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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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°~°~° Bienvenue °~°~

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

26 juin 2006 1 26 /06 /juin /2006 17:57

 

Après tout, je ne sers à rien non plus. Je dois disparaître. Mais c’est trop triste ! J’aurais tellement voulu vivre et être heureuse, pas vrai, petite voix ? Est-ce que je n’aurais pas pu être comme les autres, insensible, et vivre comme si tout allait bien ?

 

Et puis je n’arrive à rien : je suis toujours aussi grosse, et je ne veux plus me battre.

 

Je sors de chez la psychologue encore plus désorientée. Mais à quoi sert-elle ? J’ai l’impression d’avoir donné un cours sur l’histoire de notre famille. Ma famille, je la connais ! La situation, j’ai déjà tournée et retournée des milliers de fois dans ma tête, comme on remue un couteau dans une plaie.

 

 

Et puis la psychologue ne m’a jamais arrêtée pour me faire réfléchir sur un point douloureux, sur un aspect que je n’aurais pas vu ou voulu voir seule. Elle ne m’a interrompue que pour me demander de préciser mon environnement quotidien.

 

L’époque où je me sacrifiais pour les autres…Plus je m’acharnais à accomplir toutes les petites tâches susceptibles d’alléger le quotidien de ma famille (rangement, table, bains, cuisine, etc.) et moins je me faisais remarquer. Au lieu de me remercier, je recevais  de la part de Maman des mots tels que : « Tu t’épuises, va te reposer, je vais m’occuper de ça. » Quant aux autres, branchées devant la télé, à l’ordinateur ou occupés à je ne sais quel jeu, ils ne levaient même pas les yeux : ils me laissaient tout faire sans broncher. Je n’avais pas d’existence, puisque je ne lisais ma valeur dans aucun regard.

 

J’essayais aussi d’être belle, espérant de la sorte attirer l’attention, me faire aimer, avoir des amis. C’est aussi pour cela que j’avais entrepris de réduire chaque jour davantage mes rations de nourriture, de sélectionner les aliments. Je trouvais toutes les raisons possibles pour monter et descendre les escaliers de la maison, ce qui n’était pas trop difficile, ma chambre étant au deuxième étage. Mais je sentais que pour les gens de l’extérieur, ceux pour qui je me privais, je disparaissais lentement.

 

Je travaillais aussi beaucoup mes devoirs. Je voulais être parfaite sur tous les plans. Je rêvais d’être inaccessible, au-dessus du monde, par ma pureté, et d’en tirer l’amour des autres vers lesquels je voulais m’abaisser, ne serait-ce que pour être aimée.

 

Chaque jour me trouvait un plus vidée de moi-même. A tout moment, sur une simple parole, j’éclatais en sanglots. Au lieu d’être pour les autres un appel, cette vie qui s’écoulait par mes yeux les éloignait de moi. Pudeur ou crainte de souffrir ? Sur le moment, un ou deux proposaient leur mouchoir, en me disant « ça va passer ». Puis plus rien. Oui, ça va passer, je mourrai vite, comme ça, ça passera.

 

Puis je pleurai de moins en moins, n’ayant plus de larmes à verser, la vie se tarissant en moi. Je ne voulais pas trop boire d’ailleurs, pour ne pas me laisser aller aux gestes sales des toilettes. Je devais rester pure, toujours, d’autant plus que les autres persistaient à s’enfoncer dans leur crasse.

 

Il m’arrivait même de ne plus penser. D’avoir la tête vide. Mon ascèse avait contaminé mon esprit qui n’était parfois plus capable que d’actions mécaniques, presque instinctives : rester assise, debout ou allongée, en attendant que le temps passe, voir,  parfois répondre à des questions. C’était comme courir dans le brouillard à la poursuite d’oiseaux blancs. Je cherchais à l’aveuglette des pensées qui me fuyaient. Impossible de réfléchir. Peut-être est-ce cela, un animal, quelqu’un qui ne pense pas. Ce ne doit pas être si désagréable, sauf lorsqu’on sait ce que c’est que penser.

