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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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°~°~° Bienvenue °~°~

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

4 décembre 2005 7 04 /12 /décembre /2005 12:44

Hélène, seule chez elle, ouvre le réfrigérateur. Mains qui tremblent, cœur qui bat trop vite, langue collée au palais. Hélène a peur, Hélène a la nausée ; comme au-dessus d’un précipice, elle se penche dans le frigo, regarde, scrute.
 
Il est tard, impossible de trouver le sommeil. Si longtemps, dans son lit, elle a remâché les tensions de la journée, les frustrations, les espoirs…Vie quotidienne. Hélène sait qu’elle ne s’endormira pas ; elle désire tellement cet abandon, cette absence, cet oubli de tout…Il faudrait avaler « quelque chose »…un petit cachet, juste pour s’apaiser…Ou bien…Ou bien abandonner encore une fois le combat, s’avouer vaincue avant même la bataille engagée, capituler…Capituler ! Prendre la tête, retomber dans l’esclavage du corps, des désirs, volonté bafouée, encore une fois dégringoler dans l’abîme, s’abîmer dans la bouffe, encore une fois se détester, s’avilir, se maudire et se vomir.
 
Hélène ne décide rien. Sans pensée, elle reste là, plantée devant l’objet du délit. « Juste un morceau de fromage », se dit-elle hypocritement. Lentement, elle avale, lentement elle rumine, lentement elle amorce la chute. Le morceau devient totalité dans son estomac, vite suivi d’autres fromages, puis des yaourts, des restes de poulet trempés dans un vieux pot de mayonnaise…Passage au sucré : biscottes au miel avec un grand bol de thé - ça aidera pour la suite -  biscuits de la petite, petits pots de bébé avec de la crème fraîche, tablettes de chocolat…A nouveau du salé : une boîte de sardines, une boîte de pâté…Le pain rassi n’échappe pas au carnage…Panique…Quoi d’autre ? Une omelette à la confiture…Il n’y a plus rien, rien, rien…Le mot résonne, immensément vide, vertigineux…Plus rien.
 
Hélène enfile un manteau sur son pyjama. Les stations-service attendent, la nuit, avec leurs boutiques à toute heure. Hélène fait provision, humiliée, coupable : qui viendrait acheter, en pleine nuit, des gâteaux, du beurre et du chocolat, si ce n’est quelqu’un comme elle, une faible comme elle, une ratée, une accro de la boustifaille ?
 
Incapable de regarder le jeune homme en face, fuyant ses yeux, elle paye et court à la voiture. Avant même de mettre le moteur en marche, elle poursuit son cauchemar, son espoir, son suicide : elle bouffe !
 
De retour chez elle, tout est déjà englouti. Un litre d’eau chaude, pris directement au robinet, suivra le même chemin. Hélène a mal, Hélène a peur. Difficile de soulever ce ventre distendu, prêt à craquer ; difficile de se mouvoir, respiration bloquée, coincée, paralysée, étouffée par cet immense estomac qui tient toute la place, qui envahit, qui déborde. Péniblement, comme une vieille, Hélène se lève, transporte son ventre déformé jusqu'aux toilettes, se plonge les doigts dans la gorge afin d’annuler cette folie, de la nier, de la rejeter, de l’oublier.
 
La nourriture ressort en jets violents, ignobles. Tièdes vagues déchaînées, les flots d’aliments remontent de l’œsophage, repassent par la bouche et vont se précipiter avec fracas dans la cuvette.
 
Lorsque les vomissements deviennent moins spontanés, lorsqu’il faut les arracher, Hélène s’affole : « En reste-t-il encore beaucoup ? Et le chocolat ? C’est le plus dur à sortir…Il faut continuer, c’est trop, je dois tout sortir. »
 
Alors elle force…Un peu de sang coule de sa bouche plus le nez aussi se met à saigner. Splatch…Splatch…Les gouttes s’écrasent, étoiles rouges sur ciel ombragé. « Encore un effort »…Encore un effort, encore un effort…depuis dix-huit ans Hélène fait encore un effort.
Exténuée, elle nettoie la cuvette, le sol maculé de bave et de vomi, elle se lave les mains, la bouche, les dents. Elle frotte, frotte pour supprimer toute trace d’odeur, elle gratterait si elle le pouvait. Hélène va s’allonger. Une fois la chasse tirée, les calories sont parties mais la honte demeure ; impossible de vomir la honte, impossible de l’extirper de soi, impossible de la décoller.
 
Elle a pris soin de se peser : cinquante et un kilos, comme avant…Bon…Dégâts limités pour cette fois encore, mais la prochaine…Et les autres ?...
 
Hélène pleure sa volonté anéantie, elle pleure sur ce corps qui la torture et qu’elle martyrise, elle pleure sa propre incompréhension. Et toujours ces questions : « Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je fais ça ? Pourquoi est-ce que je ne suis pas normale ? Combien de temps ça va encore durer ? Jusqu’à ma mort ? »
 
Hélène a peur. Peur d’être seule, peur des autres, peur de mourir, peur de vivre. Elle ne sait  plus très bien si son corps existe encore.
 
Prostrée, elle observe sans pitié cette chair envahissante, encombrante…Elle voudrait tout arracher.
 
Pourtant, depuis quelques années, elle réalise la stupidité de sa hantise : elle n’est pas grosse…Obsession sans fondements…Ses copines l’envient : « T’as de la chance, tu peux manger, tu restes mince ! »…Si elles savaient ! Son ami la trouve même un peu maigre ; elle a eu des tas d’amants, elle plaît aux autres, elle a un bon boulot, une ravissante petite fille…Et pourtant…Et pourtant, comme à l’âge de quatorze ans, elle voudrait sentir ses os, elle voudrait se voir plate, décharnée, musclée, sans une ombre de graisse, sans cette chair tremblante, si commune aux femme…Comme à quatorze ans…C’est à cette époque, semble-t-il que tout à commencé.
 
Françoise Laurent, Quelque chose dans le ventre

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Published by eixerona - dans Extraits et citations