Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

Recherche

Citation

  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

Archives

°~°~° Bienvenue °~°~

un--55-.jpg

Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 23:53

Comme promis je reviens sur le thème des TCA durant la grossesse.

 

En septembre dernier Marine une étudiante, en Licence de psychologie qui a pour ambition de s’orienter vers un master de psychologie clinique du somatique spécialisé dans les TCA, m’a contacté par rapport à un travail qu’elle devait faire dans le cadre de ses études c’est-à-dire analyser un cas clinique.

 

A la suite de cela, elle m’a envoyé un questionnaire et trouvant ses questions sur la grossesse pertinentes  je me suis dit qu’il serait intéressant d’en faire un article. J’ai juste supprimé deux questions qui étaient trop personnelles.

 

sb10068778f-001.jpg

 

 

A quel âge es-tu tombée enceinte?

Je suis tombée enceinte à 26 ans.

 

 

Quand et pourquoi as-tu voulu tomber enceinte?

Je suis tombée enceinte en décembre 2010. Avoir au bébé n’était vraiment pas prévu au programme même si depuis toujours j’avais cette envie de devenir maman.

 

 

Comment percevais-tu l'idée d'être enceinte?

Du moment que je suis sortie du déni de l’anorexie, je me suis toujours demandée comment je pourrais un jour supporter la prise de poids de la grossesse et les changements de mon corps. Même quand on a très envie d’un bébé, le facteur poids fait peur. J’avais extrêmement peur de prendre du poids et surtout de ne pas le perdre ensuite.

 

Par ailleurs notre société n’aide pas à avoir une grossesse sereine je trouve. On nous flique pour éviter la prise de poids que ce soit les gynécologues ou les sages-femmes mais aussi les gens de notre entourage.

 

Les gens trouvent toujours des trucs débiles à dire du genre "on prend une taille de pantalon avec la grossesse", "tous les kilos pris avant le 7 mois sont acquis". 

 

Même si ce sont des absurdités quand on est anorexique on ne raisonne pas logiquement sur tout ce qui concerne la prise de poids.

 

Et moi je n’ai pas eu de chance je suis tombée sur une sage-femme complétement cinglée qui m’affirmait que si je continuais à manger une pomme à 16h tout le sucre allait me tomber sur les fesses et que le gras ne partirait jamais.

 

J’ai déjà eu des échos aussi de professionnels qui n’hésitent à dire aux femmes enceintes que si elles prennent trop de poids elles ne seront plus attirantes pour les compagnons. Bref on marche sur la tête !

 

109250255.jpg

 

 

Comment s'est passée ta grossesse?

Elle s'est passée à merveille même si les conditions n'y étaient pas forcément propice c’est à dire future maman solo  (je me suis séparée à 3 mois de grossesse de mon ex) et anorexique/dépressive.

 

Je suis parvenue à remanger normalement sans trop de problème car c’était pour le bien être de mon bébé mais ce n’était pas forcément facile à gérer tous les jours dans ma tête. Souvent je me rassurais en me disant qu’une fois ma fille nait je me mettrais au régime pour retrouver en la silhouette que j’aime. Mais d’une manière générale je pense que prendre des kilos pendant la grossesse n’est facile pour aucune femme.

 

Le point difficile a été le suivi de grossesse. J'ai été franche dès le premier rendez-vous à la maternité en expliquant que je souffrais d’anorexie et dépression car je voulais faire au mieux pour mon bébé.

 

Je suis tombée malheureusement sur une sage-femme complètement folle. Elle ne m’a jamais respecté. Pour me préserver je ne voulais pas connaitre mon poids, mais elle a tout fait pour que je le voie. Ensuite elle m’a presque ri au nez quand je lui ai parlé de mes TCA car j’étais loin d’avoir la silhouette type de l’anorexique maigre. Elle n’a fait que me harceler avec mon alimentation et mon poids si bien qu’à un moment donné manger est redevenu difficile. J’ai fini par refuser de la revoir car elle était vraiment nocive.

