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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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°~°~° Bienvenue °~°~

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
Durant mon enfance, j'étais une petite fille sage, studieuse et raisonnable. L'enfant rêvée en somme. Et pourtant ! Au fur et à mesure des années, l'image de la plaisante et lisse Vittoria s'est brisée et je suis tombée dans le cercle vicieux des TCA. J'ai d'abord été touchée par l'anorexie, puis j'ai basculé dans la boulimie. Et dans les deux cas, je me souviens que je me suis trouvée face à une très grande incompréhension de la part de mon entourage.

La vie d'une anorexique

Si je semble forte, c'est parce que je me bats continuellement contre moi-même et n'accepte aucun relâchement. Je veux absolument dompter et dépasser mes besoins. Toutefois, cette force n'est qu'une apparence car au fond de moi je suis envahie par de multiples peurs.

Si je m'écarte des gens, ce n'est pas parce que je me sens supérieure, mais uniquement parce que je crains les rapports humains qui me font trop souffrir. Si l'on me reproche de ne pas sourire ou d'être trop mûre, c'est parce j'ai déjà une vision très grave, voire très sombre de la vie.

Si je parais dure, ce n'est pas parce que je n'ai pas de cœur mais parce je suis complètement prisonnière de mes comportements obsessionnels (sport, régime draconien ...). Je le reconnais, je suis extrêmement orgueilleuse ; ainsi, personne ne sait que je me recroqueville pendant des heures sous ma couette, que je m'enfonce les poings dans la bouche pour ne pas faire de bruit en pleurant ou me balance doucement dans mon lit pour m'imaginer dans un autre monde où je ne souffrirais plus tant je ne trouve ma place nulle part.

Mon corps ayant été très longtemps résistant, je n'ai pas du tout conscience que je porte atteinte à ma santé. J'ai juste le sentiment d'être plus lucide et plus sensée que les autres personnes.

Par ailleurs, combien de fois ai-je entendu :

"Allons ressaisis-toi toi qui étais si raisonnable et si mature avant !" Pourtant c'est drôle, au début, ma grande volonté suscitait l'admiration. En outre, il est sûr que cela me blesse au niveau de mon ego, mais au lieu de me faire changer d'avis, cela me braque encore plus.

"Allez il faut arrêter ce comportement absurde et manger maintenant car nous nous faisons trop de soucis à cause de toi". J'ai alors le sentiment de gêner, voire de déranger par rapport aux autres membres de la famille.

"Mais pourquoi tu nous fais ça, tu n'es qu'une égoïste, est-ce que tu penses à nous au moins ?" Mais enfin vous ne comprenez pas que je ne maîtrise absolument rien. Si je persiste dans ma position, ce n'est pas que je suis contre vous et désire vous narguer, mais c'est parce que je suis entraînée dans la spirale infernale de la maladie et, surtout, de la culpabilité ? Par contre, j'admets que je désire devenir totalement "pure", mais il s'avère que ce contrôle sur mon corps me procure un sentiment d'autosuffisance, de sécurité et surtout l'impression d'être enfin "quelqu'un". Alors, quand on me traite d'égoïste, je suis estomaquée car moi j'ai justement l'impression que personne ne pense vraiment à moi et essaie de se mettre à ma portée.

"Mais tu ne penses qu'à toi, tu ne veux pas guérir de toute façon". Je réponds "oui" pour qu'on me laisse tranquille, mais en fin de compte je ne sais même pas ce que cela veut dire "guérir", étant donné mon état psychique. À l'idée de grossir et de prendre des formes, je panique complètement. Je ne veux pas rentrer dans ce monde d'adultes, mais rester à mon stade asexué. Par ailleurs, sachez qu'une bouchée d'aliments est à mes yeux un intrus qui s'infiltre dans mon corps et m'encrasse, et que chaque calorie est une ennemie pernicieuse qui me souille. Le fait de manger est donc une véritable torture mentale car source d'angoisses indescriptibles.

"Nous en avons assez de ton comportement puéril, à ton âge, on n'a plus de telles lubies !" C'est le comble : je suis perçue comme une personne qui veut attirer l'attention et qui fait un caprice alors que je suis complètement dépassée par ma situation.

"Mais, enfin, je ne te comprends pas, dire que toi tu as la chance d'avoir un toit sur la tête, un travail et que tu sais bien qu'il y a tant de gens qui eux meurent de faim sans le vouloir". Je sais bien tout cela, mais vous n'arrivez qu'à me faire culpabiliser davantage d'être finalement encore en vie !

