Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

Recherche

Citation

  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

Archives

°~°~° Bienvenue °~°~

un--55-.jpg

Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Depuis longtemps, je comprends les mécanismes biologiques et psychologiques qui régissent mon anorexie. Les longues années de thérapie que je traîne derrière moi m'ont bien instruite. De toute façon, j'intellectualise toujours tout. Ca m'évite de ressentir les choses. Je choisis la fuite des émotions et le primat de l'esprit. Parce que penser est moins cruel que souffrir.

Je sais, je pense, je me conseille, mais je n'arrive pas à agir pour confronter la maladie. Logiquement, je saisis toute l'importance de me nourrir, tout l'absurdité tant de ma quête de la minceur que de mes refus. Pourtant, dans mon coeur, je ressens seulement l'utilité de préserver jalousement mon anorexie - ma soeur, ma déesse, mon seul amour.

Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle
Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Refuser de manger, c'est symboliser mon refus de vivre plus longtemps avec ce mal intérieur qui me ronge, cette haine de moi-même qui croît en mon coeur, ce sentiment de perpétuel échec.

Refuser de manger, c'est avouer que je suis terrassé et terrorisée par un je-ne-sais-quoi, un rien sans noom qui me force à représenter, par le refus et l'attirance envers le vide, le néant de toute mon existence. Je ne veux pas qu'on m'aime. Je ne veux pas m'aimer.

L'anorexie, c'est le signe du tout ou rien qui m'habite.
C'est l'image de la vie qui appelle à l'aide et de la mort que je cherche à mériter en me faisant souffrir.

Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle
Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Ne pas manger, c'est me battre et gagner contre les exigences de la nature humaine, c'est affirmer l'inutilité du corps.
Ne pas manger, c'est réussir à être différente et meilleure. Pour moi-même. J'ai l'esprit de compétition. Et je me bats violemment contre moi, contre qui j'étais, pour venir autre.
J'ai besoin de me prouver que je réussis, parce que je crois profondément à ma nullité. J'ai besoin d'un record personnel pour arriver à croire que je mérite de vivre - je n'y crois plus, à la vie, depuis que je me déteste, depuis toujours peut-être...je ne sais plus, je ne me rappelle plus le temps où je vivais sans pleurer.
Maintenant, ma raison de vivre, c'est de me détruire en parvenant à survivre. C'est tout ce qui me reste, tout ce qui me revient à la mémoire, tout ce que je connais désormais.

Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle
Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

J'ai encore changé d'avis. Dans un kilo de moins, je serai heureuse. J'en ai le pressentiment. Encore un kilos en moins pour être plus près du bonheur? Je l'espère. Je l'essaie chaque jour. Je suis triste. Pourtant, je sens que j'approche de l'extase, à chaque kilo perdu. Seulement, je n'ai pas encore perdu le bon kilo pour être bien, je suppose.
Parfois, je me demande: Combien de poids faut-il perdre pour perdre le poids de la peine?

Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle

 

Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

 

Je pense à ce mal-être qui est le mien. Je souffre de ne pas parvenir à être heureuse comme les autres filles. Elles peuvent s'empiffrer de crêpes et de petits pains sans prendre un gramme, alors que moi, je dois me surveiller, comptabiliser chaque calorie ingurgitée, afin d'être sûre de ne pas dépasser le quota. Pourquoi tant d'injustice? Pourquoi dois-je me priver pour être belle?

Je n'ai plus de copine, car je ne supporte plus de passer la récré avec elles, je ne supporte plus de les voir avec leur chocolat chaud et leur brioche ou leur Mars. Alors je fuis, je me pelotonne contre un radiateur dans la salle d'étude désertée...
Je fuis leurs regards, leurs jugements, leurs questions...Je fuis la tentation d'accepter le croissant qu'elles m'offrent de partager avec moi...Personne ne me comprend ni ne m'aime...Pas même moi..Je ne me reconnais plus, alors je m'accroche à ce qui est devenu ma raison de vivre: me priver et maigrir. Encore et toujours...