 

J'ai été suivi par une psychiatre. Elle n'a pas été d'une grande aide, mais j'ai joué le jeu car je n’étais plus seule, il y avait un petit être qui se développait dans mon bidon. La psy voulait souvent que j’imagine ma vie une fois ma fille née. Je n'ai jamais compris l’intérêt de cet exercice car souvent on imagine le pire, alors autant attendre et voir. Mais j'ai été sérieuse, je l'ai vu tout au long de ma grossesse. En plus contrairement à tous les psy que j'avais pu voir je pouvais discuter avec elle.

 

On m'a proposé de voir une diététicienne mais c'était payant donc j'ai refusé. De toute manière pour me dire des choses que je sais déjà pas besoin

 

J'ai été suivi par un endocrinologue à cause de mon hypothyroïdie qui me classait du coup en grossesse à risque.

 

Bref j'allais 3/4 fois par mois à la Maternité pour tous mes rdv et franchement ça m'a fatigué. J'avais déjà passé des années de ma vie dans les cabinets médicaux à cause de mes TCA, là ça m’a vraiment achevé, à la fin je n’en pouvais plus. En plus comme ma fille était soit disant en retard pour naitre c’était des examens tous les 48h à la Mat.

 

J'ai séché tous les cours de préparations à la naissance et cie qui ne m'intéressaient pas. Je savais que de toute manière je saurai m'occuper de ma fille et moi l'angoissée chronique je n'ai jamais eu trop d'angoisse là-dessus. Je crois que c'est la seule chose pour laquelle je n'ai jamais douté de moi. 

 

 

Est-ce que tu t'es posée la question de la transformation de ton corps?

Oui mais bon une fois enceinte on n’a pas le choix, il faut accepter.

 

J’ai évité durant ma grossesse les miroirs en pieds car je me trouvais énorme et difforme. En plus avec l’anorexie souvent on n’a pas une juste perception de son corps. J’ai toujours mis au maximum du 36 de grossesse, ça sous-entendu que je ne suis pas devenue un baleineau en perdition.

 

D’ailleurs j'ai découvert qu’être enceinte ce n’est pas être une "baleine". J’ai été très surprises mais tout au long de ma grossesse des hommes m'ont dragué  et reluqué malgré mon ventre et mes nouvelles rondeurs. Je me suis alors rendue compte que finalement on pouvait plaire avec des kilos en plus et des formes féminines (en contraste avec l’idéal androgyne de la mode) Ca m'a e aidé à supporter un peu mieux la prise de poids de savoir que finalement je pouvais être encore désirable car je pensais qu’être enceinte me classerait un peu comme « asexuelle ».

 

88555666.jpg

 


As-tu eu peur de prendre du poids?

Oh oui mais j'avais surtout peur de pas reperdre le poids pris.

 

 

Pendant ta grossesse as-tu eu des angoisses? Des gênes?

Je n'ai pas eu trop d'angoisses. Un peu par rapport à la prise de poids et aux vergetures…les vergetures de mon adolescence m’ont tellement complexée que j’avais peur qu’elles se multiplient comme la multiplication des pains dans la bible. Matin et soir je m’enduisais de crème et d’huile d’amande douce. Et finalement j’en ai eu très peu des nouvelles et les anciennes m’importent peu.

 

Par rapport à mon futur bébé je n’ai jamais vraiment eu d’angoisses. Bien entendu j’ai quand même eu un peu peur que la dépression m’empêche de m’occuper correctement de ma fille même si je m’en sentais parfaitement capable. J’ai peut-être eu quelques craintes par rapport à ma vie qui allait connaître de grands changements mais c’est le propre des femmes enceintes je pense.

 

 

La fatigue m’a beaucoup gêné. Le premier trimestre j’étais sans cesse épuisée. J’avais besoin de faire la sieste en début d’après-midi et le soir je m’endormais avant 22h, moi l’oiseau de nuit insomniaque. J’ai dû rapidement cessé le sport à cause de ça. Et bon un gros bidon c'est ultra encombrant, de profil on ne peut plus se faufiler comme une souris et en fin de grossesse mettre ses chaussures c’est presque mission impossible.

 

La longue liste des interdits alimentaires m’a bien gonflé, après 10 ans de privation se voir imposer d’autres privations c’est juste pénible.

