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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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°~°~° Bienvenue °~°~

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

27 novembre 2005 7 27 /11 /novembre /2005 21:37

Mon anorexie n'a pas été guérie en franchissant le seuil de l'unité de soins des troubles alimentaires dans mon fauteuil roulant, une perfusion dans le bras, la tête dodelinant, le coeur défaillant. Elle n'a pas été guérie pendant ces 3 mois d'hospitalisation ou les années qui ont suivi. Il m'arrive encore, comme aujourd'hui, de manger mes céréales telles quelles parce qu'il me paraît trop compliqué d'aller au supermarché acheter du lait. Elle n'est pas guérie et ne le sera sans doute jamais. Mais elle a évolué. Et moi aussi.

Je pèse exactement deux fois plus qu'à l'époque, ce qui veut dire que je suis toujours en dessous de mon poids normal, mais aussi que, dans la tourmente de ces 4 dernières années, j'ai fait du chemin. Je mesure 8 cm de plus. D'après mon dossir médical, je suis "atypique, cyclothymique, hypomaniaque, une boulimique/anorexique sans autre spécification. Un cas limite?" ce qui ne veut strictement rien dire. J'ai une immense cicatrice sur le bras gauche qui n'y était pas en 1993, ce qui veut dire qu'une certaine tristesse s'est emparée de moi et que je l'ai gravée à même la peau. Cela veut dire qu'il n'y a pas de lames de rasoir à la maison. Je suis mariée, ce qui veut dire un tas de choses, et entre autres que j'ai appris ce qu'est l'amour, la patience, la confiance. Cela veut dire aussi que je suis tenue de rester sur terre, que je n'ai pas le droit de retraverser le miroir.

Et ça va. Je ne dirais pas que je vais "bien" ni que je suis "guérie", mais ça va. Il m'a fallu du temps pour en arriver là et je suis plutôt contente. Ce "ça va" est un exercice d'équilibre intéressant. On peut à tout moment basculer d'un côté ou de l'autre. Je pourrais me désespérer de ce que je vais mourir jeune, de ce qui je ne peux pas mener une vie "normale", mais j'en ai assez du désespoir. Excusez mon optimisme, mais le désespoir me paraît désespérement médiocre. Et puis, j'en ai eu assez d'être médiocre.

Marya Hornbacher, Piégée

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27 novembre 2005 7 27 /11 /novembre /2005 00:38

Les troubles alimentaires ne sont pas seulement une maladie dont on est dépendant, ils sont aussi une béquille, une manière d'éviter la douleur banale, quotidienne, lacinante de vivre.

Marya Hornbacher, Piégée

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27 novembre 2005 7 27 /11 /novembre /2005 00:34

 

Au gymnase, je monte sur la balance. Oui, c'est vrai, je l'avoue. Tout le monde me le déconseille, mais je le fais quand même. Histoire de m'assurer que je n'ai pas dépassé mes limites. Quelles limites? Qui les a fixées? Une question à laquelle je n'ai pas encore trouvé de réponse. Récemment, j'ai perdu du poids. C'est terrifiant à quel point ça m'a fait plaisir. J'ai perdu du poids et je monte sur le tapis d'endurance, cours pendant une heure et demie jusqu'à ce que j'ai l'impression que mon genou va exploser. Perdre du poids, encore. En descendant du tapis d'endurance, je trébuche. Holà, ma fille, tout doux! J'ai pris l'habitude de me parler comme à un cheval. Je passe sous la douche. Tourne de l'oeil.

Marya Hornbacher, Piégée

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27 novembre 2005 7 27 /11 /novembre /2005 00:28

C'est mon père qui m'a conduite à l'hôpital. Je n'ai pas compris tout de suite qu'il m'amenait aux urgences. En me voyant arriver, la standardiste a décroché le téléphone et a dit une phrase que je n'ai pas comprise. Il y a eu une cavalcade et une voix dans un haut-parleur. Des gens s'empressaient autour de moi, m'emmenaient dans une chambre. Je me suis allongée sur un petit lit et quelqu'un l'a apporté une couverture. Quelqu'un d'autre est venu, m'a auscultée et m'a aidée à m'asseoir. Puis, il m'a tendu une canette de jus de pomme qui disait "L'oiseau bleu". J'étais apparemment censée la boire. Quand il est parti, je suis allée la vider dans le lavabo. Pourquoi est-ce que je fais ça? me suis-je demandé. Qu'est ce que j'essaie de prouver?

