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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

 

Pathologie. La dysmorphophobie consiste à focaliser sur une partie de son corps.

«Je me sens pas belle»

par Giulia FOIS
lundi 17 octobre 2005, journal libération


«Mes dents... C'est horrible. Elles sont moches. Je ne vois que ça, alors je ne souris jamais. Je cache toujours ma bouche avec quelque chose. Mes dents, j'en ai peur. C'est curieux, parce que les gens autour de moi ne remarquent rien.» Si Safia en parlait autour d'elle, on lui dirait certainement qu'elle débloque. Les psychiatres, eux, diagnostiquent une dysmorphophobie caractérisée. Dysmorquoi ? Officiellement classée parmi les troubles anxieux, cette pathologie consiste à focaliser sur une partie de son corps, à la déformer, au point d'en avoir peur. «Comme on a la phobie des ascenseurs, on peut être phobique de son nez, de ses seins... ou de ses dents, commente le psychiatre Alain Braconnier (1). Source d'une profonde souffrance, cette peur devient envahissante. On y pense plusieurs heures par jour, avec des vérifications incessantes, à la manière d'un TOC. On se touche, on se regarde, mais on se voit comme dans un miroir déformant.»



La dysmorphophobie concerne environ 2 % de la population. Elle touche autant les hommes que les femmes. L'anorexie en est l'expression la plus visible. Elodie était une ado un peu trop ronde. A 27 ans, après des années de régime, elle pèse 38 kilos pour 1,45 m : «Je hais mes cuisses et mes fesses. Je les vois énormes. Pourtant, je le sais, avec ce poids, il est impossible que je sois grosse. Mon reflet dans la glace est celui de l'adolescente boulotte que j'étais.» Elle sait, mais ne voit pas.


Puberté compliquée

Le poids des croyances, l'intensité de la douleur, et l'ampleur de l'obsession distinguent la dysmorphophobie du simple complexe. Trop petit, trop grand, personne ne se voit réellement comme il est. «La réalité objective n'existe pas, elle est forcément tributaire de celui qui la regarde, souligne le psychiatre Philippe Jammet (2). L'émotion influence forcément la perception, et le corps sert de paratonnerre à nos angoisses.» On transfère nos malaises intérieurs, nos insécurités, sur une partie du corps que l'on se met à détester.

Les premiers complexes apparaissent à l'adolescence. Le corps se transforme et la puberté effraie garçons et filles. La plupart commencent alors à émettre des «plaintes corporelles». L'adolescent se demande qui il est, ce qu'il va devenir. «L'homme est le seul animal à avoir conscience de lui-même, s'amuse Philippe Jammet, et il s'en sert en permanence pour s'auto-évaluer : suis-je à la hauteur de mes attentes ?» Pour le vérifier, il scrute d'abord son aspect extérieur. Mais rien de pathologique ici : dans la majorité des cas, les complexes nés aux premières boums s'atténuent à l'âge adulte. «Tout rentre dans l'ordre à mesure que l'environnement devient plus rassurant, explique Alain Braconnier. On fait des rencontres amoureuses, et l'image de soi passe au second plan.»


Personnalité angoissée

La dysmorphophobie, elle, peut se déclencher bien plus tard. Sur une réflexion malheureuse ou un brusque changement de vie. Une grossesse notamment. C'est à la naissance de sa fille que Joséphine a commencé à faire une fixation sur ses varices. «J'ai toujours l'impression que les gens ne regardent que cela, raconte-t-elle. Quand je porte des jupes, même en été, je mets des collants. C'est dur et j'ai l'air ridicule. Mon mari me dit que je suis belle. Je ne le crois pas.» Sans parler de profil type, il existe des terrains favorables. «Ce sont des personnes naturellement anxieuses, attentives au détail, voire déjà obsessionnelles, précise Alain Braconnier. Exigeantes avec les autres, elles le sont avec elles-mêmes.»