 

Exténué, vidée de ma force et de mon esprit, je n’étais plus en mesure d’aider. J’avais alors pris le partie, jusqu’à ma mort prochaine, non pas de me faire oublier, puisque c’était déjà le cas, mais de ne pas être ma cause de tourments pour les autres. Il leur était par exemple inutile de mettre mon couvert parce que je ne descendais pas. Je ne comprenais pas pourquoi ça leur faisait de la peine, puisque c’était mon choix.

 

Je n’étais pas heureuse. Je souffrais même beaucoup et je pleurais sans larmes, n’ayant plus rien à donner, peau et yeux secs, cœur juste humide et froid par manque d’amour. Mais j’étais sûre de ce que je faisais. Je savais qu’il n’y avait rien à attendre du monde, que je ne pourrais pas y vivre à cause de toutes ses lâchetés, ses injustices, ses mensonges. J’avais essayé de faire changer les choses en me changeant moi-même, pour faire bouger les autres…Pour me rendre compte que mon combat était vain. Ils ne voulaient pas être meilleurs, ils me prouvaient l’horreur de ce monde. Ils pointaient du doigt mon inutilité. Je refusais de vivre ainsi, comme eux. Et puisque ma guerre était inutile, je préférais ne pas continuer à peser sur les autres par la continuation de ce combat sans fin. Je choisis égoïstement la tranquillité, souffrant de solitude et d’incompréhension.

Mathilde Monaque, Trouble Tête

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Published by Lyla - dans Extraits et citations
25 juin 2006 7 25 /06 /juin /2006 18:07

 

C’est interminable une journée. Surtout quand on la passe seule à imaginer du gris. J’ai beau regarder dehors, je ne vois même pas un nuage légèrement plus éclairé qui indiquerait l’emplacement du soleil. Je ne sais pas quand il daignera enfin se coucher. Vite, vite ! Cache-toi vite soleil, pour que je puisse enfin fuir cette vie sans raison dans le néant du sommeil, moi qui ne rêve plus. Le sommeil, cette vie désertée par les enchantements et les joies, faute d’en avoir trop peu dans la réalité.

 

Je reste encore à ne rien faire. Il n’y a rien à faire. Et la petite voix retrouve toute sa place pour se faire entendre dans ce vide. Je suis aspirée par le gouffre de mes pensées. Je tourne et retourne ma vie, mon malheur, mon abandon. Je ne peux pas m’en extirper. Je reviens toujours à moi. La seule chose que je sais, c’est que je suis impure. Indigne de vivre comme les autres. Mais ils ne se rendent compte ni de mon impureté, ni de la leur. Eux, ils sont innocents. Moi, je suis trop lucide, et je ne suis pas gentille. Je fais même le malheur des autres : mes parents sont anéantis par ma tristesse, et les autres compatissent. Je suis un poids pour eux. Je suis abjecte.

 

Je me regarde. On revient toujours à soi quand on est triste. Je trouve mes jambes grosses. Je n’ai pas encore suffisamment maigri pour bénéficier d’une totale liberté de mouvement, impossible avec trop de chair. Je mouline l’air avec mes jambes : je jouis déjà de leur souplesse et de leur fluidité dans l’air. Mais qu’elles sont lourdes ! Epuisée, je les laisse retomber mollement sur le matelas. Je recommence : ça me fait perdre des calories, puisque ça me fatigue.

Aujourd’hui, l’école, je ne sais même plus à quoi elle sert. A s’ouvrir l’esprit ? Oui, mais à quoi. A la prise de conscience de notre lente putréfaction ? A toutes les horreurs que commettent les hommes ? A leurs sentiments vains comme leur apparence ? A quoi donc cela sert-il de faire des études, puisqu’on n’emporte rien dans la mort ? A être riche, à avoir des amis ? Mais puisqu’on doit tout laisser sur Terre ?

