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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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°~°~° Bienvenue °~°~

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

20 novembre 2005 7 20 /11 /novembre /2005 23:58

Nous étions en janvier et il y a eu une grosse vague de froid. Mon demi-frère est venu nous rendre visite avec sa petite amie. Mes parents sont partis avec eux pour un week-end de trois jours. Je suis restée à la maison  pour travailler avant la reprise des cours. Ca a recommencé comme si ça n'avait jamais cessé. Je suis rentrée à la maison un soir après avoir passé l'après-midi à la bibliothèque, suis allée dans la cuisine, ai posé mon sac parterre et me suis dirigée vers le placard - le fameux placard, près de la porte, où étaient tous les aliments interdits -, je l'ai ouvert, ai pris les céréales, m'en suis versé un bol et ai commencé à manger.

J'ai mangé jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place. Affreusement ballonnée, je suis allée aux toilettes, ai vomi tripes et boyaux, me suis lavé la figure et les mains et suis remontée dans la cuisine. Il a dû s'écouler un certain temps parce que, dehors, la nuit était complètement tombée. J'ai allumé la lumière, une lumière éclatante sur les murs jaunes. Le reste de la maison était plongée dans l'obscurité. Dans la cave, les chiens pleuraient pour sortir. Debout devant le comptoir, je ne voyais rien, n'entendais rien, m'enfournant des poignées de céréales dans la bouche, en pilotage automatique. Quand j'ai été à court de céréales, je suis passée au pain, ai préparé des oeufs, terminé les restes, dévoré la glace et les crackers. De temps à autre, je m'arrêtais pour aller vomir dans le noir. En remontant à la cuisine, je titubais et me cognais contre les portes et les murs qui surgissaient à des endroits étranges. J'ai attaqué la soupe que mon père m'avait préparé pour le week-end. J'ai vidé toute la casserole et je suis allée vomir - nouilles entières, carottes, petits pois, morceaux de poulet inondent la cuvette, éclaboussent les murs, tournoient quand je tire la chasse.

Vers minuit, j'avais mangé tout ce qu'il y avait dans la maison, mis à part le marmelade de citron vert qui se trouvait au fond du frigo depuis toujours. Je n'ai pas mangé la nourriture pour chien, même si j'y ai pensé. Brusquement, je me suis souvenue qu'il fallait que je les fasse sortir. Je leur ai donné à manger, ai attrapé mes clefs de voiture: il fallait que j'aille au supermarché pour racheter tout ce que j'avais mangé, sinon ils allaient s'en apercevoir.

Je n'ai pris ni manteau, ni bonnet, ni gants. Je suis sortie de la voiture, frigorifiée, essoufflée, étourdie, et suis entrée dans le magasin. Les lumières étaient aveuglantes. Les yeux plissés, j'avançais dans les rayons avec mon chariot, essayant désespérement de me rappeler ce que j'avais mangé. Je n'avais plus aucun souvenir de ce qui s'était passé, sauf que j'avais ouvert le frigo pour la millionième fois et m'étais aperçue avec horreur qu'il était vide. Je ne me souvenais pas de ce qu'il y avait dans les placards. Je ne me souvenais même pas avoir jamais vu mes parents manger. J'errais dans les rayons. J'ai lu plus tard que ce genre d'amnésie est souvent le signe d'une rupture gastrique. Tout d'un coup, je me suis retrouvée à la caisse avec un chariot rempli à ras bord. J'ai payé, mis les sacs dans la voiture, et suis sortie du parking.

Je n'avais aucune idée de la route à prendre pour rentrer à la maison. J'ai paniqué. Il fallait que je mange des tas de chose très vite. J'avais besoin de me remplir la bouche, de mastiquer quelque chose de salé. Je me suis garée sur le bas-côté, me suis précipitée sur le siège arrière, ai fouillé dans les sacs. Finalement, je suis tombée sur un paquet de chips. Je suis retournée m'asseoir, l'ai déchiré, ai enfourné une poignée dans ma bouche. J'ai repris le volant et conduit au hasard jusqu'à ce que je reconnaisse une route qui m'a ramenée à la maison.

Arrivée dans la cuisine, j'ai déposé les sacs sur la table, sur le comptoir, par terre, et j'ai recommencé à manger. Je me suis préparé des muffins aux myrtilles pendant que je dévorais tout ce qui me tombait sous la main. Je me suis précipitée aux toilettes, voulant désespérement me débarasser de la sensation de plein. J'ai vomi, suis remontée dans la cuisine en courant, voulant à tout prix retrouver le plein. J'ai mangé jusqu'à ce que toute la nourriture ait disparu. Toute. Disparue.

J'ai levé les yeux de mon bol vide et aperçu mon reflet dans la vitre noire au-dessu de l'évier  - un visage bouffi, hideux. Je me suis penchée et ai vomi. J'ai mis le broyeur en route, rincé l'évier. Eteint la lumière de la cuisine, cherché la rampe de l'escalier à tâtons. J'étais presque arrivée en bas quand j'ai senti une apesanteur envahir mon corps. L'obscurité est devenue plus épaisse. Je suis tombée en avant, engloutie dans un trou noir.

Marya Hornabacher, Piégée

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Published by eixerona - dans Extraits et citations