Une fois le trouble installé, sortir dans la rue devient difficile, les lieux publics sont un cauchemar. Elodie n'est pas partie en vacances depuis dix ans, pour éviter les plages. Comme Sabine, qui vit pourtant en bord de mer. Les kilos pris à la naissance de sa fille n'ont pas disparu : «Quand je me regarde, je vois une chose difforme, et souvent, je pleure. Le regard des autres me terrorise. Quand on me fait un compliment, j'ai toujours l'impression qu'on se moque.» A 24 ans, cette jeune femme ne sort quasiment plus de chez elle. Angoissée à l'idée de parler à un «étranger», elle s'est mise en congé parental. «J'avais un sacré caractère, déplore-t-elle, et aujourd'hui, je suis presque transparente.»


Solitude inévitable

Comme toutes les phobies, celle-ci finit par altérer les relations sociales et la personnalité du sujet. «Ils s'enferment peu à peu dans la solitude, poursuit Alain Braconnier, parce qu'ils ne peuvent pas en parler aux autres.» Difficile de partager le poids d'une difformité que l'on est seul à voir. Pour en sortir, certains essaient la chirurgie esthétique : un cycle infernal, sans fin, puisque aucune chirurgie ne les réparera à l'intérieur. D'autres en viennent à bout en revanche avec des thérapies comportementales et cognitives. Le patient est notamment confronté à plusieurs photos de nez, de bras, de fesses... Pendant plusieurs mois, il va tenter d'y reconnaître la sienne. Une thérapie de type analytique peut aussi aider à comprendre les racines de la pathologie. Enfin, l'imagerie cérébrale s'est mise de la partie pour débusquer les dysfonctionnements organiques. Mais sur ce point, la science en est à ses balbutiements.

(1) Directeur d'un centre pour adolescents, il a publié le Guide de l'adolescent, chez Odile Jacob.

(2) Chef d'un service de psychiatrie, il est l'auteur d'Anorexie et boulimie, les paradoxes de l'adolescence, Hachette Littératures.
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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Prête à tout pour devenir mince? Le programme TV Desperate Housewives fait exploser les chiffres de l'anorexie des adultes





NDLR: La série TV en question débarque à l'automne en France.



Un spécialiste de premier plan des désordres nutritionnels affirme qu'un nombre croissant de femmes d'âge moyen souffrent de graves désordres alimentaires en tentant d'imiter les personnages de séries culte de la télévision américaine telle que Desperate Housewives.

Depuis le lancement de cette série à succès interprétée par la menue Teri Hatcher et ses partenaires toutes aussi minces, les cliniques traitant les désordres alimentaires ont vu une hausse soudaine du nombre de patientes d'âge moyen souffrant d'anorexie et de boulimie, spécialement au Royaume Uni. En Ecosse, les cliniques annoncent un quadruplement du nombre de patientes âgées de 30 à 50 ans qui souffrent d'anorexie.

Les experts l'appellent le syndrome "Desperate Housewives". Il est la cause de maladies comme la boulimie et l'anorexie, habituellement associées aux adolescentes et aux jeunes femmes.

Le Dr Chris Freeman, consultant en psychiatrie au royal Edinburgh Hospital, a déclaré au magazine Closer, que cette série très populaire "Desperate Housewives" montre des femmes d'un certain âge, qui sont encore attrayantes et ont une vie amoureuse exubérante. "Elles sont minces ce qui met sous pression les femmes dans la trentaine, la quarantaine et même la cinquantaine. Elles pensent qu'il est possible d'avoir un style de vie aussi séduisant, et une vie sexuelle idéale pour autant que l'on soit mince." a-t-il ajouté.

"Je crois que ces programmes télévisés influencent les femmes et les conduisent vers des désordres alimentaires. De nombreuses femmes font un régime et perde du poids rapidement, mais elles ne sont pas assez rigoureuses pour s'y tenir. Et si elles découvrent qu'après avoir mangé elles peuvent se faire vomir et garder leur poids au plus bas, c'est le début d'un engrenage qui conduit à des problèmes nutritionnels graves."