 

Ca y est, c’est reparti la petite voix. Avec tous ces raisonnements qui m’épuisent. Pourquoi ne peut-on pas les arrêter ? Je n’en peux plus, je voudrais m’arracher le cerveau. Ces pensées sont mauvaises, elles prolifèrent et dévastent tout sur leur passage, grignotant peu à peu, et de plus en plus vite, les moindres recoins de mon imagination, entachant mes souvenirs et mes pensées d’un voile gris, neutre triste comme un jour pluvieux.

 

Je me sens totalement détachée. J’ai l’impression de regarder penser une autre et mes propres sentiments me paraissent étrangers. Et puis à quoi bon avoir des sentiments, si c’est uniquement pour souffrir ?

 

Mathilde Monaque, Trouble Tête

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19 juin 2006 1 19 /06 /juin /2006 12:21

Ados : les nouvelles formes du mal-être

Les ados ont bien changé aujourd’hui… et la fameuse crise d’adolescence a pris de nouvelles formes, souvent plus difficiles à reconnaître comme telles. Dépression et automutilation chez les filles, violence et consommation de drogues chez les garçons… quels sont les nouveaux comportements à risque qui menacent les jeunes ?

Aujourd’hui les comportements des ados ont évolué et le mal-être ne s’exprime plus tout à fait de la même manière. Et elles sont spécifiques aux jeunes filles et jeunes garçons.  

Garçons : gare à la casse

Chez les garçons, bagarres, fugues, absentéisme scolaire sont les comportements qui vont exprimer le mal-être. La violence est généralement projetée vers autrui, plutôt que vers soi (les tentatives de suicide chez les garçons sont restées stables). Mais il y a une hausse sensible des dégradations des biens  d’autrui et notamment des bines publics. : "cela a doublé en quatre ans" souligne Marie Choquet, épidémiologiste à l’Inserm. Et la consommation de drogues est un phénomène principalement masculin, de plus en plus répandu. En revanche, il faut souligner que la consommation d’alcool n’a pas évolué malgré les apparences. Selon Marie Choquet, "Les jeunes aujourd’hui sont moins consommateurs que leurs parents. Aujourd’hui le seul mode de consommation qui persiste chez les jeunes c’est l’ivresse. Or la France reste l’un des pays d’Europe ou le comportement d’ivresse est le moins répandu. C’est le regard de la société qui a évolué…"

Filles : la violence intérieure

Comme le souligne le Dr Xavier Pommereau, psychiatre, "Il y a 20 ans, le trouble principal chez les jeunes filles était la crise de spasmophilie. Aujourd’hui cela a pratiquement disparu. A la place, on va retrouver d’autres troubles tels que l’automutilation". Car chez les adolescentes, le mal-être s’exprime avant tout par une plus forte depressivité et une violence.. tournée vers soi. Les tentatives de suicide ont ainsi augmenté en quelques années chez les filles. Les troubles du comportement alimentaire, anorexie et boulimie, sont d’autres  formes de violence projetée vers son propre corps bien connue. "Mais impossible de savoir si ces troubles progressent ou régressent, on n'a aucune donnée" souligne Marie Choquet. En revanche les automutilations semblent être de plus en plus nombreuses chez les jeunes filles.

Bientôt la parité des comportements à risque

Cet écart de comportement entre les filles et garçons semble donc s’être creusé : "Il y a plus de différences de comportement aujourd’hui entre filles et garçons qu’il y a 10 ans" souligne Marie Choquet. Mais la tendance pourrait bien s’inverser : on voit apparaître des attitudes spécifiques aux garçons chez les filles. Ainsi, la violence tournée vers autrui progresse également chez elles, comme le traduisent certains faits-divers. De même, les chiffres sur la consommation de cannabis montrent une progression importante chez les adolescentes. Or souvent cette "inversion" des troubles est encore plus dangereuse, car elle se fait de manière plus violente : un garçon qui se scarifie le fera de manière encore plus grave, une fille qui boit de l’alcool le fera de manière plus extrême.