Peut-être, lorsque j'aurai atteint mon but, peut-être alors je serai heureuse...Peut-être même pourrai-je à nouveau manger de bonnes choses...

Mais, pour le moment, c'est hors de question, je ne dois pas abandonner, je dois lutter contre cette envie qui monte en moi de me jeter sur du pain et du chocolat...

Toujours refuser la nourriture...

Sans cesse me limiter...

Et faire semblant pour donner le change. Sourire, rire, s'exclamer, devant maman et papa, les copines, les profs...

[...] je suis épuisée.


Journal sans faim, Marie Bertin, Roselyne Bertin

Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Cher journal,

Deuxième jour...Je suis comme une prisonnière qui compte les heures. L'hôpital, ce n'est vraiment pas drôle!


Tout d'abord, réveil à 7h pour la température et les fortifiants. Puis il faut se laver, s'habiller et se rendre dans la salle commune où est dressé le buffet du petit déjeuner. Je ne te raconte pas l'horreur! Ils n'ont pas de lait écrémé, ni de céréales allégées, ni quoi que ce soit que j'aime. En plus, ils ont voulu me faire avaler un cacao accompagné de tartines de Nutella! J'ai opté pour un thé (sans sucre), un jus d'orange et un bol de corn-flakes (sans lait) et je suis revenue dans ma chambre avec mon plateau. C'est la seule chose bien, ici: on peut manger au lit en regardant la télé.



Pareil à midi et le soir, sauf qu'il n'y a pas de buffet et qu'on m'apporte un plateau-repas auquel j'ai à peine toucé. En venant le reprendre, l'infirmière a pris soin de noter ce que j'avais laissé. Pourvu qu'on ne me garde pas jusqu'à ce que je m'alimente "normalement", comme ils disent.

J'ai fait la connaissance de Laetitia: elle a 15 ans, comme moi, et c'est ma voisine de chambre. Elle aussi est "anorexique", d'après le docteur, mais elle est vraiment très maigre. Il paraît que c'était pire lorqu'elle est arrivée à l'hôpital: elle pesait 34 kilos. A présent, elle en pèse 38 et elle ne poura sortir qu'à 40...Elle est super sympa et il me tarde d'être à demain matin pour prendre mon petit déjeuner avec elle. Mais je me sens grosse à côté d'elle, si grosse! C'est comme elle que je voudrais être...




* -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * --* -- * -- * -- * -- * --* -- * -- * -- * -- * --


Aujourd'hui, j'ai rencontré un psychiatre pour la première fois de ma vie [...]

Il a
conclu l'entretien en me disant que j'étais "anorexique" et que ce qu'il voulait savoir c'est pourquoi j'appelais "au secours" en me faisant maigrir et souffrir. Il a ajouté que les gens qui font, comme moi, une grève de la faim, ont toujours une bonne raison. [...]

Pour les repas, j'ai trouvé la solution: comme je les prends seulde dans ma chambre, je jette dans les toilettes ce que je n'aime pas et je tire la chasse ensuite...Ni vu ni connu! Ce soir l'infirmière m'a même félicitée parce que j'avais tout mangé.





* -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * --* -- * -- * -- * -- * --* -- * -- * -- * -- * --




Mauvaise nouvelle: ce matin ils m'ont pesée et je faisais 43 kilos. Tu te rends compte? J'ai pris un kilo sans m'en apercevoir. Je suis dégoûtée. Je me dégoûte. Bien sûr, j'ai fait comme si j'étais contente: je leur ai dit qu'à présent je mangeais normalement et que j'allais remonter la pente. Le docteur a paru satisfait. Mais, au fond de moi, je ne comprends pas. D'où vient ce kilo? Est-ce le morceau de gâteau que j'ai mangé hier au goûter et que je n'ai pu jeter parce que j'étais avec Laetitia? Il faut que je sorte vite de cet hôpital, sinon ils vont me rendre obèse...Journal, je suis si déprimée...