Cependant, le Dr Alex Yellowlees, médecin directeur du Priory Hospital à Glasgow en Ecosse, qui ne soigne que les adultes ayant des désordres alimentaires, affirme qu'il n'est pas bon que les femmes souffrant de ces problèmes soient confrontées à l'image des personnages superficiels de télévision. Il y a un pourcentage de 20% de mortalité parmi les femmes qui souffrent de désordres alimentaires, mais il n'y a pas d'évidence confirmée que leur maladie ait été induite par la vanité,

"Les patientes ne sont pas toutes pareilles. Certaines ont souffert de cette maladie toute leur vie et ce n'est que vers la trentaine ou la quarantaine qu'elle a été portée à l'attention des médecins. Certaines n'ont jamais été totalement anorexiques ou boulimiques, et pour d'autres encore, la maladie s'est déclenchée lors d'un événement de leur vie." Selon le Dr Yellowlees, il aurait été peu commun il y a cinq ans qu'une femme d'un certain âge vienne se faire traiter dans sa clinique, mais actuellement, les femmes de ce groupe d'âge représentent le cinquième de ses patientes.

Les désordres alimentaires proviennent de plusieurs facteurs, et nous avons a combiner divers ingrédients pour avoir la recette de l'anorexie. Un de ces ingrédients est l'idéalisation moderne de la minceur. Nous sommes devenus fous et les femmes l'ont portée à l'extrême.

l'intense obsession de la minceur. C'est ainsi que les femmes pensent que pour rester jeunes, elles doivent être minces et si elles ont une piètre estime d'elles-mêmes ou peu de confîance en soi, elles deviennent une cible vulnérable.

Les femmes sont très sensibles à l'image qu'elles renvoient d'elles-mêmes. Non seulement les femmes à la maison, mais celles de tous les milieux- sans distinction d'intelligence ou de réussite. Deanne Jade, du National Center of Eating Disorders, soutient que les femmes doivent apprendre à s'aimer elles-mêmes en premier lieu, avant de tenter d'améliorer leur apparence ou leur vie: "Nous voyons beaucoup plus de femmes âgées qui souffrent de désordres de nutrition alors qu'elles devraient être dans une phase de leur vie où l'on est en paix avec soi-même. Mais elles sont de plus en plus sous la pression croissante de paraître jeunes et minces. Quand elles voient des actrices telles que Teri Hatcher, Liz Hurley et Carol Vorderma, même si elles gèrent une entreprise florissante et qu'elles n'ont pas une apparence jeune et séduisante, elles se sentent en défaut."Certaines célébrités expriment ouvertement leur inquiétude a propos
de leur corps et accroissent ainsi

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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

L'anorexie en vedette sur Internet

En moins de deux ans, c'est une véritable explosion : des américaines anorexiques (et fières de l'être), vantent sur le Net l'absolue maîtrise de leur corps, le vertige de maigrir sans limites, et diffusent tous les conseils pour jeûner et tromper la faim. Enquête sur un phénomène qui affole médecins et thérapeutes. Par Elisabeth Alexandre

« Dying to be thin » (mourir pour être mince), “starving for perfection” (s'affamer pour être parfaite), “I love you to the bones” (je vous aime jusqu'aux os)...Depuis 2001, les sites Internet pro-anorexiques (« pro-ana » en américain) sont apparus, créés et animés par des jeunes femmes, et quelques hommes, souffrant de troubles alimentaires graves. Sous des présentations différentes, ces sites diffusent les mêmes prises de position : « l'anorexie est une façon de vivre, et pas une maladie ; nous ne voulons pas qu'on nous force à nous soigner ; nous n'avons pas envie de guérir ; nous sommes anorexiques et fières de l'être ». La plupart s'ouvrent sur un avertissement : « si vous êtes mineure ou si vous avez l'intention de commencer une thérapie, n'entrez pas ! » Illustrés par des photos de top-modèles et d'actrices mincissimes, rendues encore plus filiformes par des trucages vidéo, ils édictent des règles et des professions de foi parfois ahurissantes : « Si nous n'êtes pas mince, vous n'êtes pas belle » ; « Etre maigre est plus important que d'être en bonne santé » ; « Ne pas manger est un vrai signe de pouvoir et de succès » ; « Chaque fois que tu mangeras, tu te sentiras coupable » ; « Tu feras tout pour cacher ton anorexie à tes parents et à tes amis »...