 

Pendant ma grossesse j’avais cette impression de détester d’être enceinte mais finalement une fois l’accouchement passé je me suis rendue compte que j’avais adoré être enceinte, de sentir mon bébé dans mon ventre bien au chaud et protégé. Ma grossesse a été un peu gâchée à cause de mes angoisses vis-à-vis de mon poids.

 

 

As-tu eu besoin de contrôler ton corps pendant ta grossesse?

Non. J'ai lâché prise complétement. Du moment que j'ai su que j'étais enceinte j'ai décidé de remanger normalement pour le bien être de mon bébé. Je me suis dit que je verrais après, il n’y avait que 9 mois à tenir.

 

 

As-tu eu peur d'une perte de maîtrise ou d'emprise sur ton corps?

J'ai eu peur de grossir plus que de raison. Finalement mon corps a très bien gérer, je sais maintenant que je peux lui faire confiance.

 

Mais j’avais cette crainte que la grossesse détruise la silhouette que l'anorexie m'avait donnée et qui été toujours mon idéal.

 

78021567.jpg

 

 

Es-tu arrivée à accepter ton nouveau corps? Ta nouvelle image? Si oui, comment?

Je ne dirais pas que je l'ai accepté mon nouveau corps je l'ai supporté et toléré.

 D'une part je n'avais pas le choix, il fallait faire avec alors au lieu de se battre dans le vide autant essayer d'arrondir les angles. Je me suis battue pour continuer à m'habiller dans le style que j'aimais ce qui n’est pas forcément simple car avec les fringues de grossesse on tombe très vite dans le style mémère. J'ai continué à prendre soin de moi: maquillage, soin, coiffeur. Je me suis chouchoutée. J’ai évité les miroirs de pleins pieds, à quoi bon se faire du mal ?

 

 

Comment percevais-tu le regard des autres sur toi? 

J'ai découvert que même avec un gros ventre et des kilos en trop, on pouvait être sexy dans les regards des hommes.

 

Les femmes par contre sont chiantes "fais attention" "mange pas ça" "si tu prends trop poids tu vas le regretter"…j’avais juste envie de leur dire de la fermer.

 

 

Comment as-tu perçu ta féminité au cours de ta maternité?

Au début j'avais l'impression d'être une grosse baleine. Puis j'ai fini par apprécier mon décolleté, prendre une taille de bonnet et avoir des seins ça change. Mais finalement je me suis toujours sentie féminine. D'ailleurs même dans les pires moments de l'anorexie je n'ai jamais eu aucun souci par rapport à ma féminité.

 

 

As-tu ressenti le fœtus comme un corps étranger?

Au début oui. Mais je pense que ce n'est pas à cause de l'anorexie. C'est une expérience bizarre d'avoir un petit être qui se développe dans notre ventre. Quand ma fille a commencé à bien bouger, je ne l'ai plus considéré comme un corps étranger.

 

 

As-tu eu des sentiments d'agressivité envers le fœtus pendant ta grossesse?

Jamais, j’avais seulement hâte d’arriver à la fin pour prendre mon bébé dans les bras et retrouver un corps « normal ».

 

 

As-tu eu un sentiment de culpabilité envers ton bébé?

Jamais

 

 200353956-001.jpg

Qu'est-ce que ta grossesse t'a apporté de positif?

J'ai été contrainte de remanger pour le bien être de bébé, donc j'ai reréglé mon alimentation et maintenant j'ai une relation plus saine avec la nourriture. Je mange ce que j’ai envie quand j’ai envie ce qui évite une trop grande frustration qui auparavant se terminait en compulsion.

 

J'ai appris à avoir un autre regard sur mon corps, beaucoup plus indulgent et je me suis rendue compte que les courbes féminines n’étaient pas le mal incarné. En plus maintenant je me vois presque comme les autres me voient et ça fait du bien.

 

J'ai enfin terminé quelque chose aussi...avec l'anorexie et la dépression il y a de nombreuses choses dans ma vie que je n’ai pas pu terminer. Pour le coup la grossesse je n’avais pas le choix.

 

 

Quels ont été les moments marquants de ta grossesse?