* -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * --* -- * -- * -- * -- * --* -- * -- * -- * -- * --




- Tu as encore maigri, dis donc!
- Oh? tu crois?
- Sûr, en tout cas tu as minci du visage, ça te va super bien, ça te fait les yeux plus grands...Vous ne trouvez pas?
- Si, si, tu as raison, ça lui fait un tout petit petit visage et de grands yeux.
- Moi, je n'arrive pas à me rendre comte, je trouve qu'elle a la même tête que d'habitude!
- Mais non, regarde, on voit ses os à hauteur des pommettes...
- Oui, peut-être...
- Sophie, tu n'y comprends rien du tout! En tou cas, Elise, ça te va bien: tu as une super silhouette!

Elise redressa la tête, sourit. "Une super silhouette"...voilà qui était doux à entendre, voilà qui la payait largement des mois de privations, des envies torturantes de Nutella ou de chantilly, du froid qui la rongeait depuis des semaines et des cinq jours affreux passés à l'hôpital. "Une super silhouette"...Elle répéta doucement ces mots pour elle-même.




* -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * -- * --* -- * -- * -- * -- * --* -- * -- * -- * -- * --


J'ai revu hier le docteur Lagnier, le psychiatre de l'hôpital. Il m'a demandé si je mangeais toujours bien et si j'avais grossi. Bien entendu, je lui ai repondu que pio...Mais ce n'est pas vrai: je ne mange que de la salade et des yaourts. Je n'ai pas le droit de manger quoi que ce soit d'autre. Parfois la nuit, quand je n'arrive pas à dormir, je pense aux aliments qui me font envie et je cherche une solution pour en manger un peu...Mais te rends-tu compte, cher journal, qu'une seule petite cuillère de Nutella apporte 80 calories? C'est énorme car je ne m'autorise que 500 calories par jour. D'ailleurs je n'ai plus vraiment envie de Nutella, cette pâte écoeurtante; ni glaces, bonbons, biscuits, toutes ces bonnes choses qui me sont à jamais interdites, car je n'ai aucune intention de mettre fin à mon répgime: je veux être mince et je sais que la moindre entorse me fera grossir. J'en ai la preuve: si j'ai prus un kilo à l'hôpital, c'est à cause de la tranche de gâteau que j'ai mangée.

Il m'arrive de rêver de frites, de Coca, de chantilly! Je rêve...mais est-ce que je les mangerais s'ils étaient devant moi? Non, bien sûr.

Je me sens prisonnière et je souffre.

Je suis prise au piège car je ne veux surtout pas arrêter là et reprendre les kilos si durement perdus, mais je n'en peux plus de me priver, de me restreindre...


Je ne sais plus où je vais ni qui je suis.

Et parfois, à force de compter systématiquement les calories de tout ce que je mange, j'ai l'impression de devenir folle. Je ne suis plus qu'une machine à calculer...

Mais je ne dois pas renoncer, je ne dois avancer, encore, toujours...Pour me motiver, il me suffit de toucher mes os qui commencent à pointer. Je suis sur la bonne voie! A moi de résister à la tentation et de persévérer...


Courage Elise! Il n'y a plus de BOUDIN!