Ces sites diffusent des conseils dangereux : sucer des glaçons pour tromper la faim ; attacher un bonbon à un fil dentaire, avaler le bonbon et tirer brutalement sur le fil pour déclencher un vomissement. Ils sont presque tous reliés à une page « mémorial », où figure les noms des filles mortes d'anorexie au cours des années précédentes. Sur les forums, des jeunes se connectent pour échanger des confidences souvent poignantes. Vu sur « Anorexic Nation » : « Après 56 heures sans rien manger du tout, j'ai fini par craquer sur une soupe de poulet. J'ai honte. Je ne suis qu'une grosse baleine immonde. Hier, j'ai loué une vidéo. Je ne peux pas la regarder. L'actrice est si mince et si belle qu'à côté d'elle, je me sens comme une merde. Je n'abandonnerai jamais... »

Depuis que le phénomène est sorti de la clandestinité, il y a peu près un an, il suscite une énorme campagne de presse. Thérapeute et journalistes s'unissent pour dénoncer la dangerosité du mouvement pro-ana dans une société où les troubles alimentaires explosent. Aux Etats-Unis, on estime qu'il y a 7 millions de femmes anorexiques. Les spécialistes constatent par ailleurs que les garçons commencent à être touchés par la maladie et que les symptômes démarrent de plus en plus tôt, aux alentours de 10 ans. Pour les thérapeutes, la fréquentation de ces sites peut influencer de jeunes personnes, romantiques, solitaires et mal dans leur peau.

Depuis la mort d'une amie anorexique, Janice Saunders, écrivain et mère de quatre filles, se consacre corps et âme à la lutte contre les sites pro-ana : « Ces sites fonctionnent comme des clubs privés. Ils procurent aux jeunes filles le sentiment d'appartenir à une élite et donnent une image de la perfection physique irréaliste et dangereuse. Ils renforcent la compétition entre anorexiques : c'est à celle qui sera la plus maigre, qui aura perdu le plus de kilos ou aura jeûné le plus longtemps. Ils minimisent les dangers de la maladie, font croire qu'on peut la contrôler grâce à la volonté. Des jeunes gens qui ne sont pas anorexiques vont sur ces sites pour trouver des régimes. Ils sont ensuite bombardés par des images de filles émaciées et par un discours prosélyte. Pour moi, c'est vraiment « très grave. »
Même son de cloche chez Abbie Natenshon, thérapeute basée à Chicago : « Contrairement à ce qu'affirment les sites pro-ana, l'anorexie n'est pas un choix. Une fois qu'on est tombé dedans, c'est comme une drogue, il est extrêmement difficile d'en sortir. Les filles qui vont sur ces sites cherchent une famille, un groupe qui leur donnera l'illusion d'appartenir à une communauté. » Oprah Winfrey, célèbre animatrice de télévision, considérée comme la femme la plus puissante des Etats-Unis, a sommé Yahoo de ne plus permettre l'accès à ces sites.

C'est dans cette ambiance passionnelle que nous décidons de contacter des usagères et créatrices de ces sites. Il ne suffit pas de dénoncer la dangerosité, il faut aussi comprendre pourquoi tant de jeunes filles éprouvent le besoin de clamer qu'elles sont fières de se détruire. Nous pénétrons dans des forums, postons des dizaines de messages, mais nous recevons toujours la même réponse : « Nous ne voulons pas de journalistes, surtout pas de la presse féminine : allez vous faire voir, occupez-vous de vos oignons ! » Les anorexiques du Web refusent de parler, semblent se crisper sur leur solitude. Nous continuons d'envoyer nos appels et nous finissons par entrer en contact avec Amanda, étudiante de 21 ans, qui fréquente quotidiennement un site ironiquement intitulé « Fat Like Me » (Grosse comme moi).

Amanda confirme l'isolement des anorexiques et la grande agressivité des internautes anonymes. « On se fait traiter de monstres, de gamines futiles obsédées par la mode. Quand j'ai été hospitalisée, des infirmières m'ont insultée, traitée de petite sotte superficielle. J'ai surfé sur des sites thérapeutiques, mais j'en ai été chassée parce que je parlais de calories et de kilos ; ce qui est strictement interdit par les psys. Les sites pro-ana sont d'abord un grand cri de révolte contre l'incompréhension des thérapeutes et du public.