Une prévention insuffisante

La société a-t-elle su s’adapter à cette évolution des comportements des ados ? Pas vraiment. Ainsi, aujourd’hui l’Etat augmente les mesures sécuritaires et les actions contre les dégradations de biens publics, au lieu d’essayer de prévenir les comportements. Et les grandes campagnes d’information et de prévention concernent surtout la consommation de cannabis ou de drogues, comportement essentiellement t masculins. Les adolescentes sont ainsi les grandes oubliées des pouvoirs publics. Où sont les campagnes pour la prévention du suicide, de l’anorexie ou des automutilations…

Alain Sousa

Source : Forum Adolescences ; Etre adolescent dans un monde incertain, organisé par la fondation Wyeth, mai 2006.

http://www.doctissimo.fr/html/psychologie/psycho_pour_tous/adolescent/9782-ados-mal-etre-depression-violence.htm

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Published by Lyla - dans Revue de presse
14 juin 2006 3 14 /06 /juin /2006 18:33

 

J’étais exténuée. Pendant la canicule, il avait fait si chaud que j’avais diminué mon alimentation. A la rentrée, je n’avais pas repris un rythme correspondant au travail : je m’étais fracassée contre l’école. On ne peut pas travailler sans énergie, et elle vient de la nourriture. Comme me le diront plus tard tant de médecins et de gens : une voiture sans essence ne peut pas rouler. Cette phrase avait d’ailleurs le don de m’énerver au plus haut point : on critiquait mon attitude (me dénutrir), que je voulais plus rigoureuse encoure pour la rendre parfaite, mais surtout on me crachait cette phrase sempiternelle, ce qui me donnait l’impression d’être rabaissée.

 

Ces anciennes occupations, je les avais remplacées par une volonté d’être parfaite. Je faisais tout ce qu’on me demandait et je précédais les désirs des autres. Je sentais que ma présence était désagréable et je tentais de me faire pardonner en aidant. Si je n’étais pas si pesante, j’aurais eu des amis, non ? Je ne devais surtout pas être une charge pour qui que ce soit et il me fallait me faire oublier. Alors j’essayais d’être le mieux possible, me restreignant toujours avec la nourriture, ennemie de ma pureté. Et je ne parvenais qu’à m’épuiser d’avantage, à faire de moins en moins le bien. Je parlais peu. Quand je livrais mes pensées, on ne me répliquait que : « Mais non, tu te trompes. » Alors je me taisais. Ils ne pouvaient pas comprendre la vérité, trop aveuglante pour eux.

Le temps ne veut pas s’écouler. C’est long une minute. Je n’ai rien à faire. J’ai décidé de laisser tomber, de la même manière que l’on m’a lâchée. L’école, les activités, tout. Il paraît que c’est bien, que cela va me permettre de mieux réfléchir aux causes de ma dépression. Comme si je ne l’avais pas déjà fait ! Ca ne m’apporte rien. Tout fuit, je n’arrive pas à ancrer les choses en moi, les pensées vont, fluides et incisives, se porter sur tout autour de moi. Mais cela ne m’arrange pas. Mon univers est peuplé de vide, de gris. Neutre, froid. Je suis amorphe et ne réagis que par bribes de pensées, toujours agressives et désillusionnées. Ce ne m’aide pas. J’en ai assez de ces interminables intro et extrospections. Je broie du vide.

Je perds tout ce que j’ai. Toute mon essence. Mais qui s’en soucie ?

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A mes yeux, je suis le seul problème sur Terre puisque tous les autres arrivent à vivre. Moi aussi je voudrais être guérie. Mais ce sont les autres qui doivent me guérir. Moi, je ne peux plus me battre. Je ne parviens pas à chasser l’impression angoissante que je suis spectatrice de ma vie. Les autres décident pour moi. Ca me donne le tournis : c’est comme si j’étais prisonnière d’un corps hideux, qui n’est même pas son propre maître, mais l’esclave de la volonté des autres.

