques propres à un trouble sévère des conduites alimentaires.

  • 1% des jeunes filles de 16 à 20 ans souffrent d’anorexie mentale sévère, pendant que environ 4% manifestent des problèmes liés à la boulimie.

  • L’anorexie ou la boulimie se présente comme une maladie chronique dans 25% des cas.

  • Plus de 9% de la population de 15 ans et plus présente un poids insuffisant avec risque accru de mortalité.

  • 5 à 15% des jeunes filles souffrant d’anorexie ou de boulimie décèdent soit des complications de leur maladie, soit de suicide.

  • Pour chaque personne atteinte du sida ou porteuse du VIH, 150 personnes souffrent d’anorexie ou de boulimie.

 

http://maisonsdejeunes.qc.ca

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Published by eixerona - dans Anorexie
11 février 2006 6 11 /02 /février /2006 20:40

 

Comprendre l’anorexie…

 

Entre fusion et rejet : paradoxe de l’anorexie et désirs inconscients

 

Tout d’abord, je crois qu’il est important de souligner qu’il y a,

D’une part, divers degrés « d’anorexie ». Autant « d’anorexies » que d’anorexiques. Donc pas UNE façon de se soigner – et de guérir - mais autant de façons de prendre soin de soi – et d’appréhender la maladie - que de personnes.

D’autre part qu’il y a plusieurs étapes dans la guérison. Etre guéri pour le corps hospitalier ne correspond pas toujours à un sentiment personnel de guérison.
L’entourage n’est plus inquiété, mais le malaise persiste : au pire des cas,  après plusieurs « guérisons », c’est le drame final… le dénouement fatal.
On ne peut demander à un enfant de ne plus souffrir pour faire plaisir à ses parents.

Souffrir n’est pas une partie de plaisir.

La personne qui éprouve des difficultés à se nourrir souffre en général non seulement de faire souffrir. Mais aussi que sa souffrance lui soit en quelque sorte reprochée.

Enfin, la guérison doit être abordée différemment bien sûr selon les âges

Cependant, à travers une approche sensible, je vais essayer de poser des mots sur un mal qui peine à trouver les mots pour se dire.

Tout en m’appliquant à ne pas l’enfermer dans ces mots. Mais à comprendre ce qui se joue dans l’inconscient et essaie de se dire par la difficulté à se nourrir, et la sensation de ne pas en ressentir l’utilité.

Partant du principe que tout symptôme veut dire quelque chose qui ne sait se dire autrement…le symptôme anorexique est paradoxal puisque c’est à travers l’effacement que l’anorexie s’affirme : Et l’on doit voir en cette affirmation plus  un « programme de survie » et une stratégie de résistance à la souffrance, qu’une volonté de mourir ... 

On remarque que même squelettique, l’anorexique se trouve en générale « trop » (trop grosse) . Comme si elle ou il (Michaux, et Kafka l’auraient «été) gênait, comme si elle ou il dérangeait, comme si, à peine existante, elle ou il craignait encore de ne pas être aimable. Comme si ayant envie de s’aimer, pour exister, elle se supportait mal à travers l’image (ou des détails de l’image) que le miroir lui renvoie.

On remarque aussi que le premier « miroir » est le regard maternel, et le visage que renvoie ce regard.

Tantôt admiratif, tantôt possessif… Tantôt froid, tantôt indifférent, tantôt dévorant tantôt exterminant

Le second, à priori, étant celui du père : tantôt réconfortant tantôt absent tantôt friand

On peut penser qu’un enfant qui se supporte mal a peut-être senti que sa présence était mal supportée.

Que ce qui lui était demandé, ce qui était  attendu de lui, le troublait ou ne correspondait pas à ce qu’il croyait être.

La demande a pu être abusive (il paraîtrait, selon le site AIVI, que cinquante pour cent des anorexiques ont été victimes d’inceste1). Mais par demande abusive, j’entends une demande que l’on adresse à quelqu’un qui n’est pas en mesure de satisfaire à cette demande.

Ainsi l’enfant a pu ressentir une demande, directe ou indirecte, le plus souvent tacite, comme: « soit autre que tu es » « ou autre que ce que tu aspires à être » « soit l’objet de mon désir ». Et souvent trouble est le désir.  

Ainsi, l’enfant, chez qui se déclare le symptôme anorexique, est souvent un enfant écran sur qui  trop de projections parentales ont été portées.

Certains signes font prendre conscience que se trame dans l’inconscient quelque chose qui cherche à se faire entendre. La souffrance étant (d’un point de vue étymologique) ce qui est portée en dessous de la manifestation apparente, on peut se demander ce que souffrance  veut dire, ce qui cherche à se faire entendre à travers ce cri du corps qui s’efface

La maladie s’installe parfois à la faveur d’un régime amaigrissant. Le régime n’est pas la cause mais le déclencheur de ce qui couvait auparavant.

Lorsque l’on sait que des  nourrissons sont anorexiques, on peut penser qu’il ne s’agit pour eux de régimes amaigrissants ! Mais que c’est bien une mise en cause des soins (ou de l’absence de soins) reçus. Et une prière qui demande à être entendue.

Elle surgit le plus souvent à un moment où l’on ne peut plus s’aimer, où l’on ne se sent plus assez aimé, ou pas assez aimable. Comme s’il était impossible d’être à la place que l’on nous assignait. Comme si une souffrance, non reconnue, nous habitait, comme si les soins et l’attention qui nous étaient prodigués ne nous concernaient pas.

Difficulté à se nourrir « normalement ». Sensation de douleur et d’inassouvissement. Désir d’aimer et d’être aimable. Envie et peur de trouver plaisir. Besoin de bon.  Manger à peine - manger un peu. Juste de quoi se maintenir, mais que ce peu - fasse du bien et surtout pas de mal… Dégoût irrépressible pour certains aliments. Volonté de les éviter - pour éviter le sentiment de « basculer » de l’autre côté, éviter - surtout - le sentiment de dégoût. De l’impossible à vivre. D’une infinie douleur. Et l’amertume qui s’ensuit..

L’anorexie est ainsi une tactique d’évitements, de plus en plus nombreux, car rien ne supprime tout à fait ni la sensation d’excès ni la sensation de dégoût.

Elle ne naît pas par hasard, elle ne sort pas de nulle part.

Elle est le plus souvent révélateur d’un mal-être familial ou d’un dysfonctionnement généalogique (ou transgénérationnelle) . Et exprime la nécessité d’établir de plus justes, de plus équilibrantes, de plus saines  relations.