Amanda souligne un point extrêmement important. « Aux Etats-Unis, nous vivons dans un contexte d'obésité. 65% de la population est en surcharge pondérale, 25% des femmes adultes sont obèses. Chez nous, vivre au milieu de gens débordants de graisse provoque un dégoût permanent. A cause du diabète, de l'hypertension, des maladies cardiovasculaires, l'obésité tue beaucoup plus que l'anorexie, et c'est pourtant nous qu'on hospitalise de force ! Les gros sont franchement hors normes, alors que nous sommes hypernormées. » Les propos d'Amanda expliquent en partie le malaise qui entoure l'anorexie. La jeune fille qui s'affame se soumet jusqu'à l'obsession morbide aux normes sociales, expose ainsi dans son corps le pouvoir d'aliénation de la société. Ce qui est frappant, c'est la tension extrême qui règne entre les trop maigres et les trop grosses. Plutôt que de s'unir, chacun se renvoie à la figure des clichés assassins : les grosses sont répugnantes et faible, les maigres, sottes et futiles.

Amanda s'oppose avec véhémence à la vision très négative que les médias américains donnent des sites pro-ana. « Ils sont très variés. La plupart offrent des connexions avec des sites d'informations et des trucs sans lesquels j'aurais ruiné ma santé. » Elle dit vrai. Beaucoup de sites, à côté de leurs aphorismes délirants, donnent des conseils de bon sens : ne pas prendre de laxatifs, compenser la perte d'électrolytes en consommant du potassium, se bourrer de vitamines et de calcium.

Amanda poursuit. « Je compare les sites à des programmes d'échange de seringue. On continue à se droguer, mais au moins, on n'attrape pas le sida. Ces sites permettent à beaucoup de filles isolées de trouver une communauté, d'apprendre à gérer leurs problèmes gastriques et osseux. On nous reproche de pousser les adolescentes dans la maladie. Or on n'apprend pas à cesser de manger ni à devenir schizophrène ! »

Si Amande s'estime plus ou moins guérie, tel n'est pas le cas d'Angela, créatrice sous le pseudonyme de « grave Angel » (ange de la tombe) du site « rien n'est meilleur qu'être maigre ». Après un échange de mails assez rugueux, Angela accepte finalement de nous recevoir chez elle, dans un coquet logement social de Buffalo, au nord de l'Etat de New York. Angela a 26 ans et elle est anorexique depuis l'âge de 10 ans. Lorsque nous la rencontrons, elle pèse 32 kilos pour 1.58 mètre. Malgré la chaleur qui règne dans son appartement, elle tremble de froid. Elle porte en permanence plusieurs pulls et des gants de laine pour tenter de réchauffer son corps dénutri. Elle est très jolie, mais son teint sans éclat, l'émail jauni et déminéralisé de ses dents témoignent d'un état de santé préoccupant. Toue la vie d'Angela est centrée autour de son anorexie et de son écran d'ordinateur, à côté duquel se dessèche une pomme coupée en tranches très fines.

Elle y décrit avec une précision fascinée l'inexorable délabrement de son organisme. « J'ai de l'ostéoporose, je perds mes cheveux, mon système digestif est foutu. Mes muscles sont constamment douloureux, je vois de plus en plus mal. Je ne veux pas mourir, mais je sais que je ne m'en sortirai jamais. J'ai ouvert mon site pour les filles qui, comme moi, ont abandonné tout espoir de guérir. Les anorexiques « amatrices », celles qui viennent sur mon site pour trouver des conseils de régime, je leur dis de ne pas entrer et je les renvoie vers des médecins. Vous savez, je ne mens pas : je dis que l'anorexie c'est l'enfer. »

Et de fait, sur les pages roses de son journal électronique, Angela décrit avec force la faim qu torture, l'obsession du corps que l'on passe son temps à toucher pour vérifier le relief des os, les vomissements qui épuisent, la voix cassée par les sucs gastriques qui brûlent la gorge, les laxatifs, les évanouissements sordides à côté de la cuvette des toilettes, les hospitalisations forcées.