 

 

 

 

 

 

Mathilde Monaque, Trouble Tête

 

 

 

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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 16:10

Démons familiers

Gérard Apfeldorfer  

Certaines personnes, pas toutes, mangent en excès sous l’effet d’un stress. Mais tous les stress ne les font pas manger : déménager, avoir trop de boulot ou pas assez, gagner au Loto, perdre aux courses, se faire rabrouer, tout cela peut faire manger… ou pas. Il semble même que ce soit pire que ça : ce qui fait manger le lundi peut très bien ne pas faire manger le jeudi. Si on garde l’esprit scientifique, on ne peut qu’en conclure que ce qui semble apparemment identique ne doit pas l’être tout à fait. Des chercheurs ont cherché, et ils ont trouvé : ce qui change, du lundi au jeudi, c’est l’idée que l’on s’en fait. Merci, les chercheurs, car ils ont raison : prenons l’exemple d’une demoiselle qui s’appellerait Noémie, à qui son patron ferait des remarques désobligeantes sur la qualité de son travail. Le lundi, Noémie se dirait que son patron a vu dans son jeu, qu’elle est une incapable, et serait horriblement stressée. Bonjour la boulimie ! Le jeudi, après en avoir parlé à sa meilleure amie, qui est très futée, la même remarque désobligeante conduirait Noémie à penser que son patron doit sûrement avoir des problèmes personnels pour s’en prendre ainsi à tous ses subordonnés. Il n’y a pas de quoi « boulimiser ».

Manger rend-il moins stressé ? La réponse des scientifiques est non : on est tout autant stressé, mais plus pour les mêmes raisons. Sans doute gagne-t-on quelque chose dans ce tour de passe-passe, mais quoi ? Ce qui stresse notre Noémie du lundi, c’est le manque d’estime dans laquelle la tient son patron. Elle est dépendante de cette estime-là, elle en a désespérément besoin pour alimenter l’estime qu’elle se porte, et elle est donc hypersensible à tout ce qui vient la remettre en question. Manger en excès n’a parfois qu’une fonction : protéger son estime de soi.

L’avantage qu’en tire Noémie est simple : au lieu de se dire qu’elle est une mauvaise professionnelle, elle culpabilise à propos de son comportement alimentaire. Elle échange une difficulté qu’elle pense due à une cause non contrôlable contre une difficulté qu’elle imagine contrôlable. « Je n’y peux rien si je suis mauvaise dans mon boulot, mais les questions alimentaires sont à ma portée : demain, je commence un régime ! »

Ah oui, j’avais oublié de vous le dire : ce sont surtout celles et ceux qui sont en restriction cognitive, les abonnés aux régimes et aux privations, qui mangent davantage sous l’effet des blessures d’amour-propre.

Les discours intérieurs dévalorisants sont comme autant de démons hurlants qui harcèlent les Noémie. Cultiver un démon familier représente une stratégie non dépourvue d’efficacité. Votre démon alimentaire vous veut pour lui tout seul et chasse les autres démons qui pourraient vous agresser. Certes, il vous fait payer ses services en vous tyrannisant, mais comme vous le connaissez bien, vous croyez toujours pouvoir négocier avec lui. Il profite de vous et cela vous profite.

Psychiatre et psychothérapeute, spécialiste des troubles du comportement alimentaire, Gérard Apfeldorfer est l’auteur, entre autres, de “Maigrir, c’est dans la tête” (Odile Jacob, 2001).

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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 16:03

 Grosse et protégée, mince et vulnérable

Gérard Apfeldorfer  

 

Clara n’est pas peu fière de son corps à la mode. On ne peut pas lui en vouloir, puisqu’il y a peu, elle était obèse. Une chose comme ça, qui vous arrive à la trentaine, n’est pas anodine. C’est un peu comme gagner au Loto… Quoique Clara ait fait davantage qu’acheter un billet. Son corps de rêve, elle se l’est forgé en faisant un travail sur elle-même, en mangeant de bon appétit, mais pas au-delà, en découvrant les joies amères de l’exercice physique et en clôturant son parcours par un passage chez le chirurgien esthétique, pour qu’il rabote des tissus distendus par endroits.