"Tu sais nous avons eu des remarques des voisins, tu as trop maigri, il faut te ressaisir maintenant". Pourquoi voulez-vous que je guérisse ? Parce que les voisins ont fait une remarque sur votre responsabilité de parents ? Moi, ce que j'aimerais entendre, c'est par exemple "je me fais du souci pour toi", "j'ai mal de te voir décliner ainsi" ou "est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ?".

La vie d'une boulimique

Perdue dans le regard des autres, je me montre souriante et serviable, mais c'est en fait pour quémander une validation, un sourire et/ou un compliment qui me sortiraient un peu de ces sentiments envahissants et omniprésents d'être si insignifiante et si nulle.

Combien de fois ai-je entendu :

"Allons enfin arrête tout ça", alors que je suis envahie par un sentiment de vide immense et d'impuissance totale. Mon besoin de manger sans même avoir faim est une pulsion que je vis tel un envoûtement. Moi, l'ancienne ascétique, sèche et flegmatique, je suis devenue une furie. Telle une droguée, j'ai besoin de mes crises avec ma dose de nourritures pour pouvoir me défouler, et surtout ne pas "exploser" tant je vis sous pression dans la journée. De surcroît, je ne peux m'arrêter car j'ai trop longtemps vécu dans le secret, cachant mon mal à tous avec la peur que l'on vienne à le découvrir. J'ai beau limiter les dégâts avec le sport, les laxatifs, le jeûne et les vomissements, je suis écrasée par la culpabilité avec le sentiment de n'être qu'une menteuse et une tricheuse face au monde à force de paraître ce que je ne suis pas.

"Mais il suffit de faire preuve de volonté !" Alors que vous vous n'arrivez même pas à arrêter de fumer ou de boire votre petit verre ! Vous ne comprenez pas que je ne fais pas exprès, seules mes pulsions me gouvernent. A vrai dire, j'ai même l'impression d'être enfin moi-même durant mes crises car à ces moments-là, je ne porte plus le masque de la gentille Vittoria, et je me lâche enfin. J'exprime alors ma rage, ma violence et mes frustrations.

"Et dire que nous avons tant fait pour toi, qu'est-ce qu'il t'arrive". Un enfant n'est-il qu'un éternel redevable envers ses parents sous prétexte qu'ils l'ont mis au monde ? "Comment peux-tu me faire souffrir ainsi". Et moi si tu savais combien je souffre avec toutes ces idées noires qui me harcèlent au point de vouloir que tout cela cesse tant je ne me supporte pas et suis dégoûtée par mes pulsions et mon corps. "Tu ne nous aimes pas pour faire cela". Mais pas du tout, c'est MOI que je ne respecte pas et exècre.

"Bon ça suffit maintenant, je perds mon temps avec toi puisque tu ne veux même pas m'écouter ou discuter". T'écouter ou être de nouveau assénée d'ordres, de reproches et critiques négatives ? Discuter ou entendre un monologue ?

"Tu n'es qu'une insolente car tu ne daignes même pas me répondre". Répondre à quoi ? A force d'être d'emblée coupable, je suis incapable de la moindre discussion.

"Je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines ainsi alors qu'on fondait vraiment tant d'espoir sur toi". "Tu sais tu me déçois vraiment, je me suis pas sacrifiée autant pour en arriver là". Ne suis-je donc qu'un projet ou un investissement à tes yeux ?

"Allez fais-moi plaisir, et fais... va...". Je veux bien te faire plaisir car c'est mon désir le plus cher, mais jusqu'à quel point ? A force de vouloir te faire plaisir depuis ma plus tendre enfance, je ne sais même pas qui je suis ? J'ai beau faire mon maximum, j'ai cependant l'impression que je n'arriverai jamais totalement à te faire plaisir et être aimée inconditionnellement et pour ce que je suis.

"Tu ne veux même pas manger avec nous". Ce n'est pas du tout parce que je ne "veux" pas. En fait, je ne "peux" pas manger avec vous car j'ai vraiment peur de ne plus pouvoir me contrôler en public. Par ailleurs, je ne veux pas de commentaires sur tout ce que je mange. Pendant les repas, je ne veux surtout pas entendre parler de mes pires obsessions : la nourriture et mon poids. Je ne veux pas non plus que l'on me force à manger comme un bébé ou une oie. En ayant assez d'être surveillée, scrutée et espionnée durant chaque repas dans une ambiance tendue et stressante, je préfère nettement manger seule pour être sûre d'être tranquille.