 

êtrMon test de grossesse positif. J'ai été super contente sur le coup puis j'ai eu un grand coup de panique.

 

Mes échographies qui rendaient ma grossesse concrète. J’ai sauté de joie quand j’ai su que j’attendais une fille.

 

Mon accouchement, les contractions ça fait ultra mal et mon accouchement a duré une vingtaine d’heure (merci à ma maman qui m’a soutenu jusqu’au bout !) mais voilà une fois ma fille sur mon ventre j’ai mis de côté les heures difficiles. J’étais tellement heureuse et puis je me suis sentie d’un coup maman.

 

 102382988.jpg

 

Une fois que tu as accouché, comment te sentais-tu? Comment as-tu perçu ton corps?

Je me sentais super bien. Mais au début j'avais peur de la mort subite du nourrisson, j’allais régulièrement voir ma fille dormir pour voir si tout allait bien. Je regrettais presque qu’elle ne soit plus bien en sécurité dans mon ventre. J'ai été pressée de rentre à la maison car la maternité c'était l'horreur par moyen de se reposer et puis on est toujours mieux chez soi.

 

J’ai eu un peu coup de blues le 3 ème jour d’hospitalisation, j’avais juste envie rentrer chez moi. J’ai d’ailleurs dû me battre un peu avec ma psy qui voulait me garder quelques jours de plus et me remettre sous médicaments alors que tout allait bien.

 

Je me suis sentie heureuse de vivre comme jamais je ne l'avais été.

 

Mon corps j'ai fait avec. J'ai bien apprécié la poitrine généreuse qui allait avec l'allaitement. J'ai perdu assez rapidement mes kilos sans faire d'effort particulier. Mais j'avais hâte de retrouver mon ventre plat et mon 36, même quand les TCA vont mieux, il y a des restes. Peut-être qu’un jour je m’en ficherais de ma silhouette. Mais en tout cas le petit reste de TCA ne m’empêche pas de vivre.

 

 

Peux-tu en quelques lignes me parler de ton présent, de ton rôle de maman?

 

Aujourd'hui ma fille a presque 17 mois. Elle m'émerveille tous les jours. 

 

 

J'avais peur que la dépression repointe son nez. J'ai eu peur quand j'ai eu mes premiers coups de blues et je me suis rendue compte que c'était passager. L'anorexie va beaucoup mieux, je ne mange probablement pas normalement mais après c'est quoi manger normalement? Je ne me laisse plus mourir de faim, je n'ai plus envie de vivre pour l'anorexie. J'ai retrouvé une relation plus saine avec la nourriture, je me fais plaisir et je ne culpabilise pas trop. Grâce à cela je ne fais quasiment plus de compulsion et je vois le résultat sur mon poids qui est plus bas qu'avant ma grossesse. Je reste quand même vigilante car l'anorexie est une drogue. 

 

 

Mais maintenant le centre de ma vie c'est ma fille et non plus l’anorexie. Ma fille  illumine mes journées. Etre maman c'est fatiguant mais c'est un magnifique "métier". Je me sens enfin dans mon élément et j'ai l'impression de servir à quelque chose. Comme pour le moment je suis maman au foyer je m'occupe beaucoup de ma fille, j'aime bien jouer avec elle et l'éveiller. On sort aussi beaucoup, par exemple on va le jeudi à ludothèque ça permet de voir du monde. J'ai décidé de mettre ma fille à la crèche le mercredi après-midi pour qu'elle se sociabilise et ça me permet d'avoir un peu de temps pour moi.

 

Sinon je continue à  m'occuper de mon blog qui traite des TCA afin d'aider les autres malades. D'ailleurs ces derniers mois c'est souvent que des tcaciennes enceintes me contactent pour avoir de l'aide et du soutien. Je reste toujours surprise de l’audience que peut avoir mon blog. On m’écrit souvent pour me dire qu’il est positif et qu’il est une bonne source d’aide. On m’a même dit qu’il devrait être remboursé par la sécu0 Ça fait plaisir à entendre car bien souvent je n’ai pas l’impression de faire quelque chose d’exceptionnel.

 

 78366799.jpg

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Eixerona - dans TCA & Grossesse