Journal sans faim, Marie Bertin, Roselyne Bertin

Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

- Elise...Ecoute, ça ne peut pas continuer ainsi, tu as...tu as beaucoup maigri ces derniers temps et je m'inquiète.
- J'ai un peu maigri peut-être, mais reconnais que j'en avais besoin!
- Besoin, besoin...
- Mais oui! Absolument besoin pour être autre chose qu'un gros tas, un boudin disgracieux!
- Elise, tu es complètement ridicule, tu n'as jamais été un boudin disgracieux.
- C'est toi qui le dis, mais permets-moi d'être d'un autre avis.
- En tout cas, perdre quelques kilos, 4 ou 5 par exemple, c'est une chose, mais...
- 4 ou 5, c'est ridicule, ça ne sert à rien!
- Elise, combien pèses-tu à présent?
- 46.
- 46 kilos? C'est nettement insuffisant.
- Tu plaisantes, c'est un poids tout à fait normal! D'ailleurs, j'ai encore des kilos à perdre...
- Parce que tu n'en as pas assez perdu peut-etre? Tu faisais combien quand tu as commencé ton régime?
- Bof...Je n'en sais rien...
- Admettons. Mais tu as beaucoup maigri, tu as les traits tirés, on te voit le os, il n'est pas question que tu continues ainsi: je vais te prendre un rendez-vous chez le docteur Girard.
- Chez le docteur? Pourquoi chez le docteur? Je ne suis pas malade!
- Je veux qu'il t"examine et...
- Qu'il m'examine, mais je n'ai pas envie, moi! Je suis très bien comme je suis, je me sens en pleine forme, je n'ai jamais été aussi bien dans ma peau ni dans ma tête! Maman, comprends-moi, je me sens bien, vraiment bien, je n'ai pas besoin d'un docteur pour m'en assurer.
- Mais moi, moi ta mère, j'ai besoin d'être rassurée.
- Rassurée...Mais pourquoi rassurée? Tu vois bien que je ne suis pas malade, qu'il n'y a pas lieu de t'inquiéter...
- Elise, tu as perdu au bas mot 10 kilos, peut-etre plus, tu ne peux pas rester sans surveillance médicale. Nous irons chez le docteur Girard.






~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~





Cet après-midi, je suis allée faire les soldes avac maman: quelle épreuve!
Bien sûr, il y a du progrès par rapport à l'année dernière vu qu'aujourd'hui je pèse 43.5 kilos et que je rentre dans du 36. Mains qu'importe la taille que je mets! Le problème vient de moi: dès que j'enfile les vêtements, ils ne ressemblent plus à rien! Les pantalons me serrent, me collent, me boudinent...C'est à peine si j'ose sortir de la cabine...J'ai peur de mon reflet dans la glace, peur de me regarder en face, je me sens si mal, si grosse...
Maman a eu beau me dire que j'étais belle et mince, je voyais bien que j'étais encore un gros tas.
Je voudrais tant être maigre et que tous les vêtements m'aillent! Je me sens si mal dans ma peau...
En plus, je crève de froid en permanence. Je n'arrive plas à me réchauffer malgré les bains brûlants que je prends et les heures passées le dos contre le radiateur, malgré les couches et les couches de tee-shirts et de pulls que je superpose, malgré les litres de thé que je bois et qui me brûlent la gorge. En rentrant des soldes, j'avais les mains et les pieds littéralement gelés. D'ailleurs, j'ai encore les doigts gourds...C'est vraiment un calvaire d'avoir aussi froid.
Mais si c'est le prix à payer pour être enfin mince et bien dans mon corps, je suis prête à l'endurer!





~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~ & ~



Je me suis donc retrouvée dans le cabinet du docteur Girard. Je le connais bien et je l'aime bien, car il me soigne depuis que je suis toute petite. Mais quand maman lui a exposé ce qu'elle appelle mon "problème, il ne m'a plus paru gentil. Il a commencé par me dire que je ne mangeais pas assez et surtout pas assez de graisses, que les lipides sont indispensables à mon organisme, et patati et patata. Tout un cours de diététique! Comme si je n'étais pas assez grande pour savoir ce qui est bon pour moi!
Ensuite, il m'a pesée: 42 kilos. C'est le seul point positif de cette visite, j'ai encore perdu.
Il a dit que j'avais atteint un poids critique et qu'il voulait que j'aille à l'hôpital pour faire un bilan.
Maman m'y accompagnera dès demain...
J'ai peur, cher journal, je ne veux pas aller là-bas. Je ne suis pas malade, alors, pourquoi l'hôpital? Que se passe-t-il? Pourquoi me forcer à manger ce que je ne veux pas? Pourquoi m'envoyer là où je ne veux pas aller? Je me sens seule, si seule...