"Oh mais tu es invivable !" "Tu n'as pas de cœur !" Si je ne manifeste pas mes émotions, c'est parce que je suis incapable de les gérer. Désirant tout contrôler, je garde tout en moi. Avec le temps, je refoule tant que je suis complètement exsangue terrassée par l'impuissance, la tristesse, la honte et le désespoir, comme au fond d'un trou ne voyant plus la lumière depuis un certain temps.

"Tu ne fais plus rien". "Tu deviens de plus en plus paresseuse". Je ne suis pas paresseuse, je n'ai tout simplement envie de rien. Je suis lasse. Mon chagrin et ma prostration sont devenus mon "hurlement silencieux", seul langage à ma portée. Je me renferme sur moi-même pour me faire une carapace et camoufler mon hypersensibilité maladive et ma vulnérabilité extrême, mais surtout pour tenter de ne plus souffrir.

"Toi qui es si gentille pourquoi tu n'as pas d'ami(e)s". Mais justement, j'en ai assez d'être gentille. Ma gentillesse dissimule mon incapacité viscérale à m'affirmer et notamment dire "non". Ne sachant ni me défendre ni dire ce que je pense, je préfère être seule pour ne plus jamais être dominée et objet de remarques ou moqueries de la part des autres.

J'ai par conséquent dans ces deux types de troubles le sentiment d'être constamment en faute à force d'entendre des critiques. Non seulement n'ayant ni confiance en moi ni d'estime de moi-même, mais aussi souffrant d'un trouble grave de la perception de l'image de mon corps et ne m'acceptant guère, tous ces jugements m'écorchent vive et m'achèvent. J'ai même fini par me considérer comme une moins que rien et une "ratée".

[...]Toute notre souffrance (cocktail explosif composé d'un désir viscéral de perfection et d'obtenir l'approbation de tous, de blocages émotionnels, de peurs multiples dont la violence, les conflits, échouer, être rejetée, abandonnée...) nous éloigne de tout et tous, et nous entraîne dans une solitude implacable qui nous ôte toute envie de continuer.

Moi, j'ai ainsi grandi trop vite avec le sentiment que je serai toujours seule, et pire, que je ne pourrai jamais compter sur quiconque dans la vie.

Vittoria Pazalle

Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=1814 -
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22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
Crise de boulimie

« On parle de crise de boulimie du fait du déclenchement brutal du comportement, de son caractère impérieux et de son déroulement ininterrompu jusqu'au malaise physique ou aux vomissements. La crise survient indépendamment des repas, souvent en fin d'après-midi, faisant suite à la tension de la journée et des études. Elle peut être consécutive à une contrariété et répond souvent à un sentiment de solitude que la patiente aggrave en s'isolant pour manger en cachette et en demeurant seule après la crise, à cause du dégoût d'elle-même qu'elle éprouve. [...]

La crise elle-même se déroule de façon quasi ritualisée pour chaque patiente. Là où l'anorexique recherche les aliments à plus faible valeur calorique possible, la boulimique les choisit en fonction de leur richesse calorique et de leur caractère bourratif. [...]

Durant celle-ci, on peut ainsi avaler rapidement et sans répit : deux baguettes de pain, 500g de beurre, un ou deux paquets de pâtes, dix croissants, une plaquette de chocolat...L'ingestion de tous ces aliments s'accompagne parfois de plaisir, surtout chez les boulimiques qui ne vomissent pas, mais le caractère d'urgence, le besoin d'engloutir prennent le plus souvent le pas sur la recherche de goût et de plaisir, et les aliments sont davantage avalés que mâchés, et encore moins dégustés. La fin de la crise est souvent suivie d'un état de torpeur, de flottement interne, voire de dépersonnalisation, avec des douleurs physiques violentes, abdominales en particulier, et un sentiment de honte, de dégoûts et de remords. [...] La peur de grossir est omniprésente et donne lieu à des stratégies de contrôle de poids. La plus courante est le vomissement provoqué, mais il y a aussi l'usage de laxatifs, de diurétiques et de coupe faim, souvent consommés de façon très abusive. [...] Chez les jeunes filles qui ont traversé une période d'anorexie pure, l'hyperactivité et la pratique intensive de sport servent également à garder un poids normal.