Mais si l'anorexie est un tel enfer, pourquoi alors en tirer une telle fierté, pourquoi prétendre qu'elle est un choix ? La réponse est toujours la même : la solitude, la mauvaise qualité de la réponse thérapeutique. « Quand on n'a pas d'argent, quand on n'est pas prise en charge par une assurance coûteuse, on ne peut pas se soigner. On est envoyée dans des hôpitaux horribles. J'ai été hospitalisée 13 fois. Le pire, ça a été White Plains, à New York. On nous enfermait à 20 filles dans une pièce. Celles qui avaient le système digestif détruit se vidaient sous elles et on les laissait comme ça pendant des heures. On nous enfonçait de force des tubes dans l'estomac pour nous gaver avec une pâte hypernutritive. Je connais plusieurs filles qui n'ont pas survécu à ce traitement, qui ont fait des crises cardiaques en sortant de l'hosto. Quand j'ai été hospitalisée à White Plains, j'avais des copines anorexiques qui marquaient leur solidarité en perdant un kilo chaque fois qu'on m'obligeait à en prendre un. »

On touche ici à l'un des dangers dénoncés par Janice Saunders : l'émulation, la compétition entre filles, l'héroïsation de l'anorexie. Angela est coincée entre la haine qu'elle éprouve pour elle-même et l'orgueil qu'elle a d'être la star de son média, la plus maigre et la plus extrémiste, la plus fière et la plus désespérée.

Même si elle revendique son identité d'anorexique, Angela se considère comme une victime. Elle n'a pas de mots assez forts pour dénoncer le double discours d'une société qui promeut la minceur en stigmatisant les anorexiques. « On nous traite de criminelles, on menace de fermer nos sites Internet alors que la presse féminine est pleine de régimes miracles et de mannequins squelettiques. On ne voit que des maigres sur les podiums. Cette hypocrisie me répugne ! »

Maltraitée, mal soignée, aliénée par une image de la perfection qu'elle adore et que la tue, Angela n'a pas d'autre échappatoire que d'animer son site, de s'offrir en sacrifice sur l'autel de la modernité.

De retour à Paris, nous rencontrons la docteur Evelyne Pewzner, psychiatre. Pour elle, l'anorexie reste une énigme témoignant des contradictions qui sont au cœur de notre société. « Des recherches ont prouvé que lorsqu'un pays accède au mode de vie occidental, les cas d'anorexie apparaissent et se multiplient. On n'a jamais autant parlé de libération du corps, et jamais cette prétendue libération n'a été aussi contraignante. Même si l'environnement social ne suffit pas à expliquer l'anorexie, il règne dans nos sociétés un narcissisme, un souci de soi et une dualité corps/esprit qui ne peuvent que faire le lit de cette maladie . »

Si l'obésité se développe en France, si l'apparence physique continue à subir une tyrannie qui se cache derrière le masque de la liberté, s'il n'existe pas assez de réponses thérapeutiques, alors, il a fort à parier qu'apparaîtront ici aussi des sites pro-ana.

Dernière minute. Nous apprenons qu'Angela a décidé de guérir, qu'elle ne veut plus être le petit Ange de la tombe. Elle a fermé son site. Courage, Angela...



Elisabeth Alexandre, Marie Claire, Juin 2003
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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

" Ne croyez jamais une anorexique ou une boulimique qui vous dit qu'elle déteste manger. C'est faux. On est habitée par la nourriture. Au lieu de manger, on ne pense qu'à ça. On rêve de nourriture, on la regarde, mais on n'y touche pas.

Marya Hornbacher, Piégée

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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Toute ma violence silencieuse, toute ma colère que je refuse de laisser exploser, je les retourne contre mon propre corps. Il y a une guerre entre celui-ci et mon esprit (ne serait-il pas plus juste de dire qu'il s'agit de mon esprit devenu esclave de l'anorexie?) bombarde mon corps qui se décharne. Comme à la guerre, je suis en famine. Comme à la guerre, je perds le nord et je reste saisie par une bataille qui m'obsède.