Journal sans faim, Marie Bertin, Roselyne Bertin

Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00


Anorexie mon amour ,Jackie Sinclair chapitre 26

Comment ai-je pu faire tant souffrir ma fille? Je vais essayer d'expliquer.Si tout s'écroule autour de toi et si tu ne maîtrises rien de ce qui t'arrive, si tu es désespérée et si tu ne vois pas d'issue, ne plus te nourrir te soulage. On se replie dans l'anorexie parce que cela semble être la bonne solution. Cela te donne le sentiment de maîtriser ce qui se passe. Pouvoir nier un besoin aussi fondamental et aussi fort que la faim, pouvoir maîtriser la forme de ton corps, te donne l'illusion d'une force énorme. Etre anorexique, c'est être forte et aux commandes, au lieur d'être un bébé malheureux et sans recours. Par conséquent, guérir est ce qu'une anorexique craint le plus au monde. L'anorexie est une maladie dont le malade ne veut surtout pas guérir.

Manger est une preuve de faiblesse. Je sais qu'une anorexique me considèra sûrement, en tant
qu'échappée, comme une faible et une rasée. Chaque fois que j'ai cédé et mangé pour pouvoir sortir de l'isolement, j'étais sincèrement convaincue que les infirmières me méprisaient, que j'étais pour elles nulle et sans volonté. La souffrance physique et mentale que l'on s'inflige, quand on ne s'alimente plus, est presque trop grande pour être exprimée. Mais c'est un choix de moindre douleur. Si tu lâches ce système de maîtrise; et cette illusion de force qui en découle, tu vas à la fois te mépriser et retomber dans le chaos et la souffrance qui t'ont poussés dès le départ à adopter cette solution désespérée.

Les anorexiques vivent dans un monde où tout est inversé, comme une photo en négatif. Si l'on va dans le sens de la vie, ce qui veut dire se nourrir et accepter son corps, la souffrance psychiqye est alors si grande que l'on devient très vite suicidaire. En revanche, si tu avances inexorablement vers la mort en crevant littéralement de faim, tu te sens, sinon heureuse, du moins forte et aux commandes de la situation. Céder, se nourrir entraînent une douleur beaucoup plus grande que la souffrance causée par la faim. Capituler ouvre la porte à tout ce qui t'effraie. Se nourrir devient, comme dans "1984" de Georges Orwell, "la pire chose du monde".

Le syndrome devient rapidement un piège hermétique. Tu deviens totalement obsédée par ton poids et la forme de ton corps. Une seule façon d'échapper à cette prison: comprendre les raisons pour lesquelles tu as été amenée à cette solution terrible. Mais ça prends du temps. Bien sûr, je me rends compte que la vie d'une anorexique étant souvent en danger, l'hospitalisation devient alors nécessaire, ne serait-ce que pour gagner du temps. Mais par hospitalisation, je ne veux pas dire isolement et contrainte.

L'utlisation de la force mène inévitablement à un affrontement, et il est important de se rappeler qu'une anorexique a besoin de se sentir tout-puissante. Ceci veut dire que si elle cède à la pression extérieure et se nourrit, ça servira uniquement à renforcer sa détermination de reprendre le contrôle dès que possible. Alors elle retombera inévitablement dans le piège. En revanche, si elle ne capitule pas, l'affrontement renforcera son illusion de toute-puissance.

[...]

Les anorexiques ne sont ni têtues, ni méchantes, ni folles. Elles sont piégées. [...]

Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

C'est bizarre, lorsque je pense à ces vacances, je suis à la fois impatiente et effrayée. Je suis toute excitée, car je sens que je vais vivre des moments super, avec des gens de mon âge, sans mes parents, et en même temps, je redoute d'être confrontée aux autres. J'ai peur des garçons et de des filles qui seront avec moi, peur de leurs regards, de leurs jugements, de leurs critiques et de leurs rires moqueurs. Car je sais qu'il y aura des moqueries lorsque les filles de ma chambre, par exemple, me verront en pyjama ou en slip. J'ai peur d'être jugée et mise à l'écart. Peur d'être affublée d'un surnom tel que "gros tas" ou "Bouboule"...
Pourtant j'ai maigri: je pèse 53 kilos et, de jour en jour, je poursuis mes efforts. Sache que chaque gramme en moins représente une privation, un refus, une obstination de ma part. C'est à la fois très dur et très motivant. Je me sens forte, plus forte encore lorsque je résiste à la tentation et que je mincis, plus je me sens forte et puissante...J'acquis au fil des mois un contrôle impressionnant sur mon corps. Je me sens dominatrice et maîtresse de mes émotions. Ca vaut tous les régimes du monde! Journal, enfin je suis MOI.




* * * * * * * * *
* * * * * * * *




Victoire! Cher journal, aujourd'hui je pèse 52 kilos! J'ai perdu 10 kilos depuis que j'ai commencé mon régime. Cette bonne nouvelle efface les souffrances des privations et je me sens en pleine forme.
Je ne vais pas m'en contenter: je tiens le bout à présent! Je mange peu, c'est vrai, mais cela me suffit et je n'ai jamais eu autant la pêche. Avec mon régime à base de salades et de yaourts à 0% je suis en meilleure forme que Caroline qui est souvent absente à cause d'un rhume ou d'une angine.
Vois-tu, cher journal, tout est une question de volonté: j'ai décidé que je serai belle et mince et je ne m'arrêteri pas avant d'avoir atteint mon objectif.




* * * * * * * * *
* * * * * * * *



Ce matin, je me suis pesée, comme chaque matin: 51 kilos. Je suis déçue, je pensais atteindre enfin le chiffre fatidique des 50 vu les efforts que j'ai faits depuis une semaine. La période de Noel est dure à vivre, il faut résister à l'attrait des papillotes, chocolats, pâtes d'amandes...Mais je tiens bon! Hier Papa a insisté pour que je gôute son "gâteau de Noel". Comme je n'ai pas pu me défiler, j'ai mangé ma part et je suis ensuite allée vomir. C'est une chose que je fais rarement, uniquement lorsque les circonstances m'obligent à manger des aliments "interdits". Dans ces cas-là, plutôt que de refuser et d'éveiller les soupçons de mes parents, je les mange et les régurgite aussitôt. Ainsi, je me sens légère et j'ai bonne conscience. Je maîtrise parfaitement mon corps.


* * * * * * * * *
* * * * * * * *


Sans crier gare, la dernière soirée était arrivée, celle des adieux. Une fondue savoyarde avait été préparée pour la circonstance, à laquelle Elise n'avait pas touché, se refusant d'avaler tout à la fois du pain, du fromage et du vin blanc. Elle avait consenti à manger la salade verte qui l'accompagnait et chipoté dans la salade de fruits, écartant résolument les bananes en rondelles et les pommes. D'ailleurs, qu'avait-elle réellement absorbé durant cette semaine? Des crudités, quelques légumes, des fruits et le matin, de grands bols de café dans lesquels elle ne trempait jamains plus d'une tartine. Une malheureuse tartine sans beurre, sans miel, sans confiture, dont la table, pourtant, était généreusement pourvue.



* * * * * * * * *
* * * * * * * *


Bonne nouvelle, cher journal, pendant les vacances au ski je n'ai pas pu me peser et, ce matin, la balance indiquait 46 kilos. Et oui...j'ai perdu 5 kilos en neuf jours. Je suis super contente, je suis enfin récompensée de mes privations. Il me semble que je commence à ne plus me voir grosse. Enfin...Enfin la première lueur d'espoir! En me regardant dans la glace de ma chambre, j'ai remarqué que les os de mes côtés et de mes hanches saillaient. Ma graisse a commencé à disparaître: peut-être vais-je ressembler à quelque chose!
Mais je ne vais pas m'arrêter là: je poursuis mes efforts. J'aimerais atteindre les 40 kilos...A ce moment-là, je serai enfin présentable. Plus je maigris, plus je me sens forte. Presque invincible. Le soir, quand je ne parviens pas à m'endormir, je touche mon ventre creux et mes os qui pointent et je sens monter en moi un pouvour extraordinaire, car j'arrive à modeler mon corps comme je le souhaite.