La fréquence des crises peut aller de une à deux par semaine à plus de quinze par jour. »


Anorexie/boulimie : Les paradoxes de l'adolescence de Philippe Jeammet
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22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
L'anorexie mentale est loin d'être une pathologie nouvelle ; on la reconnaît déjà dans certaines descriptions datant de l'Antiquité, gréco-romaine et même égyptienne, et au onzième siècle, le médecin et philosophe Avicenne rapportant l'histoire d'un jeune prince qui, refusant de se nourrir, se laissait dépérir. Enfin l'anorexie mentale a été reconnue comme un trouble pathologique à la fin du 19 ème siècle, époque où justement les formes féminines, rondes et pleines, étaient valorisées.
Il ne suffit pas de vouloir être mince pour devenir anorexique. Les TCA supposent un stress interne intense important, une lutte permanente pour les contrôles de ses émotions. La pression pour la réussite sociale, le culte de la performance peuvent contribuer à générer, chez l'adolescente et sa famille une pression considérable, sur laquelle vient se greffer l'angoisse de ne pas être à la hauteur et d'échouer.

Anorexie/boulimie : Les paradoxes de l'adolescence de Philippe Jeammet
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22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
Un intérêt pour l'alimentation

« Anorexiques et boulimiques sont “ des passionnées de la bouffe ”, comme on le souligne parfois à juste titre. [...] Les unes comme les autres connaissent par cœur la teneur en calories des différents aliments et, plus étonnant encore, collectionnent les recettes, adorent faire à manger pour les autres. [...] Elles donnent aux autres ce qu'elles se refusent à elles-mêmes et il est très courant que les anorexiques fassent la cuisine pour toute la famille, s'inquiètent si un frère ou une sœur ne mange pas assez, portent le petit déjeuner au lit à leurs parents.

Appétit

« Les anorexiques sont grosses de leurs envies, de leurs appétits refrénés, mais bien sûr, ces appétits ne concernent pas la nourriture. C'est l'appétit d'être la première, la meilleure, la plus aimée et la plus admirée, mais leur faim est si grande qu'elle engendre la peur. »


Anorexie/boulimie : Les paradoxes de l'adolescence de Philippe Jeammet
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22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
Origine

« Actuellement, l'hypothèse la plus répandue est que l'anorexie comme la boulimie sont dues à de multiples facteurs. L'une et l'autre se révéleraient chez des sujets prédisposés, à la faveur de facteurs déclenchants et seraient perpétuées par des facteurs pérennisants, entraînant alors un véritable cercle vicieux. »

Anorexie/boulimie : Les paradoxes de l'adolescence de Philippe Jeammet
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22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
Anorexie chronique

"Dans 20% des cas l'anorexie peut devenir chronique. [...] On se fixe cependant un délai de cinq à six ans avant de parler d'anorexie chronique, dont les indices les plus fiables sont, plus que la dure, l'état psychologique de la patiente et sa relation à son trouble alimentaire. [...] Le risque de chronicité est en revanche très important chez les jeunes filles dont l'état n'est pas trop alarmant sur le plan pondéral, qui ne sont pas suffisamment mal pour qu'on exige une hospitalisation et qui stagnent durant des années, avec un corps qui souffre et une vie qui, en dépit d'une adaptation sociale satisfaisante, s'appauvrit, se restreint et se dessèche. [...]
Dépression, phobie et sensitivité, plus ou moins associées, ont en commun de favoriser une attitude de retrait qui reste l'un des grands dangers de l'anorexie chronique. Il y a là un risque d'appauvrissement de la personnalité, d'autre plus frappant qu'il touche des jeunes filles souvent brillantes, performantes, très ambitieuses."