Cette pensée m'a perdue.

Un médecin est entré, une femme. Elle était brusque. Elle m'a dit qu'elle allait me faire hospitaliser. Je lui ai répondu qu'il fallait que je parte, que j'avais rendez-vous avec des amis pour prendre un petit déjeuner, ce qui était la stricte vérité. Je m'étais même demandé toute la matinée comment j'allais faire pour ne pas manger. Et est-ce qu'ils auraient du yaourt à 0%? J'ai demandé au médecin si je ne pouvais pas revenir plus tard. Peut-être qu'entre-temps j'arriverais à prendre suffisamment de poids pour échapper à l'hôpital. Dans les vingt-cing kilos, qui sait? J'étais soudain exténué et j'ai fermé les yeux un moment. Elle a attendu. Je me suis redressée sur le lit et lui ai demandé en souriant: "Alors? Je peux y aller?" Elle m'a dit que je ne ferais pas 100 mètres.

J'ai réfléchi une minute: elle avait peut-etre raison. Je lui ai demandé si je pouvais aller fumer une cigarette le temps de réfléchir. Elle m'a accordé cette faveur. Je suis sortie dehors en me tenant contre le mur. Il faisait trop froid pour fumer. J'ai écrasé ma cigarette, prise de vertiges. Je me suis accroupie en attendant que ça passe. J'en ai profité pour compter mes os. Ils étaient toujours là. Et puis, je me suis dit que j'étais vraiment folle. Je me suis relevée. Toujours les mêmes vertiges qui allaient et venaient. Je suis rentrée dans le bâtiment en marchant très lentement, posant mes pieds sur le sol avec précaution. Je suis allée au bureau d'accueil et j'ai signé ma feuille d'admission.

Marya Hornbacher, Piégée

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26 novembre 2005 6 26 /11 /novembre /2005 01:03

SI VOUS PENSEZ AU SUICIDE
LISEZ D'ABORD CECI

Si vous vous sentez suicidaire, arrêtez-vous pour lire ce qui suit. Cela ne vous prendra que cinq minutes. Je ne veux pas vous dissuader de la réalité de votre souffrance. Je ne vous parlerai ici que comme quelqu'un qui sait ce que souffrir veut dire.  

Je ne sais pas qui vous êtes, ni pourquoi vous lisez cette page. Je sais seulement qu'en ce moment, vous la lisez, et c'est déjà une bonne chose. Je peux supposer que vous êtes ici parce que vous souffrez et que vous pensez à mettre fin à votre vie. Si cela était possible, je préférerais être avec vous en ce moment, m'asseoir avec vous et parler, face à face et coeur ouvert. Mais puisque ce n'est pas possible, faisons-le par la biais de cette page.  

J'ai connu un certain nombre de personnes qui voulaient se tuer. J'ai moi-même été dans ce cas. J'ai donc idée de ce que vous pouvez sentir. Je sais que vous n'êtes pas capable de lire un gros livre, alors je vais faire court. Pendant que nous sommes ici ensemble pour les cinq prochaines minutes, j'ai cinq choses simples, pratiques, à vous dire et que j'aimerais partager avec vous. Je ne discuterai pas de savoir si vous devriez vous tuer ou pas. Je pense juste que si vous y pensez, vous devez vraiment souffrir.  

Bien, vous lisez encore ce texte, et c'est très bon. J'aimerais vous demander de rester avec moi jusqu'à la fin de cette page. J'espère que cela veut dire que vous êtes au moins un peu incertain, au fond, quelque part à l'intérieur de vous, de savoir si oui ou non vous allez vraiment mettre fin à votre vie. On ressent souvent cela, même dans l'obscurité la plus profonde de désespoir. Etre dans le doute concernant sa mort, c'est normal. Le fait que vous êtes encore vivant à cette minute signifie que vous êtes encore un peu incertain. Cela veut dire que pendant que vous voulez mourir, au même moment, une partie de vous-même veut continuer à vivre. Tenons-nous à cela, et continuons quelques minutes de plus.  

