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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

27 octobre 2005 4 27 /10 /octobre /2005 23:00

 

L'anorexie en vedette sur Internet

En moins de deux ans, c'est une véritable explosion : des américaines anorexiques (et fières de l'être), vantent sur le Net l'absolue maîtrise de leur corps, le vertige de maigrir sans limites, et diffusent tous les conseils pour jeûner et tromper la faim. Enquête sur un phénomène qui affole médecins et thérapeutes. Par Elisabeth Alexandre

« Dying to be thin » (mourir pour être mince), “starving for perfection” (s'affamer pour être parfaite), “I love you to the bones” (je vous aime jusqu'aux os)...Depuis 2001, les sites Internet pro-anorexiques (« pro-ana » en américain) sont apparus, créés et animés par des jeunes femmes, et quelques hommes, souffrant de troubles alimentaires graves. Sous des présentations différentes, ces sites diffusent les mêmes prises de position : « l'anorexie est une façon de vivre, et pas une maladie ; nous ne voulons pas qu'on nous force à nous soigner ; nous n'avons pas envie de guérir ; nous sommes anorexiques et fières de l'être ». La plupart s'ouvrent sur un avertissement : « si vous êtes mineure ou si vous avez l'intention de commencer une thérapie, n'entrez pas ! » Illustrés par des photos de top-modèles et d'actrices mincissimes, rendues encore plus filiformes par des trucages vidéo, ils édictent des règles et des professions de foi parfois ahurissantes : « Si nous n'êtes pas mince, vous n'êtes pas belle » ; « Etre maigre est plus important que d'être en bonne santé » ; « Ne pas manger est un vrai signe de pouvoir et de succès » ; « Chaque fois que tu mangeras, tu te sentiras coupable » ; « Tu feras tout pour cacher ton anorexie à tes parents et à tes amis »...

Ces sites diffusent des conseils dangereux : sucer des glaçons pour tromper la faim ; attacher un bonbon à un fil dentaire, avaler le bonbon et tirer brutalement sur le fil pour déclencher un vomissement. Ils sont presque tous reliés à une page « mémorial », où figure les noms des filles mortes d'anorexie au cours des années précédentes. Sur les forums, des jeunes se connectent pour échanger des confidences souvent poignantes. Vu sur « Anorexic Nation » : « Après 56 heures sans rien manger du tout, j'ai fini par craquer sur une soupe de poulet. J'ai honte. Je ne suis qu'une grosse baleine immonde. Hier, j'ai loué une vidéo. Je ne peux pas la regarder. L'actrice est si mince et si belle qu'à côté d'elle, je me sens comme une merde. Je n'abandonnerai jamais... »

Depuis que le phénomène est sorti de la clandestinité, il y a peu près un an, il suscite une énorme campagne de presse. Thérapeute et journalistes s'unissent pour dénoncer la dangerosité du mouvement pro-ana dans une société où les troubles alimentaires explosent. Aux Etats-Unis, on estime qu'il y a 7 millions de femmes anorexiques. Les spécialistes constatent par ailleurs que les garçons commencent à être touchés par la maladie et que les symptômes démarrent de plus en plus tôt, aux alentours de 10 ans. Pour les thérapeutes, la fréquentation de ces sites peut influencer de jeunes personnes, romantiques, solitaires et mal dans leur peau.

Depuis la mort d'une amie anorexique, Janice Saunders, écrivain et mère de quatre filles, se consacre corps et âme à la lutte contre les sites pro-ana : « Ces sites fonctionnent comme des clubs privés. Ils procurent aux jeunes filles le sentiment d'appartenir à une élite et donnent une image de la perfection physique irréaliste et dangereuse. Ils renforcent la compétition entre anorexiques : c'est à celle qui sera la plus maigre, qui aura perdu le plus de kilos ou aura jeûné le plus longtemps. Ils minimisent les dangers de la maladie, font croire qu'on peut la contrôler grâce à la volonté. Des jeunes gens qui ne sont pas anorexiques vont sur ces sites pour trouver des régimes. Ils sont ensuite bombardés par des images de filles émaciées et par un discours prosélyte. Pour moi, c'est vraiment « très grave. »
Même son de cloche chez Abbie Natenshon, thérapeute basée à Chicago : « Contrairement à ce qu'affirment les sites pro-ana, l'anorexie n'est pas un choix. Une fois qu'on est tombé dedans, c'est comme une drogue, il est extrêmement difficile d'en sortir. Les filles qui vont sur ces sites cherchent une famille, un groupe qui leur donnera l'illusion d'appartenir à une communauté. » Oprah Winfrey, célèbre animatrice de télévision, considérée comme la femme la plus puissante des Etats-Unis, a sommé Yahoo de ne plus permettre l'accès à ces sites.

C'est dans cette ambiance passionnelle que nous décidons de contacter des usagères et créatrices de ces sites. Il ne suffit pas de dénoncer la dangerosité, il faut aussi comprendre pourquoi tant de jeunes filles éprouvent le besoin de clamer qu'elles sont fières de se détruire. Nous pénétrons dans des forums, postons des dizaines de messages, mais nous recevons toujours la même réponse : « Nous ne voulons pas de journalistes, surtout pas de la presse féminine : allez vous faire voir, occupez-vous de vos oignons ! » Les anorexiques du Web refusent de parler, semblent se crisper sur leur solitude. Nous continuons d'envoyer nos appels et nous finissons par entrer en contact avec Amanda, étudiante de 21 ans, qui fréquente quotidiennement un site ironiquement intitulé « Fat Like Me » (Grosse comme moi).