Clara s’est aussi préparée aux nouveautés relationnelles qui doivent découler de ce corps tout neuf : elle assume les jugements qui se modifient, les jeux de la séduction, les affres de la passion. Un monde grisant s’offre à elle, dont elle a commencé à profiter sans attendre ! Mais alors, pourquoi ces angoisses, ces insomnies, ces peurs inexplicables ? Est-ce cela aussi, la vie de mince ? Clara se rend peu à peu compte qu’équipée de son blindage de graisse, elle ne ressentait les émotions que de façon étouffée, et que manger à outrance avait une indéniable valeur anesthésiante. Depuis qu’elle est mince, qu’elle ne mange que le nécessaire, elle ressent les événements avec une intensité toute nouvelle. Tout la touche, la fait frémir. Elle se sent nerveuse, telle une biche perpétuellement aux abois. Le décès de sa grand-mère, par exemple, survenu il y a peu, l’a bouleversée. Comme c’est étrange, puisque celui de son grand-père, il y a trois ans, l’avait à peine effleurée.

Clara vient de découvrir qu’elle est mortelle, et que la vie qu’elle est en train de vivre, là, maintenant, est la vraie vie, la seule qu’elle a, qu’elle aura jamais. Autrefois, lorsqu’elle était grosse, la vie comptait pour du beurre, alors que maintenant, c’est pour de vrai. Auparavant ? Le futur imaginé. Quel refuge moelleux c’était, puisqu’on pouvait l’aménager à son gré, vivre et revivre les aventures auxquelles on aspirait, qui, un jour sans doute, se concrétiseraient. Un jour, mon prince viendra, il sera un poète blond, tandis qu’un autre jour, il sera brun et baraqué. Le présent, qui lui apparaît comme unique, intense et fugace, en devient inquiétant. La vie est comme une marche forcée, dans laquelle on ne repasse pas deux fois les mêmes plats. Ce qu’on fait l’est définitivement.

Du coup, Clara se sent tenaillée par l’angoisse de bien faire, le désir de ne pas passer à côté d’une vie rêvée durant tant d’années. Elle qui vivait parmi les chimères infinies, n’a plus qu’une seule cartouche, bien réelle. Quelle angoisse, quelle responsabilité… Clara doit donc encore faire un dernier pas : accepter une existence approximative, tâtonnante, imparfaite, toujours inachevée, précaire. Car c’est cela qui, en définitive, distingue la vraie vie des scénarios rêvés.

Psychiatre et psychothérapeute, spécialiste des troubles du comportement alimentaire, Gérard Apfeldorfer est l’auteur de “Maigrir, c’est dans la tête” et des “Relations durables” (Odile Jacob, 2001 et 2004). Mai 2004

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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 13:09

 

J’ai l’âme d’une criminelle qu’on aurait forcée à commettre un meurtre. Je n’ai pas tenu bon. J’ai lâchement cédé et j’ai mangé. Je suis de plus en plus sale

 

 

 

 

Oui, je veux me noyer dans ce noir qui abrite mes yeux quand je les ferme. Je veux me cacher de la vie qui grouille autour de moi et me donne le tournis, vertiges, nausée.

Pourtant, je ne veux pas mourir. Quelque chose qui ne m’a jamais déçue me dit que ce n’est pas bien. Je ne dois pas me suicider. Ca ne se fait pas. Et puis c’est si vil ! Que c’est bas ! Il vaudrait mieux être assassinée, ou mieux mourir d’inanition.

 

 

 

 Il est d’ailleurs temps que je me lève, les os sur lesquels repose mon corps commencent à me faire souffrir, vu le peu de chair qui les sépare de la chaise. Idem pour mes vertèbres, que je me garde d’appuyer contre le dossier, de peur de souffrir aussi dans le dos.

 

 

Si je me suis laissée couler, c’est parce que je suis la seule à voir, à comprendre. Le reste du monde ne sait pas que rien ne rime à rien, que tout est voué à l’échec. On naît et on vit pour rien. La seule chose que l’on peut décider, c’est la mort. Elle est l’accomplissement de la vie, son paroxysme, en tout.