Soigner l’anorexique revient à prendre soin de la famille qui l’abrite  pour rétablir une communication brouillée par trop de drames ou de malentendus. Parfois trop de permissivité. Différentes approches peuvent permettre ce remaniement.

C’est en général quand celle-ci – la famille - refuse de se mettre en questions, de se soigner, que l’enfant disparaît.

Quand ce qui est reçu (ou ce dont on est privé) communique trop de douleur pour pouvoir être supporté sans trop faire souffrir à son tour et souffrir de se faire reprocher sa souffrance, il ne reste qu’à se fondre dans la nature faute d’avoir pu se dire autrement.

On ne peut prétendre « guérir » un enfant si l’on n’accepte de modifier la « nourriture » (affective et spirituelle) qu’on lui dispense en tenant compte - aussi - de ce qui nous parvient de sa volonté.

Le symptôme étant la difficulté et même l’impossibilité douloureuse de se nourrir. … il met en scène ce qui se passe et se transmet à travers l’alimentation : celle-ci, d’abord maternelle, met en cause la mère, mais surtout les dits et les non-dits, les consentements et les dénis transmis à travers l’alimentation. Ce qui s’y traduit des liens familiaux. Avec le consentement (tacite) du père. Il peut être entendu comme une contestation du « régime de vie proposé » et l’expression  d’une difficulté à avaler certaines nourritures affectives . Comme un appel au secours – pas à n’importe quel secours - pour dire un sentiment d’abandon et de trahison, réactualisé ou exacerbé par un événement, à un moment de l’histoire qui suscite « un retour en masse du refoulé  »… De l’impensé…

Il arrive que des orphelins soient anorexiques : on peut comprendre que ce n’est pas la mère - en tant que personne qui est visée par ce refus de la nourriture mais la vie qui à travers celle-ci se transmet ou ne parvient à se transmettre. Ce qui en elle porte atteinte à l’intégrité de l’enfant, ou entrave son développement et l’acquisition de son autonomie.

Disons que… c’est l’incarnation maternelle et maternante qui serait mise en cause ! (À travers la lignée maternelle et/ou paternelle)

La guérison passe d’abord par un détachement de la mère et de l’enfant, une modification en profondeur de la relation. Mais un père qui n’a su sauver l’enfant de la mère, un père qui n’a pu empêcher ce « mauvais traitement », est aussi responsable que la mère.

Ni l’un ni l’autre n’étant coupables, car eux aussi souffrants de leur empêchement…

Mais nul ne peut guérir sans retrouver en soi le GOUT de vivre. Et de quoi le soutenir. A travers un  réseau qu’il sent d’abord amical.

Maintenant, autour de quelques termes qui reviennent fréquemment pour décrire qui en souffre, je vais tenter d’approcher, à travers dits et non dits, quelques effets de transmission et de projections d’inconscient à inconscient … en matière de désir.

 

 

Refus de la féminité : je pense moins à un refus de la féminité, qu’à une difficulté à définir son identité pour devenir femme. À une difficulté à s’identifier à travers le désir maternel. La mère peinant  à laisser grandir son enfant, à le voir, le regarder, l’entendre autrement que s’il était son objet. Objet de culpabilité, de désir ou d’indifférence..

Autrement dit,  difficulté de grandir – de se développer - due à la crainte de se séparer - de « se dépareiller » d’une mère dont les « représailles » redoutables rendent la séparation d’autant plus dramatique, que des effets de trahison vécue et intériorisée compromettent l’avancée.  Le refus reste celui d’absorber « une certaine nourriture (en partie féminine, car maternelle) » et d’entrer en correspondance avec l’image sexuelle (et sexué) que mère  - et  père -  renvoient.

Il peut s’agir aussi, dans certains cas, d’une crainte de « reproduction » (par voie sexuelle) d’une faute  commise et qui a engendré ce trop de souffrance.

Mensonges et dissimulation : on parle de dissimulation et de mensonges. Mais l’un et l’autre sont des recours pour échapper à l’attention, à la pression qu’exerce un certain style d’attentions  (maternantes ou envoûtantes) quand on aurait besoin d’une autre attention (plus profonde et rassurante).

Imaginer quelqu’un de muet qui aurait une petite grippe et une hémorragie interne… Pour que l’on s’intéresse à son hémorragie interne, il peut faire semblant de ne pas avoir de grippe … Afin de détourner l’attention portée sur celle-ci.

Le mensonge voudrait « démentir » un autre mensonge… « Je t’aime mais je ne t’aime pas, je ne t’aime pas pour ce que tu es… Pourquoi n’es-tu pas un autre… pourquoi n’es-tu pas qui tu n’es pas? »

 Face à la complexité du désir maternel, entre sensation d’être mal aimé et crainte d’être dévoré, on ment, pour échapper à son emprise, tenter d’exister en dehors de son champ d’action, d’attraction ou de sensibilité. Tout en espérant l’attention paternelle.

 

Comment dire sans blesser sans mentir qu’un amour est empoisonné ?

 Comment dire sans courir le risque d’être encore plus mal aimé (mal mené) ?  

 

C’est un peu comme si le recours au mensonge n’était fait que pour attirer l’attention sur un mensonge plus essentiel et compromettant pour la vie.

Méfiance : Sensation d’avoir été trahie  et besoin de réassurance en sont à l’origine. Il s’agirait plutôt d’extrême vigilance. Pour éviter de succomber à des nourritures qui ne conviennent pas et qu’il est vital de ne pas avaler… Blanche Neige a succombé à la pomme. Il s’en est fallu de peu pour qu’elle ne se réveille jamais…

L’hyper contrôle permet de parer à une hyper sensibilité constitutive, une fragilité émotionnelle, qui agit comme un handicap au niveau des rapports sociaux. L’hyper contrôle sert à parer la crainte de l’effondrement pour qui s’est senti insuffisamment étayé.

Rivalité et jalousie : L’enfant pour se sentir aimé essaie de correspondre au désir maternel complexe tout autant qu’il a besoin d’y échapper.

Souvent élevé dans le souvenir d’un être idéal, « un autre idéalisé »,  frère ou oncle survalorisé… défunt magnifié/jalousé, haï/aimé comparé et mis en balance (de façon inconsciente) avec cet idéal, l’enfant (qui devient anorexique) tend vers cet idéal. Et entre sous l’influence maternelle, en rivalité inconsciente avec lui. Comme pour être aussi aimable que celui qu’elle n’est pas. Qui la précède et dont elle occupe la place, et dont le souvenir hante l’esprit de celle qui lui prodigue ses soins.