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22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
Addiction

« L'anorexique est dans une indéniable relation de dépendance à son comportement. Elle en est même dépendante à double titre : d'une part parce qu'il la protège de sa peur de devenir boulimique ; d'autre part parce qu'il lui apparaît indispensable à son équilibre psychique. Telle une drogue, le comportement anorexique peut alors acquérir une fonction thérapeutique pour la patiente : il lui apporte un relatif bien-être, la protège, au moins pour un temps, de l'angoisse et de la dépression, la conforte dans sa différence et lui confère, vis-à-vis des autres, une identité et un pouvoir dont elle sait user. Mais, comme avec une drogue, cet effet thérapeutique n'est qu'un palliatif et ne résout aucun des problèmes sous-jacents qui demeurent et ont même tendance à s'aggraver, obligeant la patiente, dans un mouvement de fuite, à renforcer son comportement. [...]
Dès qu'elles se sentiront en difficulté, certaines adolescentes auront tendance à recourir à ce comportement qui s'autorenforce et réorganise peu à peu toute la personnalité. [...]
L'anorexique peut avoir malgré tout le sentiment que son comportement correspond à un choix. »


« Anorexiques et boulimiques oscillent [...] entre conformisme et opposition. [...] on les voit passer de la complaisance la plus grande à l'entêtement le plus obstiné qui peut les conduire jusqu'à la mort que, pourtant, elles ne souhaitent pas. »


Anorexie/boulimie : Les paradoxes de l'adolescence de Philippe Jeammet
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22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
Dépense calorique en cal pour 1h


& aérobic 300 à 500
& danse 150 à 300
& équitation 100 à 400
& gymnastique 100 à 400
& jogging modéré 250
& jogging intensif 400
& marche à un rythme normal 100
& marche rapide 300
& natation (en moyenne) 400
& ski 300 à 900
& tennis 400
& vélo 200 à 700
& voile 250
& basket-ball 400 à 500
& billard 50
& boxe 500 à 600
& bowling 40 à 80
& conduite auto 40 à 80
& dactylographie 20 à 40
& escrime 400 à 600
& foot 400 à 500
& golf 50 à 200
& haltérophilie 400 à 500
& handball 400 à 500
& jardinage 50 à 150
& judo et arts martiaux 300 à 600
& lutte 600 à 900
& musique 40 à 80
& patinage 200 à 600
& rugby 400 à 500
& squash 300 à 800
& tennis de table 50 à 150
& travail de bureau 20 à 40
& travail manuel 50 à 200
& travail manuel de force 200 à 600
& ménage 50 à 100
& volley 400 à 500
& water polo 600 à 900
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Published by eixerona - dans Nutrition
22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
La norme inscrite dans le corps : la blessure nommée anorexie

Michela Marzano-Parisoli
http://elvir.univ-poitiers.fr/article.php3?id_article=1003

« Ce corps qui est mien. Ce corps qui n'est pas le mien. Ce corps qui est pourtant le mien. Ce corps étranger. Ma seule patrie. Mon habitation. Ce corps à reconquérir. Cette fatigue. Cet écrasement. Cette broyance de la vie qui résiste. Cette broyance du corps qui ne peut ni vaincre ni capituler. »

Jeanne HYVRARD. La Meurtritude
.


Enfermée dans un cauchemar fait de silence et de faim, elle me regarde avec des yeux trop grands. Elle n'a pas encore les mots pour le dire. Mais elle laisse son corps parler d'une blessure. Blessure cachée. Blessure niée. Blessure infligée.

Blessure incompréhensible, car personne ne l'oblige à rester dans une cage. Tandis qu'elle ne peut pas sortir, la porte ouverte offre la liberté d'un monde ordonné par des règles humaines. Mais son monde à elle a ses propres normes. Intransigeantes. Autant que sa faim violente qui ne la laisse pas dormir la nuit.

Son corps est sa norme. La dureté de ses os, dernier bastion impénétrable, nous rappelle les épouvantes de Dachau et de Buchenwald - les lieux où les déportés avaient perdu leur parole. Elle aussi a perdu sa parole. Mais personne ne veut la croire. Car la déportation est sa patrie adoptive. Et elle en est la seule responsable.

Elle est sa loi. Elle est son gardien. Son corps est sa prison.


Après avoir fait leur apparition dans les sociétés industrielles et riches du siècle dernier (Brumberg 1997), les désordres alimentaires ont connu une poussée tragique surtout dans les années 80 et 90 du xxe siècle (Fombonne 1995 ; Turnbull 1996), parallèlement à un nouvel élan de la diffusion de l'idéologie qui veut que la minceur soit indispensable à la réussite(1). Dans ce contexte, bien que apparemment le premier but des anorexiques soit la minceur effilée, conçue comme le seul moyen qu'elles se donnent afin d'être socialement acceptées, le phénomène anorexique exprime, dans son tragique extrême, l'illusion que le corps puisse devenir un moyen au service des normes. Car, en incarnant la norme du contrôle, le corps anorexique devient le théâtre où le symptôme s'amuse à jouer la comédie de la mort.