Je ne sais pas encore qui je veux voir gagner. Si la tête anorexique remporte la victoire, le corps mourra...

Que me restera-t-il?

Mon ventre creux a appris à se taire, comme les affamés de la guerre. Je sens les lames des couteaux sur mon coeur. Je saigne. Je pleure sans larmes. Et je voudrais me laver de la poussière, de la boue dans laquelle je m'enlise. J'entends les canons gronder. Je me mitraille. Je me tue. J'aurais besoin d'une armée pour me sauver.

Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle
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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Je n'aurais jamais choisi délibérement la mort, mais j'ai toujours envie de ne plus vivre - je devrais peut-être dire qu'en vérité, j'en ai assez de vivre ainsi. J'ai préféré l'anorexie au suicide parce qu'elle est une morte lente, progressive et qu'elle me donne le droit de changer d'avis, au cas où je me tromperais. J'écris ceci, mais je sais que je me trompe sans pourtant pouvoir m'arrêter. Je suis entraînée dans le cycle infernal de la destruction. Mais il me reste encore du temps pour revenir à la vie.

L'anorexie est un long appel à l'aide qui précède le suicide. En ce sens, elle est ma bouée de sauvetage. Une bouée de brique, oui. Je me noie avec elle. Je la hais en tentant toujours de l'aimer. Ou vice-versa. Je change d'idée à chaque bouchée que je désire et regrette à la fois.

Est-ce que je souhaite assassiner l'anorexique que je suis ou tuer ce que j'étais avant la maladie? Impossible de me décider. Toutefois, il y aura indubitablement un meutre de commis un jour ou l'autre...

Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle
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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Mourir?

N'est ce pas la seule réalisation possible à l'idéal anorexique?

Le cadavre, sans désirs, sans pulsions, sans besoins vitaux, tout en os, est l'unique représentant d'une vie éventuellement apaisée. Il est aussi le symbole du déchet que je suis, de ma moisissure intime, de ma détérioration de la peau jusqu'aux os.

Je suis lasse de toute cette souffrance.

Je suis fatiguée de me battre contre des démons que je ne vois pas parce qu'ils ont creusé leurs nid trop profondément en mon âme troublée.

Je me cadavérise sans fin, par la faim.

Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle

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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

Je n'ai jamais pu dire mon mal de vivre, tout haut, en mots, jamais accepté d'appeler à l'aide même si je savais que je devais langer un cri ou mourir.

J'ai laissé mon corps hurler mon envie et ma peur d'en finir.

J'ai montré, par le biais de mes os pointus, la cime de mon indicible détresse, celle que je ne puis pas encore nommer.


Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle

 

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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

J'ignore si je souhaite abandonner complètement l'anorexie. Elle est tout ce que je connais, tout ce qui me rassure et me détruit à la fois. J'aime et méprise cette destruction qui est née de ma colère. Colère contre moi, contre ma vie, contre mon monde intérieur.

Je ne sais plus ce que je veux car j'ai oublié qui je suis. Je reste paralysée en moi-même, incapable de réellement aimer ou haïr la maladie, incapable de me battre, seulement capable de m'abattre à grands coups de refus.

Je vis ailleurs, dans un monde idél où j'assiste, passive, à ma ruine. Je me retroune contre moi-même, me frappe et disparais un peu plus chaque jour. L'anorexie me brise le coeur mais je n'arrive pas à m'en séparer, car j'ai encore l'impression qu'elle me redonnera un pouvoir sur ma vie.


Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle
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27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

L'anorexie est une drogue. Je me rappelle cet état de vide, d'inertie émotionnelle qui me plonge dans une sur-réalité où toute ma vie tant détestée m'échappe. L'absence à moi-même et la fuite dans cet ailleurs où il ne reste rien, hormis la nourriture, sont une jouissance, un plaisir de l'esprit délivré de la haine du moi. Je ne fais plus partie de ma bie: je la regarde passer, et elle pase sans moi. J'attends. Et m'illusionne toujours davantage.

Les Affamées, regards sur l'anorexie, Annie Loiselle

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