La tentation de plaire, pour ne plus déplaire, pour ne plus avoir mal à travers les projections qu’il reçoit, met l’enfant en rivalité avec sa mère. Un effet de souffrance narcissique en miroir réveille en effet sa jalousie possessive, envers l’enfant devenu – pour d’autres - si aimable. Si charmant. Si attachant.

Le perfectionnisme serait là pour tenter de ne plus être un « objet reprochable » et de gagner en reconnaissance, pour se réconforter, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

Tout en correspondant, par phénomènes d’imprégnation et d’identification, au regard, à l’attente maternelle

 

 

Têtu : Quand on a du supporter l’insupportable, il est difficile de renoncer à faire accepter l’inacceptable. Là où il y a entêtement il y aurait désir de vie.

 

 

Ambiguïté sexuelle On est d’abord porté par le désir de sa mère, ou troublé par son doute… L’ambiguïté et la complexité du désir maternel, dont l’enfant est l’objet l’encombre: « soit un mort, soit un garçon, pourquoi n’es-tu pas un mort, pourquoi n’es-tu pas un garçon, pourquoi n’es-tu autre que tu es »..

La mère semble oublier que l’enfant est le fruit de son désir (parfois teinté d’ambiguïté) … Et l’en laisse douter.

 

 

Agression sexuelle : L’enfant  se sent objet de désir mais non reconnu à travers lui.

La relation de proximité maternelle, entre fusion et confusion, peut-être vécue (à travers un excès de sollicitations) comme une agression incestueuse, non  chaste, encombrante, confusionnante. Et si il y a réelle agression sexuelle du père ou d’un membre de la famille, ou d’un étranger, il y a dégoût non pas tant du sexe que du mensonge familial et social qui dit je t’aime comme pour dire je te hais. Ou je te veux comme pour dire je te détruis. Je te garde pour te perdre. Et autorise ce qu’une société prétend interdire.  

Danger, se mettre en danger

L’enfant, qui souffre d’anorexie, tout en étant à la recherche de la différence entre ce qui lui fait du bien et ce qui lui fait du mal… a du mal à faire cette différence.

Quand on lui dit qu’il se met en danger en maigrissant, il répond « j’étais en danger avant de maigrir, c’est ma façon de vous le dire… » Je ne sais comment en sortir.

Distance et isolement Il arrive que la mère surprotège son enfant, et le tienne à distance du père, car elle a eu l’occasion d’en vouloir à une figure de père. Dont elle craint l’influence, tout en lui reprochant secrètement de ne pas être là, et de ne pas avoir été là, au moment où devenant 2. Il est difficile pour l’enfant de rompre l’isolement.


Ainsi, entre manque et excès,l ’anorexie serait quelque chose qui cherche à se dire comme un sentiment d’abandon et de trahison et un appel au secours du père… face à des parents souvent « impuissants », parfois permissifs , plus enfants que parents… faisant parfois l’enfant à la place de l’enfant…

Une relation maternelle abusive n’est en effet rendue possible que par l’absence de l’homme en temps que père3  et mari.

L’enfant faisant appel à lui pour échapper à l’influence d’une mère perçue, comme dangereuse, et vécu comme déliquescente, se sent troublé, lorsque, dans le regard paternel, se rencontre un séducteur. Ce regard est reçu comme un comme un excès, une nourriture affective déplacée.

La mélancolie maternelle a pu causer une fuite du père.

Mais les absences de celui-ci ont pu aussi provoquer la première, tout comme  sa présence réelle aurait pu en éviter la reviviscence. 

En matière d’anorexie on est au cœur d’une relation.

Un père qui laisse sa femme livrée à son sentiment d’abandon, la laisse attendre de l’enfant qu’il comble … ses propres manques.

L’enfant, qui répare la défection paternelle, tient auprès de la mère la place symbolique de l’amant, et doit être aussi bon pour elle que devrait être le père (absent). Ce que l’enfant ressent comme un excès, qu’il  n’est pas autorisé à dénoncer. Tout en ayant le sentiment de ne pas être à sa place, de manquer d’air ou d’espace.

Objet tantôt de jouissance, tantôt de convoitise, l’enfant se sent mal exister,

Entre sentiment d’abandon, permissivité et agression parfois sexuelle, trahie ou déboussolée, elle (il) résiste à sa mère et a du mal avaler ce qu’on lui tend.

Tout cela en grande partie se joue dans l’inconscient, et pas seulement à travers l’anorexie, mais souvent de façon plus aiguë et plus radicale à travers celle-ci.

L’anorexie serait l’expression tout à la fois d’un trop et d’un pas assez. Trop de désir, trop de plaisir. Trop de mère, pas assez de père.

L’impression de ne pas exister, ou d’avoir été laissé tombé4

Cependant, s’il y a excès de mère c’est qu’il y a  en parallèle une absence physique mais surtout symbolique du père. 5

C’est qu’il y a aussi père abandonnant, père séducteur ou père démissionnaire. 

Si le comportement de la mère exclut le père,  c’est que celui-ci se laisse faire.    

S’il y a absence vitale de mère

C’est que « mal portante »  est fragilisée et, quelque part, (en son enfance et en son désir d’enfant) menacée.

Mère enfant mère « ailleurs » mère absente, absorbée par la rivalité6 et envahissante, mère dévorante de douleur7 mère délaissée, non secondée, abandonnée à ses doutes à sa douleur … mère dévitalisante que l’enfant cherche à revitaliser, quand il sent qu’elle ne peut le porter seule.

D’ou mère à la fois possessive, hyper protectrice, craignant la résurgence du danger8 (prête à le reconvoquer) - permissive et rejetante. Tantôt accaparante tantôt indifférente. (Quand elle, mère à son tour, a l’impression, par exemple, de n’avoir su échapper au (retour du) danger. Ou lors de la naissance d’un autre enfant)

Face à la place laissée vacante hier par le père, aujourd’hui par le mari absent, quand la mère n’est pas là pour l’enfant, elle demande à l’enfant d’être là pour elle, d’où la difficulté de celle-ci à s’affirmer comme personnalité séparée de sa mère – C’est en cela que l’enfant peine à grandir, et la jeune fille à devenir.

La difficulté est ainsi aussi refus de  nourrir ce qui fait mal en soi. Ce qui a besoin de s’extirper pour se dire.

Il est rare que cela puisse se faire sans conflit. Dans des proportions raisonnables, celui-ci dément l’idéal et  sert l’affirmation de l’identité.