La nosologie internationale, dans sa froide objectivité, décrit l'anorexie comme une pathologie parmi les autres, en se référant simplement au comportement alimentaire sans se soucier de la personne et sans rien dire du drame que les anorexiques vivent chaque jour (2). La critique féministe, dans son élan idéologique, se limite à souligner l'inscription sur le corps féminin des normes culturelles et patriarcales des sociétés occidentales, sans se soucier d'interroger le fait que la norme anorexique est souvent le fruit du rejet de la société et de ses produits séduisants (Orbach 1986 ; Bordo 1993). La psychanalyse, enfin, dans son espoir de soulager la souffrance, cherche un repère dans le non-dit des dynamiques familiales, dans les secrets de famille, dans le refus de la sexualité3.

Et, cependant, l'anorexie échappe à toute classification. Elle est à la fois une pathologie et un mode de vie, une acceptation des normes des autres et un refus de toute interférence, une souffrance continuelle et une jouissance narcissique. Car l'intransigeance de la norme qui s'impose aux anorexiques (elle s'impose à ses victimes tout en étant construite par elles), et qui se présente comme un nouvel impératif

catégorique, s'accompagne toujours de la volupté et du plaisir d'être

capable de s'y soumettre.

La norme anorexique est un jugement qui ne tolère pas d'exceptions : il n'y a pas de pardon pour celle qui cède ; il n'y a pas d'effacement de la faute si faute a été commise.

Mais de quelle faute s'agit-il ? Je m'interroge sans comprendre, en même temps qu'elle me regarde, toujours plus petite, toujours plus transparente.

La faute est de vivre et de ressentir. La faute est de désirer. La faute est d'avoir faim.

« Si j'étais un ordinateur, je serais libre » - elle lance ces mots sur mon visage. Je voudrais me défendre, mais je ne suis pas capable de le faire, car leur violence a la puissance d'un couteau. A ses yeux grands ouverts, je pèche car je mange. Je pèche car je ressens. Je pèche car je ne suis pas capable de me donner ses normes et de combattre mon corps et ses besoins.

Mais, moi, je suis libre. Libre de me payer le plaisir d'un gâteau. Libre de recevoir le vent sur mon visage. Libre de chercher les caresses d'un homme. Libre de me pardonner quand je me trompe, de me consoler quand j'ai sommeil, de prendre du repos quand je suis fatiguée. De désirer quand je désire.

« Quelle est ta liberté visant un but suicidaire ? » A mon tour, c'est moi qui la questionne. Je suis même énervée par sa force désespérée. Par ses os. Par sa dureté. Par son corps-prison. Par son contrôle absolu. Car sa norme à elle est en train de la tuer, et elle ne veut pas le voir.
Les gens ont peur des anorexiques. Leur corps émacié est un signe de l'inéluctable. De la mort. De la défaite. Jamais autant d'ambiguïté n'a entouré une pathologie. Jamais autant de haine et de pitié. Il dérange les bonnes personnes d'assister au rituel du repas des anorexiques. Il les dérange, car la nourriture est la vie. Et la vie se doit d'être joyeuse. L'anorexie est le visage caché de notre impuissance et de notre rêve de contrôle (Le Barzic & Pouillon 1998). Car, en réalité, presque tout le monde aime le contrôle et passe sa vie à justifier ses chutes. Nous sommes tous pris dans un cercle qui justifie l'exercice du contrôle au nom du désir qui est bon, tout en justifiant les défauts inévitables de contrôle par le même « bon » désir. Dans une société marquée par le fantasme de combler tous les besoins et, en même temps, de contrôler toute défaillance, le refus de nourriture oppose un démenti absolu, un contrôle radical qui échappe à tout contrôle.

L'anorexique nous enseigne que le désir est le mal. Elle nous montre sa norme par son corps sacrifié à l'autel du contrôle. Elle est le visage d'un impératif catégorique qui sans explication nous oblige à la négation de nos passions.

Elle ne veut pas être comme sa mère. Mère-maison. Mère-foyer. Mère-nourriture. Le refus de sa faim est un refus d'une vie ordonnée par l'extérieur. Par la règle des autres. Par la loi d'une mère qui n'a pas su comprendre, ni combattre. Une mère qui n'a pas su être à la hauteur du père. Elle veut sa loi à elle, même si sous le refus de sa féminité il se cache une prison faite d'un corps sans désir ; même si sous la tentative d'incarner la loi du père, se cache une norme qu'aucun père ne voudrait recommander.