  
Commencez par penser à cette phrase :  

"Le suicide n'est pas un choix, on y est conduit quand la douleur dépasse les ressources qui permettent d'y faire face." 

Dans le suicide, il ne s'agit que de cela. Vous n'êtes pas une personne haïssable, ou folle, ou faible, ou incapable, parce que vous vous sentez suicidaire. Avoir des idées noires ne veut même pas dire que vous voulez vraiment mourir - cela veut juste dire que vous avez plus de douleur que de ressources pour la prendre en charge maintenant. Si j'empile des poids sur vos épaules, vous vous écroulerez au bout d'un moment si j'ajoute suffisamment de poids... quelle que soit votre volonté de rester debout. (C'est pourquoi il est si inutile que les gens vous disent : "debout, garde le moral!" - vous le feriez, évidemment, si vous le pouviez.)   

N'acceptez pas que quelqu'un vous dise, "il n'y a pas de quoi être suicidaire pour cela." Il y a différentes sortes de souffrances qui peuvent mener au suicide. Qu'une douleur soit supportable ou non diffère d'une personne à une autre. Ce qui peut être supportable pour quelqu'un peut ne pas l'être pour vous. La limite où la douleur devient insupportable dépend du genre de ressources dont vous disposez. Les individus sont très différents dans leur capacité à supporter la douleur.  

Quand la douleur dépasse les ressources qui permettent d'y faire face, le résultat, ce sont des pensées suicidaires, des "idées noires". Le suicide n'est alors ni faux ni vrai; ce n'est pas un défaut de caractère; il n'y a pas à le juger moralement. C'est simplement un déséquilibre de la douleur par rapport aux ressources qui permettent de les affronter 

Vous pouvez survivre à des sentiments suicidaires si vous faites l'une ou l'autre de ces deux choses: 
(1) Trouver un moyen pour réduire la douleur, 
ou  
(2) Trouver un moyen pour augmenter vos ressources pour y faire face. 
Ou les deux à la fois.  

Voici les cinq choses à prendre en considération dont je vous parlais tout à l'heure.  

1  La première chose que vous avez besoin d'entendre, c'est de savoir qu'on s'en sort. Des personnes qui souffraient autant que vous en ce moment, s'en sont sorties. Vous avez donc de très fortes chances de vous en sortir. J'espère que cette information peut vous donner un peu d'espoir. 
2  La deuxième chose que je veux vous suggérer est de vous donner du recul. Dites-vous, "j'attendrai 24 heures avant de faire quoi que ce soit." Ou une semaine. Souvenez-vous que sensations et actions sont deux choses différentes - que vous ayez le sentiment de vouloir vous tuer, ne signifie pas que vous devez le faire maintenant. Mettez du recul entre vos sensations suicidaires et un passage à l'acte. Même si ce n'est que 24 heures. Vous en avez été capables 5 minutes en lisant cette page. Vous pouvez le faire encore 5 minutes en continuant à la lire. Continuez et prenez conscience du fait qu'alors que vous vous sentez encore suicidaire, vous n'êtes pas, en ce moment, en train d'agir en ce sens. C'est très encourageant pour moi, et j'espère que cela l'est pour vous. 
3  La troisième chose est ceci: on pense souvent au suicide pour trouver un soulagement à sa douleur. On ne veut pas mourir mais arrêter de souffrir. Souvenez-vous que le soulagement est une sensation. Et vous devez être vivant pour la ressentir. Vous ne sentirez pas le soulagement que vous cherchez si désespérément, si vous êtes mort
4  La quatrième chose est ceci: certains réagiront mal à vos sentiments suicidaires, parce qu'ils sont effrayés ou en colère; ces personnes peuvent même augmenter votre douleur au lieu de vous aider, en dépit de leurs intentions, en disant ou faisant des choses irréfléchies. Vous devez comprendre que leurs réactions négatives ont à voir avec leurs propres peurs, pas avec vous.  
Mais il y a aussi des personnes qui peuvent être avec vous pendant ces moments si difficiles. Ils ne vous jugeront pas, ne chercheront pas à vous contredire. Ils feront simplement attention à vous. Trouvez-en une. Maintenant. Utilisez vos 24 heures, ou votre semaine, et dites à quelqu'un ce qui se passe pour vous. Il est normal de pouvoir un jour demander de l'aide. Appelez une ligne d'écoute spécialisée (SOS Suicide Phénix, SOS amitié, appelez un centre spécialisé près de vous, ou regardez dans l'annuaire), appelez un psychothérapeute (psychanalyste, psychologue, psychiatre), quelqu'un qui est capable de vous écouter. Mais surtout ne portez pas le fardeau supplémentaire d'essayer de vous charger de cela seul. Juste parler de ce qui vous a conduit là peut vous enlever une grosse part de la pression qui vous pèse, et c'est peut-être juste la ressource supplémentaire dont vous avez besoin pour retrouver l'équilibre.
5  La dernière chose que je veux que vous sachiez maintenant est ceci: les sensations suicidaires sont, dans et par elles-mêmes, traumatisantes. Après leur disparition, vous avez besoin de continuer à prendre soin de vous. Commencer une thérapie est vraiment une bonne idée.
Bien. il s'est écoulé quelques minutes et vous êtes encore avec moi. J'en suis vraiment heureux.  