 

 

Anorexie et psychanalyse

L’expression de cette difficulté à vivre, de cette hypersensibilité, est irréductible à un quelconque Œdipe. L’hypersensibilité de l’anorexique résiste à tout discours qui l’enferme, elle a besoin d’être comprise, acceptée pour ce qu’elle est. Entendue en tant que sujet, et non prise en tant qu’objet (de diagnostique, de jouissance, d’étude clinique…).

Si Antigone, la fille d’Œdipe en est venu à lancer son cri à travers l’histoire, c’est peut-être pour que soit symbolisée la nécessité de la présence du père, aux côtés de la mère. En tant que « autre » et en tant que tiers. Ainsi que la nécessité de marquer une frontière entre ce qui signifie la vie et ce qui signifie la mort.

Être ou paraître, comment naître ?

L’anorexie dépasse les apparences, même si elle se joue sur l’apparence. C’est bien l’apparence de l’amour qu’elle met en questions. A travers ses jeux de miroir et de transparences. 

D’objet de plaisir (maternel), ou de désir (paternel), elle aspire à devenir sujet désirant qui a besoin de goûter le plaisir pour ce qu’il est, non envenimé…

Si volonté de « s’en sortir » ne passe pas par le « mieux manger » mais le « mieux se sentir » : dans sa peau, dans sa vie, dans sa famille, dans son cœur.... De (re)trouver goût à…

Il ne s’agit pas de stigmatiser les parents - nul n’est coupable de souffrir -   mais d’entendre que la maladie de leur enfant et celle de eux parents

Comment dire à une mère que ce n’est pas elle que l’on n’aime pas mais ce qu’elle nous transmet que l’on ne supporte pas ? Comment faire passer - si ce n’est par la nourriture que ce qui a été transmis a peut-être été empoisonnée ?

Souvent niée, la douleur est immense, quand anorexique, on a besoin de se protéger9 contre l’indicible abandon et une essentielle vulnérabilité.

Et tandis que la maigreur réveille bien des fantômes… que la naissance avait déjà reconvoqués, elle semble dire, certains jours « Aime-moi comme je suis et comme j’aimerais que tu m’aimes et non telle que je ne suis pas. Et crois moi, quand je te dis que j’ai mal, là, c‘est bien là que j’ai mal, ce n’est pas pour te faire mal »  

 

 

Certains parents parviennent à entendre.

Certains médecins ou psychanalystes parviennent à les aider s’ils parviennent à s’effacer derrière leur savoir pour entendre ce qui ne peut se voir.

Ainsi, l’anorexie pose le problème de la correspondance entre désirs et responsabilité face à la transmission.

Qui en porte le symptôme ne se sent pas toujours concerné par la façon dont on en pose le problème. 

J’espère, ayant été moi-même anorexique de longues années, y être un peu parvenue. 

Tout est affaire de relation et d’interaction, de « transferts enfantins et de contre transferts »  entre l’enfant et la mère, entre le père et l’enfant…

 

 

Pour conclure ;

Face à une stratégie de défense, une stratégie de survie… qui met son auteur en danger, il s’agit d’arriver à comprendre (entendre) la souffrance dont l’enfant est le dépositaire ; et pour lui, d’arriver à se déprendre, à ne plus dépendre de ce qui engendre cette souffrance. Mais à vivre avec des moyens qui ne se retourneront pas (comme certaines mères) contre lui.  C’est en cela qu’il faut l’aider.

Un enfant anorexique est souvent un enfant « mal aimé ». Ce qui est difficile à concevoir et exprimer dans une société qui privilégie la défense des parents et qui favorise l’apparence au détriment de l’essence.

Lorsque la famille n’a su se remettre en questions, il reste à se soustraire seul aux soins et aux nourritures mortifères. Et faute d’avoir pu faire entendre- le passé inaperçu - qui continue à gémir dans les chairs (et à travers la chair)  bien au-delà des mots, il ne reste qu’à opérer seule la séparation.

Pour parvenir à exister et aimer ailleurs.

S’affirmer autrement qu’à travers les fantômes et projections encombrants que sa présence dans une famille, dans une lignée, alimente.

Virgnie Megglé

Octobre 30, 2004

 

 

 

1 Et soixante quinze pour cent des boulimiques. Mais bien qu’il arrive plus que souvent que les deux symptômes se rejoignent, je m’appliquerai ici à ne pas les confondre. Des boulimiques se reconnaîtront peut-être dans les pistes que je propose. Mais je tente d’aborder ici ce qui se déclare par « l’impossibilité, la difficulté à avaler».  Même si la boulimie menace aussi l’anorexie, elle n’en est pas le simple pendant.

2Au moment où le bébé a disparu. Il peut aussi que l’anorexie saute une génération. (En cas de décès par exemple, le père fait alors figure de « redoutable » qui insinue le doute et la crainte). 

3 (Coureur ou Don juan, dans d’autres sphères ou sur les routes) En son absence la nécessité de la séparation ne peut être symbolisée.

4 Certaines mères sont apaisées à la naissance d’un nouvel enfant qui  comble l’effet de manque créé ou ravivé en elle à l’occasion de la naissance du précédent

 

5 Père dénié, père enfant, père voyeur, père violeur, père séducteur, persécuteur… mère qui fait barrage, doute sur la paternité… Père lui-même intimement blessé

 

6 Avec la figure du garçon ou celle du mort

 

7(habitée par un enfant mort, habitée par le désir et la peur de faire ou de ne pas faire un fils à son père et au père de l’enfant pour compenser la fille qu’elle a été…(effet de transfert par projection et identification)

 

8Traumatisée par la perte d’un enfant ou de l’enfance. Qu’elle craigne qu’une mort ne se reproduise, que le père soit une influence néfaste ou mortifère sur l’enfant… 

 

9 À défaut de se sentir protégé( e ) .

Avec une pensée émue pour Ginette Raimbault dont le merveilleux soutien psychanalytique a permis ce travail... et bien au-delà

Communication proposée lors du Salon du livre psy 2004

 

 

 

 

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2 février 2006 4 02 /02 /février /2006 21:29

 

 

 

 

Anorexie, boulimie : ces troubles apparaissent aussi après 40 ans

Les troubles des conduites alimentaires, comme l'anorexie ou la boulimie, ne sont plus l'apanage des adolescentes. Ils apparaissent de plus en plus souvent à partir de l'âge de 40 ans, voire plus tardivement. Préoccupation excessive de l'aspect physique, peur maladive de grossir ou de vieillir ? Peu importe. Ce qu'il faut c'est prendre en charge ces maladies, rompre le déni et les résistances…

Pourquoi à 40 ans de plus en plus de femmes souffrent de troubles des conduites alimentaires ?