Bien que, étymologiquement, le mot « anorexie » désigne l'absence de faim, en réalité les anorexiques sont quotidiennement tourmentées par la faim, qu'elles ne peuvent accepter. Elles ont une peur atroce d'être surmontées par le désir de la nourriture, qui est perçu comme un étranger pouvant détruire leur corps et leur vie. Elles se caractérisent par une hantise infinie de perdre le contrôle et d'être ainsi bannies par une société qui est aujourd'hui régie par l'emprise du contrôle.

On dit souvent que l'anorexie naît quand on est comblé avant même de pouvoir désirer. On dit que c'est la faute à la mère. On parle de l'absence du père. Mais on oublie souvent le vide qui construit la vie des anorexiques.

En réalité, le désir existe. Chez les anorexiques, c'est la recherche d'amour qui pousse à l'action destructive. Un amour tellement infini que les gens ont peur de l'écouter, de le donner, de le recevoir. C'est alors que la norme s'impose : « Tu n'auras besoin de rien ni de personne. » Et c'est alors que l'illusion s'accomplit. Car, afin de ne pas être rejetées, elles rejettent. Afin de ne pas être abandonnées, elles abandonnent. Afin de ne pas souffrir à cause du vide, elles s'entourent d'un abîme. Jusqu'à ce que le cercle soit bouclé. Sans retours. Jusqu'à ce que leur norme devienne la reine absolue d'un monde habité par des spectres.

Le refus de se nourrir exprime, dans ce contexte dramatique, l'illusion de ne plus dépendre des autres, de même que le rêve de fuir la douleur et l'abandon. Dans leur quête de perfection, les jeunes anorexiques arrivent à construire une cage à l'intérieur de laquelle leur corps devient un tableau noir où lire leur puissance/douleur, leur cadeau/punition, leur envie de quitter ce monde. Un monde à quitter afin de ne pas être détruites, quand, en réalité, elles se détruisent elles-mêmes (Lavanchy 1994). Elles refusent leur corps car leur corps est la source de tout besoin, la source de l'angoisse d'être au monde : elles ne veulent pas grandir (et donc occuper de l'espace) ni devenir femmes et changer (et donc occuper le temps). Elles visent un vide spatio-temporel qui ne peut pas se réaliser. Elles cherchent à fixer leur existence dans une image unidimensionnelle et virtuelle. Elles haïssent leur corps réel en tant que pierre de touche de leur faiblesse. Et, cependant, elles montrent une puissance et une force inhumaines : la force du désespoir, car ce n'est que le désespoir qui peut le pousser à mourir de faim.

Faim réglementaire. Faim chronique que les hommes libres ne connaissent pas. Faim qui s'installe dans leur corps. Faim oubliée.
Car elles n'ont pas le droit. Et leur corps le sait bien.


« Quand pourrais-je avoir le droit de manger un morceau de pain sans me sentir coupable ? Quand pourrais-je me coucher sans rêver tout le pain du monde ? »
Elle me regarde en pleurant. Elle voudrait une réponse. Comment pourrais-je lui expliquer que sa faim sera inextinguible tant qu'elle n'arrivera pas à l'accepter ?

Les anorexiques se sont elles-mêmes rendues malades à force de faire taire leurs émotions et leurs désirs dans l'espoir forcené d'imprimer la norme meurtrière du contrôle à leur corps et à leur appétit. Elles ont appris à vouloir ce que l'on doit, plutôt que ce qu'elles désirent. Et, cependant, le désir d'être toujours plus maigres n'implique qu'un désaveu continuel de leur propre réalité ; l'apparence devient leur étant intime ; le désir est massacré. En rêvant d'une vie sous le contrôle de la volonté, ces personnes perdent complètement la maîtrise de leur vie. L'idéal du contrôle, construit afin de modeler la réalité et de la transformer, aboutit à la destruction de la réalité en transformant le rêve proposé en cauchemar.


Bibliographie


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Bordo S., Unbearable Weight. Feminism, Western Culture and the Body, Berkeley, University of California, 1993.

Bruch H., Eating Desorders, New York, Basic Books, 1973 ; L'Enigme de l'anorexie (1978), PUF, Paris, 1979.