Puisque vous avez été jusqu'ici, vous méritez un cadeau. Je pense que vous devriez vous récompenser en vous donnant une portion de ressources supplémentaires pour affronter la douleur . Souvenez-vous, plus haut vers le début de la page, j'ai dit que l'idée est de s'assurer d'avoir plus de ressources que de douleur. Alors donnez-vous en une supplémentaire, ou deux, ou dix...! jusqu'à ce qu'elles surpassent vos sources de douleur.   

Maintenant, si cette page a pu vous apporter un quelconque soulagement, la meilleure et la plus grande ressource que vous pouvez trouver, c'est quelqu'un a qui parler. Si vous trouvez quelqu'un qui veut écouter, et si vous lui dites comment vous vous sentez et comment vous en êtes arrivé là, vous aurez vraiment augmenté vos ressources. Heureusement, la première personne que vous choissirez ne sera pas la dernière. Il y a beaucoup de gens qui aimeraient entendre ce qu'il en est pour vous. Il est temps de commencer à en chercher une autour de vous.  

Et maintenant, j'aimerais que vous appeliez quelqu'un.
source:http://www.barbery.net/psy/suicide/lisezceci.htm
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Published by eixerona - dans Psychologie & cie
25 novembre 2005 5 25 /11 /novembre /2005 21:35

[...] je décroche le téléphone - c'est le milieu de la nuit- et j'appelle la maison. "Je suis vraiment désolée, mais il faut que je rentre. J'espère que ça ne vous dérange pas."

Ca les dérangeait.

Des années plus tard, mon père m'a expliqué pourquoi. "Je t'avais dit tant de fois que tu ne mangeais pas assez, que tu avais l'air mortellement malade. On te l'avait  tellement répété et, toi, tu mentais. Tu mentais chaque jour un peu plus. Quand tu nous as annoncé que tu voulais rentrer, je me suis dit qu'il valait mieux que tu sois malade."

Je comprends mes parents. Après avoir regardé leur enfant jouer avec la mort pendant 4 ans, je comprends qu'ils en aient eu marre de ce petit jeu-là. Je vois comment ils ont été obligés de se distancer pour se protéger. Et je vois aussi comment on peut refuser d'accepter que, cette fois, cette enfant s'est effectivement jetée dans le vide.

Mon père a catégoriquement refusé de voir que c'était la fin. Moi aussi d'ailleurs. J'avais une attitude totalement contradictoire: je savais qu'il fallait que je rentre, mais je ne voulais pas reconnaître que j'étais vraiment malade. J'ai menti sur mon poids et je leur ai dit que j'étais tellement stressée que des vacances me feraient du bien. Mon père m'a suggéré de travailler moins. Je suis devenue hystérique, terrifiée à l'idée que ma seule chance de salut ne me file entre les doigts: la fille qui crise "Au loup!" prise à son propre piège. Quand j'avais ma mère au bout de fil, je la suplliais de convaincre mon père de me laisser rentrer à la maison. "Juste pour faire un break", lui disais-je. Il s'est écoulé un certain temps -quelques jours? quelques semaines? je ne sais plus - pendant lequel mon père et moi avons parlementé pour décider s'il fallait que je rentre. Ma thérapeute est intervenue en ma faveur, ma colocataire aussi. Et puis, un jour, j'ai décidé de laisser tomber la fac. Je suis allée voir ma conseillère et lui ai annoncé que j'étais anorexique et que j'avais besoin d'un congé. Elle s'est montrée extrêment compréhensive. Elle a appelé mes parents et leur a dit que j'avais apparement vraiment besoin de repos. J'ai fait mes valises, j'ai démissionné du journal et j'ai sauté dans un avion pour Minneapolis.