 

 

 

 

Vivre ne sert à rien. Mais mourir non plus. C’est pour ça que je ne me suis pas tuée, même s’il y a des couverts, même si les escaliers plongent vers le sol, même s’il y a la mer et les voitures et les médicaments !

 

 

 

 

Mais soudain le miroir a disparu. Je me retrouve nue devant moi. Et si le miroir n’est pas gondolé, cela ne changerait rien. Je serais toujours un squelette.

Je vois une fille. Même taille que moi. La mauvaise lumière ne la met pas en valeur, mais je m’en fous. Ce que je vois, ce sont ses os. Il y a de la peau dessus, mais pas beaucoup. Je découvre mes côtes, tous les os de mon buste, de mon bassin, de mes jambes. Je me tourne. C’est impressionnant. Tous les os de ma colonne vertébrale sont là. Mais aussi mes omoplates, et les os du bassin, derrière. Je suis fascinée. Un peu effrayée, aussi, de voir ce trésor de vie autant que de mort, à porté de main, à portée de corps. Je suis émerveillée. Je suis inconsciente. Moi qui n’ai jamais étudié l’anatomie, je contemple ce squelette vivant en scientifique. Je bouge lentement pour juger des articulations. Je passe ma main sur mes jambes. C’est incroyable, je peux facilement faire se rejoindre les doigts des deux mains autour de mes cuisses.

Mathilde Monaque, Trouble Tête

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Published by Lyla - dans Extraits et citations
5 juin 2006 1 05 /06 /juin /2006 17:05

La bouffe me répugne. Ca se mange. Ca se digère. Ca s’excrète. Ca ne sert à rien. Comme moi. Alors je n’en ai pas besoin. Je n’en veux pas. Pas envie, refus d’être souillée par cela. C’est avilissant. Même en me forçant c’est impossible : j’ai la nausée rien que de regarder cette vase, de sentir cette odeur putride et qui aujourd’hui me donne envie de vomir, ou de me faire vomir, si je ne suis pas trop fatiguée ou trop faible pour le faire.

 

Et puis j’ai peur. J’ai peur que si j’ingère quelque chose, des bosses apparaissent sur mes cuisses, que mon ventre enfle. L’obésité, c’est la mort. Je ne parle pas des malades. Mais je préfèrerais avoir la peste qu’être obèse. Ainsi, je commencerais déjà ma décomposition, route de l’annihilation. Disparue ! Je veux nier mon existence terrestre. Je ne plains pas les autres mêmes s’ils souffrent eux aussi de la vie, parce qu’ils sont inconscients : ils ne voient pas, il ne savent pas, eux, que tout ne sert à rien. « Tu es poussière et tu redeviendras poussière ! ».

 

Mathilde Monaque, Trouble Tête

 

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Published by Lyla - dans Extraits et citations
30 mai 2006 2 30 /05 /mai /2006 09:45

T., une de mes meilleures amies, est dans la même promo que moi à la fac. J’ai eu une belle surprise en lisant ce matin son commentaire qu’elle m’avait laissé sur mon blog. J’avoue que j’en ai eu les larmes aux yeux.

Hier je lui en ai voulu pourtant lorsque par texto elle m’a dit qu’elle était déçue que je n’aille pas à la fac. Je l’avais mal pris. Je me rends compte que les TCA nous rendent totalement paranoïaques et asociales, de ce fait on interprète souvent d’une manière fausse les paroles de nos proches.

Merci ma belle T., ton message m’a fait chaud au cœur. Même si je n’en donne pas forcement l’impression je t’aime fort ma puce.

 

 

 

 

 Salut puce!

 

 

Enfin je dépose un ti message sur ton blog!

Tout d'abord, je suis contente de voir que tu as passé une bonne journée! Un peu de joie dans ta vie c'est le mieux!