Journal sans faim, Marie Bertin et Roselyne Bertin

Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations
27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Je ne m'appartiens plus. J'ai perdu une part de moi-même, la part la plus importante mais dont j'a oublié le nom. Désormais, je ne suis plus moi. Je suis autre et ailleurs, l'anorexique et la grande perdante, égarée au centre de nulle part. Je me laisse mourir, faute de réussir à gérer idéalement ma vie.
J'ignore si j'avance ou si je recule. Je ne sais plus comment je m'appelle. J'ai perdu mon identité dans un trop-plein de souffrance.



* * * * * * * * * *




Je ne me rappelle plus à quel moment j'ai commencé à me détester. J'ai souvent l'impression que toute cette haine mêlée de colère et d'insatisfaction a grandi en même temps que moi. Peu importe les dates. je sais seulement que, plus je passe du temps en moi-même, plus je m'horripile.
J'ai trouvé - ou est-ce elle qui m'a élue? - l'anorexie pour me fuir, pour ne plus ressentir ce terrible malaise entre moi et moi.
Aujourd'hui, maintenant que l'anorexie est devenue moi, je me demande si elle m'a permis de m'aimer ou de me haïr davantage...



* * * * * * * * * *



Il y a une douleur incompréhensible, non identifiable qui me blesse un peu plus à chaque miette.
Je m'emplis de nourriture, et je souffre.
Alors, je maigris pour planer au-dessus de cette invisible douleur, dans une vie à laquelle je ne participe plus et qui, de toute façon, m'indiffère je crois.
La paix du vide me rassure, me sauve, alors que la torture du plus me rappelle mes brisures intérieures qui augmentent toujours.
Je suis irrésistiblement attirée par la mort, qui me semble la seule issus possible face à cette vie que je n'arrive pas à changer car elle me paralyse autant que mon assiette.



* * * * * * * * * *



Je suis une femme morcelée, incomplète. Et je n'arrive pas à me remplir de vie.
Il me manque quelque chose que je ne peux pas nommer mais qui, je le sens, me promettrait le bonheur.
Je suis VIDE, VIDE, VIDE et je perpétue ce vide qui est tout ce que je connais, tout ce dont je me rappelle. Je n'ai plus de nom.



* * * * * * * * * *


Ma souffrance n'a aucun sens.
Et elle me met sens dessus dessous.
Elle ne s'explique pas, ne s'avoue pas.
Elle reste immatérielle, mais si étouffante que je n'ai pas d'atre choix que de l'illustrer par mon corps souffrant.
Mon corps signifie.
Il est la métaphore de la douleur oppressante qui m'empêche de m'aimer, qui confirme sans relâche ma nullité.
Je veux montrer mes os pour montrer que j'existe et que je me suis vidée de moi-même. Je suis malheureuse. A en mourir de faim.


* * * * * * * * * *



Je ne crois pas mériter le bonheur.
La ferme conviction d'avoir commis une erreur, d'avoir écouhé, d'être MAUVAISE, SALE, REPUGNANTE, me gonfle de chagrin, après chaque bouchée avalée ou refusée.
Je suis née pour ne pas guérir.
Pour laisser mon ventre hurler parce que mon âme saigne.
Pour devenir folle sous le joug de la
torture mentale.
Pour crever de froid parce que mon intimité gèle.
Pour laisser mon coeur se débattre et lentement s'épuiser parce que je n'aime plus ma vie.
Mon destin est vide, aussi vide que je le suis moi-même. Le seul plaisir auquel j'ai droit désormais est celui de m'autodétruire, pour expier le péché de ne pas être heureuse et de ne pas savoir pourquoi...


Les affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle

Repost 0
Published by eixerona - dans Extraits et citations