Une partie de la réponse peut se trouver dans la pression socioculturelle qui pèse sur les femmes : jeunisme, culte de la minceur, etc. Ainsi, se créent des résistances à faire le deuil de la jeunesse, de la séduction physique et de la procréation. Les femmes souffrant de ces troubles sont en perpétuelle compétition douloureuse avec les générations antérieures et se fixent des objectifs de maîtrise et de transformation de leur corps totalement irréalisables. En d'autres termes, ces patientes présentent de graves difficultés à franchir les différentes étapes de la vie, en acceptant les évolutions physiques inévitables qui les accompagnent.


 

Quels symptômes ?

 

A tous les âges : modifications franches du poids, régimes répétés, provocation de vomissements.
Plus souvent à partir de 40 ans : préoccupation excessive de l'aspect physique, distorsion de l'image du corps, peur maladive de grossir et de vieillir, usage de médicaments destinés à réduire le poids et/ou de substances anorexigènes, pratique intense d'un sport, maux de tête, troubles gastro-intestinaux.

Toutefois, il est indispensable de vérifier si ces symptômes sont attribuables à d'authentiques maladies génératrices de modification du poids ou à un syndrome dépressif. Le diagnostic doit donc s'accompagner d'un bilan afin d'écarter un éventuel diabète, un cancer, une infection ou encore une hyperthyroïdie. Un trouble dépressif sera par exemple évoqué en cas de troubles du sommeil et d'une insensibilité au plaisir.


 

Déni flagrant

 

Souvent méconnus, ces troubles des conduites alimentaires ne sont pas toujours pris en charge. C'est d'ailleurs le plus souvent l'entourage, le conjoint ou la fille, qui, inquiet face à cet amaigrissement progressif ou à la pratique trop intense d'un sport, alerte sur ces troubles.
En effet, à l'adolescence comme à la quarantaine, ces femmes en souffrance sont dans le déni de leurs troubles et résistent à la prise en charge.


Celle-ci doit être pluridisciplinaire : restauration de l'équilibre nutritionnel en collaboration avec un nutritionniste et restauration d'une image objective du corps, avec l'établissement d'un objectif de poids raisonnable et réaliste, en collaboration avec un psychothérapeute. Ce dernier permet également aux patientes de faire les deuils indispensables pour vivre en bonne intelligence avec un corps qui ne cesse de se modifier avec le temps.
L'approche nutritionnelle doit être complétée par une approche cognitivo-comportementale destinée à corriger les habitudes délétères et les schémas de pensées dysfonctionnemenelles.
Il est aussi essentiel de rectifier les croyances erronées sur la diététique et la physiologie : prise de poids avec l'âge, modifications liées à la ménopause, risque de maigreur excessive, etc.
La pratique de la relaxation peut aussi participer à la réconciliation avec l'image corporelle.
 
 
 
Isabelle Eustache Congrès Hebdo, le Quotidien du médecin, 17 juin 2005.
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26 décembre 2005 1 26 /12 /décembre /2005 18:04

Je ne supporte plus mon amie anorexique
Ma meilleure amie est anorexique. Je ne supporte plus de la voir dans cet état-là. J'en viens à la détester, et plus elle va mal, plus elle est agressive. Je me rends compte que je ne peux pas l'aider. Au contraire, c'est elle qui m'entraînerait dans sa folie. Je me suis donc beaucoup éloignée d'elle, mais je culpabilise énormément de la "lâcher" ainsi...
Milena, 18
ans

Gérard Apfeldorfer répond :

Dans un monde qui jette l’opprobre sur les gros et les dodus, les anorexiques apparaissent comme des personnes d’une volonté à toute épreuve, des championnes de la maîtrise pondérale. Si bien que souvent, elles fascinent et peuvent même générer des imitatrices dans leur sillage, qui adhèrent à ces valeurs de pureté désincarnée, de maîtrise du corps et de l’esprit par la martyrisation de la chair.

Pourtant, la maîtrise des anorexiques ne se nourrit que de l’énergie du désespoir : les personnes anorexiques sont souvent d’une sensibilité extrême, et leur anorexie est un mécanisme de défense destiné à les protéger contre des sentiments trop intensément ressentis. En fixant leur attention sur la privation de nourriture, la maîtrise du poids, l’éviction de toute graisse, voire de toute chair, les anorexiques cherchent avant tout à anesthésier leurs émotions et sensations. Dans certains cas, il s’agit en outre de devenir le centre de l’intérêt familial afin que celle-ci retrouve son unité.

Il n’y a donc pas grand-chose à leur envier, et il convient de les comprendre plutôt que de se laisser séduire. Vous avez donc bien raison de vous méfier de cette séduction que je sens opérer en vous, de même qu’on doit se méfier de l’attrait exercé par les paradis artificiels engendrés par les drogues dures. Pour certains médecins, l’anorexie mentale est d’ailleurs une forme d’addiction, de toxicomanie sans drogue.

Vous avez donc bien raison de penser à vous en premier lieu, et de garder les pieds sur terre. Dites-le à votre amie : elle ne va pas bien, elle doit faire le nécessaire pour s’en sortir, et vous refusez de couler avec elle ! Sa proximité vous fait peur, et vous tenez à vous préserver, voilà pourquoi vous prenez vos distances. Vous serez là, bien sûr, dès qu’elle-même se déprendra de son système pernicieux. J’espère d’ailleurs qu’elle n’est pas livrée à elle-même, que ses parents sont conscients de son problème, et qu’elle est suivie par des professionnels de santé compétents en la matière. Dans le cas contraire, vous aiderez votre amie en signalant la gravité de son état à ses parents.

