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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

5 novembre 2006 7 05 /11 /novembre /2006 18:28

 

 

Amélie Nothomb, Biographie de la faim

 

 

« C’est un homme à qui l’on joue un sale tour : on lui imposa l’obsession de bouffer et, quand il en fut bien atteint, on le mit au régime jusqu’à la fin de ses jours. Mon pauvre père connut ce soir absurde : la contrariété est son lot.

 

Il mange à une rapidité effrayante, ne mâche rien, et avec une telle angoisse qu’il semble n’y prendre aucun plaisir. »

 

«  La faim fut lente à mourir au creux de mon ventre. Son agonie dura deux mois qui me parurent un long supplice. La mémoire fut autrement facile à mettre au pas.

 

Après deux mois de douleur, le miracle eut enfin lieu : la faim disparut, laissant place à une joie torrentielle. J’avais tué mon corps. Je le vécus comme une victoire époustouflante.

 

[…] L’anorexie me fut une grâce : la voix intérieure, sous-alimentée, s’étaie tue […] je n’éprouvais plus rien.

 

Ce mode de vie janséniste – rien à tous les repas du corps et de l’âme - me maintenant dans une ère glaciaire où les sentiments ne poussaient plus. »

 

«  Plus je maigrissais, plus je sentais fondre ce qui me tenait lieu d’esprit.

 

Ceux qui évoquent la richesse spirituelle des ascètes mériteraient de souffrir d’anorexie. Il n’est pas meilleure école du matérialisme pur et dur que le jeûne prolongé. Au-delà d’une certaine limite, ce que l’on prend pour l’âme s’étiole jusqu’à disparaître.

 

Cette misère mentale de l’être dénutri est si douloureuse qu’elle peut susciter des réactions héroïques. Il y a là autant d’orgueil que d’instinct de survie […] l’ascèse n’enrichit pas l’esprit. Il n’y a pas de vertu aux privations. »

 

« A présent que je ne mangeais plus, j’étais d’une activité physique et mentale intense. J’avais vaincu la faim et je jouissais désormais de l’ivresse du vide.

 

En vérité, j’étais au paroxysme de la faim : j’avais faim d’avoir faim. »

 

«  A quinze ans et demi, une nuit, je sentis que la vie me quittait. Je devins un froid absolu.

 

Ma tête accepta.

 

Il se passe alors une chose incroyable : mon corps se révolta contre ma tête. Il refusa la mort.

 

Malgré les hurlements de ma tête, mon corps se leva, alla dans la cuisine et mangea.

 

Il mangea dans les larmes, car ma tête souffrait trop de ce qu’il faisait.

 

Il mangea tous les jours. Comme il ne digérait plus rien, les douleurs physiques s’ajoutèrent aux douleurs mentales : la nourriture était l’étranger, le mal. Le mot « diable » signifie : « ce qui sépare ». Manger était le diable qui séparait mon corps de ma tête.

 

Je ne mourus pas. J’aurais préféré mourir : les souffrances de la guérison furent inhumaine. La voie de la haine que l’anorexie avait chloroformée pendant deux ans se réveilla et m’insulta comme jamais. Et il en allait ainsi chaque jour.

 

Mon corps reprit une apparence normale. Je le haïs autant que l’on peut haïr.

 

Je lus La Métamorphose de Kafka en écarquillant les yeux : c’était mon histoire. L’être transformé en bête, objet d’effroi pour les siens et surtout pour soi-même, son propre corps devenu l’inconnu, l’ennemi.

 

A l’exemple de Grégoire Samsa, je ne quittai plus ma chambre. J’avais trop peur du dégoût des gens, je redoutais qu’ils m’écrasent. Je vivais dans le fantasme le plus abject : j’avais désormais le physique ordinaire d’une fille de seize ans, ce qui ne devait pas être la vision la plus térébrante de l’univers ; de l’intérieur, je me sentais cancrelat géant, je ne parvenais plus à en sortir qu’à sortir. »

 

 

 

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Published by Lyla - dans Extraits et citations