Disons que l'acceuil n'a pas été exactement chaleureux.

Je comprends. Cela doit être désagréable de regarder son enfant et de se dire qu'il va mourir. Mon père était furieux. Ma mère était tellement angoisée qu'elle ne disait pas un mot. Le soir de mon arrivée, elle s'est assise avec moi dans la cuisine pendant que j'avalais un bol de céréales après l'autre. Après, j'ai pleuré parce quye j'avais trop mangé. "Chérie, ne dis pas ça." Je lui ai demandé, sondant ses yeux en quête d'une réponse, si elle pensait que j'étais folle. Il y a eu un silence atrocement long. On entendait le tic-tac de la pendule. J'avais gardé mon manteau.

Elle m' a dit en regardant par la fenêtre: "je crois que tu es très malade."

Il m'a fallu une minute pour comprendre qu'elle venait de me dire oui.

Marya Hornbacher, Piégée

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Published by eixerona - dans Extraits et citations
25 novembre 2005 5 25 /11 /novembre /2005 21:16

On peut tenir très longtemps en mangeant très peu. On ne fait pas long feu quand on vomit tout ce qu'on mange.

27.5 kilos. J'achète des laxatifs. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. J'en avale une boîte par jour. Le problème, c'est que comme je n'ai rien dans l'estomac, je n'évacue que de l'eau et du sang. Voilà où mènent les troubles de l'alimentation. Voilà comment on se tue, par accident. Par accident? Oui, par accident. Parce qu'on court dans la rue au milieu de la nuit pour essayer de trouver un drugstore où acheter du sirop vomitif. On rate le début de l'inauguration présidentielle qu'on est censée couvrir parce que le ciel est trop vaste. On achète à manger et on se gave dans le métro, les gens vous dévisagent, et on se traîne en haut des escaliers, on s'assied par terre et on avale le reste de nourriture, s'étouffant à chaque bouchée en sanglotant horriblement. On se relève, siffle la bouteille de sirop, ravie de tant de maîtrise. On se dit qu'on écrira son article dès qu'on aura vomi et on tombe dans les pommes.

Recroquevillée par terre, l'estomac déchiré, je prie pour que je puisse vomir ou mourir. "Dieu, s'il te plaît, laisse-moi vomir ou mourir, vomir ou mourir." Je vomis de manière horrible et m'évanouis de nouveau.

Bientôt, je suis incapable de sortir du lit le matin. J'essaie vaillamment. Je prends appui sur mon bureau et tire. Je tire plus fort, essayant de m'asseoir. Mes doigts glissent et je retombe en arrière. J'appelle le bureau pour dire que je suis malade. Je trouve ça plutôt comique. Ensuite, j'appelle Mark en me disant qu'il comprendra, peutêtre. Je me cache sous les couvertures et murmure:"Mark, j'ai peur." Mark me repond quelque chose, mais je n'entends pas ce qu'il me dit. J'écoute simplement la musique de sa voix. Je répète à nouveau: "Mark, j'ai peur".