Gérard Apfeldorfer est psychiatre et psychothérapeute

http://www.psychologies.com

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8 novembre 2005 2 08 /11 /novembre /2005 00:00

 

L’anorexie n’est pas uniquement une maladie féminine, de plus en plus de garçons sont atteints.
Par ailleurs, on a coutume de dire que les filles anorexiques recherchent la beauté pour ressembler aux top models mais cela permet de camoufler les vraies raisons qui sont psychologiques et plus compliquées. En effet, l’anorexie existait déjà bien avant que la mode soit à la minceur.
Pour les anorexiques la façon de montrer sa souffrance c’est d’être presque invisible, le regard de l’autre est recherché en permanence, le rapport de l’anorexique avec son corps est très agressif, l’extrême maigreur sert à choquer, donc à attirer l’attention
L’anorexie vient d’un désordre affectif avec les parents. Tous les désordres affectifs ne s’expriment pas de cette manière certes, mais dans ces troubles on observe un rôle trop important de l’alimentation dans les rapports parents-enfant. La nourriture est un des premiers thèmes de communication avec un bébé, les parents surveillent s’il mange bien, s’inquiètent quand il ne veut pas manger. Qui n’a pas entendu ces injonctions : "mange pour faire plaisir à maman", ou "si tu manges bien tu auras un cadeau" ? Ces habitudes sont la preuve que l’alimentation représente bien plus que le fait de se nourrir, elle peut vite devenir un moyen de chantage affectif. , L’anorexie existe d’ailleurs chez les bébés qui trouvent là un moyen d’attirer l’attention des parents. C’est le même langage chez l’adolescent qui utilise la nourriture et la souffrance du corps comme moyen de crier au secours. Très tôt les parents ont associé un sentiment de culpabilité au fait de se nourrir, ils ne le font pas exprès, cela peut venir de leur enfance à eux. Mais le résultat chez l’enfant est que s’alimenter ne sera plus une chose naturelle, mais un moyen de revendiquer un mal être, un manque d’amour, un refus de grandir. La nourriture devient donc le moyen de revendiquer, c’est plus facile que les mots.
Si la nourriture ne sert plus à vivre mais uniquement à communiquer on comprend que ces jeunes se laissent parfois mourir.
C’est le fait de s’alimenter qu’ils doivent réapprendre, le but étant de remplacer ce moyen de communication par des mots.

Samantha Lefèvre - Psychologue

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29 octobre 2005 6 29 /10 /octobre /2005 23:00
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29 octobre 2005 6 29 /10 /octobre /2005 23:00

Contre l’isolement des malades atteints de

TCA

source: http://www.autrement.asso.fr/

 

 

             Depuis longtemps, une habitude, qui nous semble fâcheuse, a été prise par les services hospitaliers qui prennent en charge des malades atteints de troubles du comportement alimentaire (TCA) : l’isolement.

            Ce ne serait pas si grave si ce n’était pas aussi un mode de pensée.

            Or il nous semble que ce mode de pensée et l’isolement physique qui le représente est d’un rare illogisme dans ces maladies que sont les troubles du comportement alimentaire.

            Et, au plan conceptuel, de quel droit enferme-t-on des malades consentants à être hospitalisés pour se soigner ?

            Il nous semble enfin que cette pratique est un péché contre l’esprit et ne trouve guère de justificatif dans un pays démocratique.

            Mais tentons d’analyser le problème.

 

 

 

            Qu’est-ce que l’isolement ?

 

 

            L’isolement consiste à obliger la patiente à rester dans sa chambre d’hôpital, que la porte soit fermée à clé ou non.

            La malade n’a pas le droit de quitter sa chambre, pas le droit de recevoir de la visite, ni de téléphoner.

            Elle peut ou pas recevoir du courrier (selon les cas).

            Elle mange dans sa chambre, seule.

            La porte des toilettes est habituellement fermée à clé.

            Elle doit demander la permission pour utiliser les toilettes (brossage des dents, toilette corporelle). La peur est ici que la malade en « profite » pour vomir ou recracher sa nourriture.

 

 

 

            Qu’est-ce qu’un contrat de poids ?

 

 

            Un contrat de poids est un contrat de prise de poids : selon le poids pris, la malade se voit accorder des avantages qu’elle n’avait pas. C’est le système du « bâton et de la carotte » pour l’âne.

            En pratique ceci se pratique de la façon suivante : une anorexique par exemple entre à l’hôpital avec un poids de 38 kg pour 1,65 m. On lui explique qu’elle sera isolée. Elle accédera à des avantages en fonction du poids pris : VOICI UN EXEMPLE :

            De 38 à 41 kg, l’isolement reste total (d’un point de vue nutritionnel, 3 « vrais » kilos se prennent en 3 semaines, à condition de manger à hauteur de 2300 à 2500 kcal/jour. Soit 3 fois plus qu’avant d’arriver à l’hôpital !). 

            A 41 kg, elle a droit à un coup de téléphone/semaine.

            A 42 kg, elle a droit à 2 coups de téléphone.

            A 43 kg, elle recevra la visite des parents, mais en nombre et temps limités (une fois/semaine).

            A 44 kg, première sortie hors de la chambre, pour aller par exemple aux ateliers « thérapeutiques » (!!).

            A 45 kg, première promenade. 

 

 

 

 

 

            Le paradoxe de l’isolement

 

 

            La malade anorexique ou boulimique est seule, très seule. Elle s’est isolée elle même depuis longtemps. Elle s’est rétractée, a perdu toute sensation. Elle a peur même du contact avec les autres.

            Il lui faudra des années de travail pour échapper à cet isolement consenti « librement » à la maladie ! Pourquoi en rajouter ?

            Elle a perdu confiance dans les autres et a le plus grand mal à instaurer avec autrui des rapports sans méfiance. Pourquoi en rajouter ?

            Elle doit s’ouvrir (et on l’enferme). Elle doit se tourner vers les autres et arrêter de se regarder le nombril (et on la contraint à ne penser qu’à elle et à sa maladie).

Elle doit partager (et on la laisse seule).

            Sur un plan plus général, n’est-ce pas paradoxal par ailleurs qu’à une époque où tous les services psychiatriques se sont ouverts (sortie en permission de malades psychotiques ou dépressifs), les seuls malades que l’on enferme toujours soient les anorexiques et les boulimiques.

            Dans la prise en charge des adolescents, l’accent est actuellement mis sur la confiance, la pensée positive, la responsabilisation face au monde des adultes.  

            Sur un plan plus philosophique, nous avons du mal à accepter que des malades si fragiles, si inquiètes, anxieuses, si soucieuses de leur propreté soient isolées au point qu’elles ne puissent pas assurer simplement les besoins hygiéniques corporels.

 

 

 

            Le paradoxe du contrat de poids

 

 

            Le Dr X. dit à une anorexique : « le poids n’est pas si important ; arrêtez d’être fixée dessus. Ce n’est pas ça qui compte dans la vie ». Et il ajoute : nous allons vous isoler et vous n’aurez droit à une permission qu’à 43,6 kg (drôle !).

            Et un poids, ça se manipule : n’en rajoutons pas

            Et un poids, c’est variable en fonction de critères physiologiques (l’eau)

 

 

 

           Au delà de l’isolement, la sortie de l’hôpital

 

 

            La sortie de l’hôpital est un grand  moment !