Brumberg J. J., The Body Project : An Intimate History of American Girls, Random House, New York, 1997.

Célérier M.-C., « Anorexie mentale ou maladie d'emprise ? » Revue de médecine psychosomatique, 1990, 23, pp. 23-26.

Fombonne E., « Anorexia Nervosa », British Journal of Psychiatry, 1995, 166, pp. 462-471.

Freud S., Introduction à la psychanalyse (1916) Payot, Paris, 1965.

Lavanchy P. Il corpo in fame, Rizzoli, Milan, 1994.

Le Barzic M. Pouillon M., La Meilleure Façon de manger, Odile Jacob, Paris, 1998.

Orbach S., Hunger Strike : The Anorectic's Struggle as a Metaphor of Our Age, Norton, New York, 1986.

Palazzoli Selvini M., L'Anoressia mentale, Feltrinelli, Milan, 1963.

Steiner-Adair C., The Body Politic : Normal Female Adolescent Development and Eating Desorder, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1987.

Turnbull S., « The Demand for Eating Desorder Care : an Epidemiological Study Using the General Practice Research Database », British Journal of Psychiatry, 1996, 169, pp. 705-712.



(1) C'est à la suite de cette poussée tragique des désordres alimentaires que l'on retrouve un certain nombre de travaux et de recherches sur l'anorexie et la boulimie. Parmi celles-ci, il faut sans doute citer la recherche empirique de Catherine Steiner-Adair, qui, en 1987, a publié une étude sur les étudiantes de la high school américaine en montrant le lien étroit qui existe entre les désordres alimentaires et la tentative d'imiter les femmes belles, indépendantes et épanouies qui sont proposées par les médias comme des wonderwomen. Mais les analyses les plus significatives sont les études psychologiques et psychanalytiques de Bruch (1979), Lavanchy (1994) et Palazzoli Selvini (1963), qui montrent que les anorexiques - dont l'incidence généralement admise est de 5 à 10 % dans la population à risque des lycéennes et étudiantes, et dont 95% sont de sexe féminin (Fombonne 1995) - sont surtout des personnes qui observent scrupuleusement les normes du contrôle.

(2) Ainsi, aux Etats-Unis, le Manuel de diagnostic et de statistique des troubles mentaux (DSM 1980, 1987, 1995) nous donne à propos de 1'anorexie toute une série d'éléments quantitatifs et descriptifs : poids corporel inférieur de 15 % au poids standard, absence de cycle menstruel, peur de grossir, troubles de la perception de l'image corporelle. Cependant, ce manuel ne fournit aucune analyse sur le fait que le regard anorexique sur le corps est le reflet immédiat d'une norme intransigeante à laquelle les anorexiques se doivent d'obéir.

Le symptôme anorexique est lu comme une solution parmi les autres aux situations conflictuelles. C'est pourquoi l'acte alimentaire symptomatique « a peut-être le droit d'être considéré comme un acte psychique complet, ayant son but propre, comme une manifestation ayant son contenu et sa signification propres » (Freud 1916, 241).

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Published by eixerona - dans Revue de presse
22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
L'assiette de vermicelle froid est sur ses genoux, l'odeur du bouillon l'écœure [...] Elle commence à manger, sagement, proprement, avec une cuillère. Une larme perle. Elle pleure en achevant la dernière cuillère du vermicelle qu'elle sent descendre dans le précipice de l'oesophage.

Elle n'ose plus bouger. La honte l'emporte. Impuissante, (elle) assiste à la modification de son corps.

Le ventre donne le signal. Il gonfle, il pousse vers l'avant. Les hanches s'arrondissent, lourdes, lourdes, la déséquilibrent cette fois vers l'arrière. L'embonpoint gagne les membres. Des ondulations de graisse parcourent les mollets, boursouflant la peau. Les mains épaississent et boudinent les doigts qui n'osent se refermer. Elle voudrait parler mais ses joues sont prises a leur tour dans cette lave de graisse précipite hors d'un volcan qui menace de l'engloutir. La brûlure du vermicelle, si intense, délimite clairement la matrice de l'éruption et de son feu intérieur.

(Elle) regarde le réveil: un quart d'heure. Quinze minutes de torture. Elle s'est donné vingt minutes, pas plus, pour en terminer avec cette nourriture incendiaire. Cinq encore à tenir...

La femme-papyrus Noelle Chatelet
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