Marya Hornbacher, Piégée

 

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Published by eixerona - dans Extraits et citations
24 novembre 2005 4 24 /11 /novembre /2005 11:35
Un bon réveillon

 Avec Capitons

 Sans capitons

  • Saumon fumé ( 184 cal les 100g) + blinis (323 cal les 100g) + crème fraîche épaisse (145 cal les 50 g) + 1 verre de vin blanc (70 cal) = 722 cal

 

  • Foie grras (180 cal la tranche de 40g) + pain d'épice (317 cal les 100g) + 1 verre de sauternes (125c) = 622 cal

 

  • Dinde rôtie (180 cal la part de 125g) + marrons (221 cal les 100g) + purée de pommes de terre ( 94 cal les 100g) = 554 cal

 

  • bûche patissiere (204 cal la tranche) + 1 coupe de champagne ( 90 cal) = 294 cal

  •  6 huîtes citronnées ( 55 cal) + 1 verre de vin blanc ( 70cal) = 125 cal

  • homard (96 cal les 100g) + 1 cuillère de mayonnaise ( 80 cal en option) + 1 verre de vin blanc (70 cal) = 166 cal (ou 246)

  • Ris de veau ( 174 cal les 100g) aux truffes (9 cal les 10g) et aux asperges vertes (25 cal les 100g) + 1 verre de vin blanc (70 cal) = 278 cal

  • Soupe de fraises à la menthe fraîcue ( 68 cal es 100g) + 1 coupe de champagne (90 cal) = 158 cal

 TOTAL = 2192 cal

 TOTAL = 727 cal (ou 807 cal avec une cuillère de mayonnaise)

 

Source: Magazine Isa n°67 décembre 2005

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Published by eixerona - dans Nutrition
23 novembre 2005 3 23 /11 /novembre /2005 22:31

Le fait de vivre avec quelqu'un de normal me faisait voir à quel point j'avais perdu les pédales. Elle mangeait, elle dormait. Je l'observais comme si j'étudiais les moeurs d'un animal exotique. Je regardais ses cheveux blonds éparpillés sur l'oreiller, sa bouche légèrement ouverte ébauchant un imperceptible sourire. Je la regardais mettre du beurre dans une casserole, émerveillée par l'existence même du beurre. L'idée d'acheter du beurre, de le toucher sans avoir peur qu'il s'insinue sous la peau et descende dans les fesses, l'idée de manger un aliment dont on sait pertinemment qu'il contient du beurre, l'idée mêê d'avoir du beurre chez soi sans que cette idée ne vous hante jour et nuit et ne vous sussure à l'oreille: "Mange-moi tout entier. Maintenant."

Sa présence me rappelait pourquoi j'étais anorexique. Parce que j'avais peur: de mes désirs, de la nourriture, du sommeil, du toucer, d'une simple conversation, du contact, de l'amour. J'étais anorexique parce que j'avais peur d'être un être humains. Le contact implique l'exposition de soi, l'interaction acec d'autres. Celle que j'avais été autrefois était tout simplement trop. Maintenant, j'étais un espace vide.

Mais ce qui me fascinait le plus chez elle, c'est qu'elle était follement belle. Sa peau avec un aspect velouté. Un rose doré illuminait ses joues. Ses chevex étaient épais et brillants. Et elle avait des seins et des fesses extrêmement appétissants. Le contraste me paraissait saisissant: là où j'avais eu des seins, il n'y avait plus maintenant que deux minuscules boutons bruns collés sur une cage thoracique. Là ou j'avais eu des fesses, il y avait une ligne droite de la nuque aux jambes s'achevant par le coccyx qui ressortait en arrière, comme une espèce de queue. Mais le plus étrange était encore mon visage. Mes joues étaient tellement creusées qu'on voyait les dents à travers la peau. SOus le menton, la gorge était concave et décharnée. Mes yeux semblaient s'enfoncer tous les jours plus profondément dans leurs orbites.

J'avais l'air d'un monstre. Je n'avais pratiquement plus de cheveux, ma peau avait la couleur de la viande avariée. J'étais obligée de rouler deux fois la ceinture de ma jupe et de la fermer avec une épingle à nourrice pour la faire tenir. Je bourrais mes chaussures de papier toilette pour éviter qu'elles ne claquent contre le sol et me fassent mal à la plante des pieds. J'attendais.

Marya Hornbacher, Piégée.

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Published by eixerona - dans Extraits et citations
23 novembre 2005 3 23 /11 /novembre /2005 22:17

J'avais atrocement froid. Comment expliquer ce genre de froid? Il se glisse sous la peau et vous refroidit de l'intérieur. C'est un froid qui glace non seulement les os, mais le sang. On a l'impression de ce transformer en iceberg et de se noyer dans une eau gelée.

Marya Hornbacher, Piégée

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Published by eixerona - dans Extraits et citations