            Tellement attendu et aussi tellement angoissant !

            Après une hospitalisation d’une telle durée (plusieurs mois parfois), les malades attendent la sortie comme une délivrance.

Mais quelle angoisse de se retrouver seule face à ses repas, sans personne pour vous « garantir » que c’est « diététiquement correct ». Et quelle responsabilité aussi d’être obligée, soi-même, d’organiser les repas. C’était plus facile quand c’était « l’autre » qui décidait !

            Face à cette sortie qui angoisse et ravit en même temps, et ceci concerne bien des malades, une réflexion s’impose :

·       La sortie de l’hôpital, ça se prépare. Il faut « garder » la malade tout autant de trop d’euphorie que de trop d’angoisses. Il faut l’amener à la sortie.

Pour ceci, il lui faut des permissions les semaines précédentes, pour qu’elle se lance des défis, tant alimentaires que comportementaux : une sortie au restaurant, une brioche à « 4 heures », la gestion de son temps et de ses repas. 

 

 

 

 

 

            Contrat de poids contre contrat de confiance

 

 

            Le contrat de poids est réducteur dans la prise en charge des malades car il ne suffit pas d’atteindre le poids que le thérapeute à fixer pour guérir. 

 

 

 

 

 

            On rate des malades qui ne veulent pas cet isolement

 

 

            Cette méthode d’hospitalisation fait souvent fuir les malades. Pour n’importe qui, l’isolement en chambre est bien difficile. Cela le sera d’autant plus pour ces malades qui sont souvent hyperactives. Résultat, elles préfèrent ne pas se faire hospitaliser et pourtant c’est souvent un passage obligé pour que la malade « prenne les armes nécessaires » pour pouvoir ensuite continuer son combat contre la maladie en ambulatoire.

 

 

 

            On les rabaisse

 

 

            Enfermée dans sa chambre, la malade a souvent l’impression d’être punie. Elle n’est  pas malade, elle a commis un crime !!

            Elle qui manque déjà de confiance en elle, qui a un problème avec son identité, a vraiment le sentiment d’être rabaissée. Je n’ai pas la parole … Alors, qui suis-je ? Je ne compte pas aux yeux des autres …

Du coup, elle se trompe de cible : au lieu de lutter contre la maladie, elle lutte contre le personnel : alors elle dissimule, elle vomit, elle boit de l’eau pour prendre du poids plus vite, etc…

 

 

 

 

 

 

            CONCLUSION

 

 

            Il n’y a pas de justification à l’isolement, sauf cas très particulier, et à la demande du malade.

            En effet :

1.      L’isolement est un non sens : ces malades se sont déjà assez exclus comme ça, du fait de la maladie. Il faut resocialiser et non pas enfermer. Il faut ré-apprendre à manger avec les autres et non pas seule dans son coin.

2.      Le contrat de poids les fige encore plus autour de leur poids, elles qui y sont déjà assez enfermées.

3.      Le contrat de poids les « pousse » à tricher sur leur poids beaucoup plus que si le traitement insiste moins sur le lien entre les progrès et le poids.

  1.  Isolement et contrat de poids ne peuvent s’appliquer à des malades adultes.

5.      La bataille commence vraiment après la sortie de l’hôpital et il faut y préparer les malades, en privilégiant les permissions.

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Published by eixerona - dans Anorexie
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Anorexie, à trente ans aussi...


Ce trouble alimentaire grave ne touche pas que les adolescents, les adultes en souffrent également. Mais cette maladie reste méconnue et sous-estimée, une véritable souffrance cachée.

Elle est intelligente et dynamique...Un peu trop mince, peut-être. Appréciée de tous, mais toujours pressée. On ne la voit pas aux pots entre collègues et, pour déjeuner, elle grignote une feuille de salade. Elle déborde de projets. Puis un jour, on apprend qu'elle est à l'hôpital, malade de ne pas manger. Elle a 25, 30 ou 40 ans et elle est anorexique.

C'est le corps qui crie au secours
Maladie méconnue, l'anorexie des adultes n'a pas donné lieu à des statistiques. On sait qu'elle touche surtout les femmes (si à l'adolescence, 1 anorexique sur 10 est un garçon, on ne dispose pas d'indication sur leur devenir). Les médecins spécialisés commencent tout juste à prendre la mesure d'un phénomène diffus. Et, à bien y penser, qui ne connaît pas une jeune femme ou une amie d'amie, désesprérément maigre? "Nous sommes nombreuses, assure Mélissa, elle-même anorexique. Je les vois dans la rue, dans les soirées. Les autres ne soupçonnent rien, mais nous nous reconnaissons mutuellement. C'est tout le corps qui crie au secours par des attitudes, des comportements." L'anorexie adulte peut même susciter l'agacement: " A 30 ans, on sait ce qu'on fait; elles n'ont qu'à se forcer un peu", pense-t-on généralement. Non, elles ne peuvent pas justement. "L'anorexie est un interdit intériorisé, une barrière absolue, explique le Dr Alain Meunier, psychiatre. La seule idée de manger est insupportable." Le débat sur ces causes reste ouvert. "Les anorexie qui émergent brutalement à l'âge adulte sont assez rares, explique le Dr Meunier. Il s'agit d'une réaction différée à un problème d'adolescence non résolu. On s'en rend compte souvent que ces jeunes femmes avaient déjà tendance à se faire vomir. Elles sont, en fait, anorexiques depuis longtemps." Quand on étudie le devenir des ados malades, la réalité est froide et cruelle. " Parmi les anorexiques adolescentes, 5 à 10% succombent à la maladie, par suicide ou des suites de la privation alimentaire, estime-t-il, parmi celles qui survivent, un tiers guérissent totalement, les autres gardent des séquelles. Ce sont elles les adultes anorexiques."