Ensuite, à tout ceux qui disent (je parle en général) que les anorexiques sont des filles qui veulent jouer les intéressantes, qui ne pensent qu'à elles... (il y en a beaucoup des critiques!) Je répond : connaissez vous une anorexique? Savez vous que ça fait mal de voir les autres manger sans rien pouvoir avaler car on se dit "non pas le droit pas le droit trop de calories de lipides" alors qu'on a le ventre qui crie famine? Non? Alors pas de jugement lorsqu'on ne connait pas! (C’est une remarque générale je ne m'en prend à personne!)

Moi je ne m'imaginais pas ça jusqu'au jour ou j'ai rencontré Lyla! Je connaissais déjà quelques trucs sur l'anorexie car comme tout le monde j'avais vu des reportages à la télé... mais un vrai récit une vraie histoire ça vous fait comprendre beaucoup!

Lyla, je ne te juge pas et ne te jugerai jamais! Je sais que tu essayes de vivre avec cette maladie invisible silencieuse et vicieuse!

Si un jour tu décides de faire quelque chose alors appelle moi! Sinon je me contenterai de rester à tes cotés en te laissant tranquille quand je sens que tu en éprouves le besoin!

J'espère te revoir très bientôt!

Je te fais plein de bisous

 Et Bon courage à toutes celles qui vivent avec ce mal!

 T.

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Published by Lyla - dans Témoignages -articles - commentaires
17 mai 2006 3 17 /05 /mai /2006 17:14

 

Sara Kane 4.48 Psychose (2000)

 

Sara Kane (1971-1999) s’est suicidée à Londres à l’âge de 28 ans.

 

4.48 Psychose est la dernière œuvre de cette dramaturge et metteur en scène anglaise.

 

 

Mes hanches sont trop fortes

 J’ai horreur de mes organes génitaux  

 

A 4h48  

 

Quand le désespoir fera sa visite  

 

Je me pendrai  

 

Au son du souffle de mon amour  

 

Je ne veux pas mourir  

 

Je me suis retrouvée si déprimée par le fait d’être mortelle que j’ai décidé de me suicider

 

Je ne veux pas vivre

 

Je suis jalouse de mon amour qui dort et lui convoite son inconscience artificielle

 

Quand il s’éveillera il m’enviera ma nuit à penser sans dormir et ma parole que les médicaments ne brouillent pas

 

Je me suis résignée à la mort cette année

 

Il y en a qui parleront d’auto complaisance

 

(Ils ont bien de la chance de ne pas en connaître la vérité)

 

Il y en a qui reconnaîtront le simple effet de la souffrance

 

C’est là ce qui devient mon état normal

 

[…] quelque chose me touche à l’endroit où ça sanglote encore et une blessure vieille de deux ans s’ouvre comme un cadavre et une honte depuis longtemps enterrée clame infecte putréfaction sa peine.

 

Une chambrée de visages inexpressifs qui ouvrent des yeux vides sur ma souffrance, si dépourvus de signification qu’il doit y avoir là une intention malveillante.

 

Dr Ci et Dr Ca et Dr C’estquoi qui fait juste un saut et pensait qu’il pourrait aussi bien passer pour en sortir une bien bonne. En feu dans un tunnel brûlant de consternation, mon humiliation est totale quand je tremble sans raison et trébuche sur les mots et n’ai rien à dire sur ma « maladie » qui d’ailleurs se résume à savoir qu’il n’y a absolument rien à faire puisque je vais mourir. Et je suis acculée par la douce voix psychiatrique de la raison qui me dit qu’il y a une réalité objective où mon corps et mon esprit ne sont qu’un. Mais je n’y suis pas et n’y ai jamais été. Dr Ci et Dr Ca s’essayent à un murmure compréhensif. Et me regardent, me jugent, flairent l’échec débilitant qui suinte des pores, l’emprise de mon désespoir et la panique dévorante qui m’inonde tandis que je fixe épouvantée le monde et demande pourquoi ils sont tous là à me sourire et à me regarder tout en ayant secrètement connaissance de la honte qui fait mal.

 

La honte la honte la honte.

 

Noie-toi dans ta putain de honte.

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Published by Lyla - dans Extraits et citations