Retrouver le chemin d'une vie normale

On remarque chez ces femmes deux profils. Celles qui continuent à vivre sous l'emprise permanente de l'anorexie ou du duo anorexie-boulimie. Leur quotidien s'organise autour du dilemme "manger ou pas", de l'évitement des repas en public, des décomptes de calories. Pour elles, l'alimentation est obsédante. Et celles qui gardent un "caractère anorexique". Elles peuvent vivre normalement durant de longues périodes, mais rechutent quand un problème surgit dans leur vie. Alors que d'autres dépriment ou deviennet insomniaques, ces jeunes femmes-là arrêtent de manger, c'est leur "symptôme d'élection". La guérison est possible. Ces personnes ont généralement réussi à s'en sortir une première fois à l'adolescence. Elles ont gardé en tête les traces d'une vie normale. Elles peuvent en retrouver le chemin. " Tout comme il y a un déclic d'entrée dans la maladie, il y a un déclic de sortie, explique Clothilde Van Lerberghe, psychologue et ancienne anorexique. La prise en charge médicale va dans ce sens: aider la personne à trouver ses mots, à s'exprimer autrement que par la maladie." C'est sur ce plan que conjoint, famille, amis proches peuvent intervenir. Il ne faut pas harceler la malade pour qu'elle mange ni se focaliser sur son assiette. Ne pas non plus la pousser devant un miroir pour ne pas risquer de provoquer une réaction d'opposition. Il est inutile de la culpabiliser- elle s'en charge déjà elle-meme! "L'entourage doit exercer une pression douce pour la mener à consulter n mdédecin, le psychiatre, le nutritionniste ou au moins des associations, afin de l'aider à sortir de cette vie en souffrance", conclut le Dr Meunier.


Christine Baudry, version femina


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Clémence, 40 ans, vendeuse en rayon alimentaire, Saint Etienne
Mon problème a commencé à 35 ans. Mais au fond de moi, je n'ai jamais eu 35 ans, j'ai toujours eu 15 ans. C'est cette petite fille qui est anorexique, qui n'a pas envie d'être femme, qui a toujours peur de déplaire à tous et surtout à son père...Je n'ai pas fait de crise d'adolescence. Je suis restée enfermée dans mon cocon, dans un état intermédiaire, étrangère aux autres et à moi-même, je ne sais pas qui je suis...A l'époque, j'étais hyperactive: responsable d'équipe dans une maison de retraite, je préparais un mémoire de morphophychologie et j'avais commencé des études d'esthéticienne. Tout le monde se demandait comment j'y arrivais. J'ai commencé par me focaliser
sur certains aliments: ne pas manger que des oignons ou des piments...Il n'y avait que cela qui passait. Je n'avais jamais faim, pourtant j'étais gourmande avant! Il a fallu m'hospitaliser quand j'ai pesé 40 kg pour 1.63m. Prendre un bain était un cauchemard, je ne pouvais plus me regarder. J'aurais voulu me séparer de mon corps. Cela va un peu mieux aujourd'hui. Je mange juste ce qu'il faut, comme un cheval qui prend son avoine pour galoper. Et je me bourre de complément alimentaire pour tenir. J'ai gardé des répulsions: je n'ai pas avalé un fruit depuis 5 ans. Mais j'ai aussi des compulsions: le soir je peux me jeter sur un pot de 1.5 kg de pâte de chocolat et m'en gaver, sans me faire vomir toutefois. Mon espoir? Un jour découvrir qui je suis. Coller les morceaux. Retrouver une "densité" intérieur; manger, cela suivra.


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Mélissa, 25 ans, comptable, Paris
J'ai commencé à être anorexique-boulimique à l'âge de 12 ans; je pouvais vomir 20 ou 30 fois par jour. Mon poids se maintenant vaille que vaille et mes parents n'ont rien vu. Je cherchais une perfection physique absolue. Je pensais que, en contrôlant mon corps, je contrôlerais tout: la perfection professionnell, affective...Aujourd'hui, grâce à une thérapie et à ma diététicienne, j'ai appris à lâcer prise et même à rire de mes crises! J'ai passé un cap, j'attends un enfant. Mon ami m'aide beaucoup, il a
rencontré ma diététiciene pour essayer de comprendre cette autre personnalité qui est en moi. Je peux être odieuse quand je suis en crise. Je suis alors uniquement focalisée sur la nourriture et me pose sans cesse la question: est-ce que je vais réussir à manger? Je sais que c'est un problème émotionnel: la moindre réflexion prend une ampleur démesurée. Un problème avec mon conjoint, la fatigue...Il suffit d'un stress pour que je retombe. En réalité, cela ne se termine jamais. J'ai l'impression qu'il y aura toujours une pulsion. Je me prépare à lutter tout ma vie.



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Catherine, 30 ans, sans profession, Moulins
Dès que j'ai des accès de cafard, cela retentit sur ce que je mange. Les quantités diminuent, il me vient des dégoûts et des sensations
d'angoisse. Cela peut durer plusieurs jours, plusieurs semaines...Cela a commencé à 16 ans. Il a fallu m'hospitaliser: je n'arrivais pas à manger et je vomissais le peu que j'avalais. J'ai pas pu suivre d'études. Je voulais devenir reporter-photographe. On m'a dit à l'école que ce n'était pas un métier pour moi, que je n'y arriverai pas. On a saccagé mes espoirs. Puis, j'ai été malade et l'école a refusé de me reprendre. Plus tard, je suis venue à Paris faire des petits boulots. J'ai été embauchée dans un McDonald's. L'équipe était formidable, je n'ai jamais été si heureuse. Malheureusement le décès d'un être cher m'a fait rechuter. Aujourd'hui je vis avec une allocation d'adulte handicapé. En ce moment, je pèse 37 à 38 kg pour 1.66m. J'arrive à me maintenir. J'apprends le japonnais et je veux m'en sortir. Mais manger reste quelque chose de pas normal, de pas naturel.



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Béatrice, 29 ans, ingénieur, Toulouse actuellement hospitalisée, sa maman raconte
Béatrice est hospitalisée. Son anorexie est réapparue et elle souffre aussi d'une dépression grave...C'est elle qui a demandé à être prise en charge. Quand son anorexie s'est déclarée pour la première fois, elle avait 23 ans. Elle était tombée à 27 kg pour 1.64m. Elle a été soignée à la maison. Puis nous avons cru, pendant 6 ans, qu'elle allait mieux. Jusqu'à cet automne...Pourquoi cette maladie? On se le demande encore...la première fois, peut-être à cause d'une rupture entre nous et ses grand-parents. Il est possible qu'elle se soit sentie responsable. Elle culpabilise très facilement. Et cette fois, elle aurait rechuté à cause d'une déception professionnelle...Elle est si exigeante envers elle-même! Depuis quelques temps, elle ne dort plus. Elle fait des marches forcées de 4h par jour pour libérer une énergie, une angoisse qu'elle sent en elle. Elle aimerait manger, elle aimerait manger, elle n'y arrive pas. Elle qui veut tout contrôler, elle se sent d'autant plus coupable d'avoir cette maladie.
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Published by eixerona - dans Anorexie