Amanda confirme l'isolement des anorexiques et la grande agressivité des internautes anonymes. « On se fait traiter de monstres, de gamines futiles obsédées par la mode. Quand j'ai été hospitalisée, des infirmières m'ont insultée, traitée de petite sotte superficielle. J'ai surfé sur des sites thérapeutiques, mais j'en ai été chassée parce que je parlais de calories et de kilos ; ce qui est strictement interdit par les psys. Les sites pro-ana sont d'abord un grand cri de révolte contre l'incompréhension des thérapeutes et du public.

Amanda souligne un point extrêmement important. « Aux Etats-Unis, nous vivons dans un contexte d'obésité. 65% de la population est en surcharge pondérale, 25% des femmes adultes sont obèses. Chez nous, vivre au milieu de gens débordants de graisse provoque un dégoût permanent. A cause du diabète, de l'hypertension, des maladies cardiovasculaires, l'obésité tue beaucoup plus que l'anorexie, et c'est pourtant nous qu'on hospitalise de force ! Les gros sont franchement hors normes, alors que nous sommes hypernormées. » Les propos d'Amanda expliquent en partie le malaise qui entoure l'anorexie. La jeune fille qui s'affame se soumet jusqu'à l'obsession morbide aux normes sociales, expose ainsi dans son corps le pouvoir d'aliénation de la société. Ce qui est frappant, c'est la tension extrême qui règne entre les trop maigres et les trop grosses. Plutôt que de s'unir, chacun se renvoie à la figure des clichés assassins : les grosses sont répugnantes et faible, les maigres, sottes et futiles.

Amanda s'oppose avec véhémence à la vision très négative que les médias américains donnent des sites pro-ana. « Ils sont très variés. La plupart offrent des connexions avec des sites d'informations et des trucs sans lesquels j'aurais ruiné ma santé. » Elle dit vrai. Beaucoup de sites, à côté de leurs aphorismes délirants, donnent des conseils de bon sens : ne pas prendre de laxatifs, compenser la perte d'électrolytes en consommant du potassium, se bourrer de vitamines et de calcium.

Amanda poursuit. « Je compare les sites à des programmes d'échange de seringue. On continue à se droguer, mais au moins, on n'attrape pas le sida. Ces sites permettent à beaucoup de filles isolées de trouver une communauté, d'apprendre à gérer leurs problèmes gastriques et osseux. On nous reproche de pousser les adolescentes dans la maladie. Or on n'apprend pas à cesser de manger ni à devenir schizophrène ! »

Si Amande s'estime plus ou moins guérie, tel n'est pas le cas d'Angela, créatrice sous le pseudonyme de « grave Angel » (ange de la tombe) du site « rien n'est meilleur qu'être maigre ». Après un échange de mails assez rugueux, Angela accepte finalement de nous recevoir chez elle, dans un coquet logement social de Buffalo, au nord de l'Etat de New York. Angela a 26 ans et elle est anorexique depuis l'âge de 10 ans. Lorsque nous la rencontrons, elle pèse 32 kilos pour 1.58 mètre. Malgré la chaleur qui règne dans son appartement, elle tremble de froid. Elle porte en permanence plusieurs pulls et des gants de laine pour tenter de réchauffer son corps dénutri. Elle est très jolie, mais son teint sans éclat, l'émail jauni et déminéralisé de ses dents témoignent d'un état de santé préoccupant. Toue la vie d'Angela est centrée autour de son anorexie et de son écran d'ordinateur, à côté duquel se dessèche une pomme coupée en tranches très fines.

Elle y décrit avec une précision fascinée l'inexorable délabrement de son organisme. « J'ai de l'ostéoporose, je perds mes cheveux, mon système digestif est foutu. Mes muscles sont constamment douloureux, je vois de plus en plus mal. Je ne veux pas mourir, mais je sais que je ne m'en sortirai jamais. J'ai ouvert mon site pour les filles qui, comme moi, ont abandonné tout espoir de guérir. Les anorexiques « amatrices », celles qui viennent sur mon site pour trouver des conseils de régime, je leur dis de ne pas entrer et je les renvoie vers des médecins. Vous savez, je ne mens pas : je dis que l'anorexie c'est l'enfer. »

Et de fait, sur les pages roses de son journal électronique, Angela décrit avec force la faim qu torture, l'obsession du corps que l'on passe son temps à toucher pour vérifier le relief des os, les vomissements qui épuisent, la voix cassée par les sucs gastriques qui brûlent la gorge, les laxatifs, les évanouissements sordides à côté de la cuvette des toilettes, les hospitalisations forcées.

Mais si l'anorexie est un tel enfer, pourquoi alors en tirer une telle fierté, pourquoi prétendre qu'elle est un choix ? La réponse est toujours la même : la solitude, la mauvaise qualité de la réponse thérapeutique. « Quand on n'a pas d'argent, quand on n'est pas prise en charge par une assurance coûteuse, on ne peut pas se soigner. On est envoyée dans des hôpitaux horribles. J'ai été hospitalisée 13 fois. Le pire, ça a été White Plains, à New York. On nous enfermait à 20 filles dans une pièce. Celles qui avaient le système digestif détruit se vidaient sous elles et on les laissait comme ça pendant des heures. On nous enfonçait de force des tubes dans l'estomac pour nous gaver avec une pâte hypernutritive. Je connais plusieurs filles qui n'ont pas survécu à ce traitement, qui ont fait des crises cardiaques en sortant de l'hosto. Quand j'ai été hospitalisée à White Plains, j'avais des copines anorexiques qui marquaient leur solidarité en perdant un kilo chaque fois qu'on m'obligeait à en prendre un. »

On touche ici à l'un des dangers dénoncés par Janice Saunders : l'émulation, la compétition entre filles, l'héroïsation de l'anorexie. Angela est coincée entre la haine qu'elle éprouve pour elle-même et l'orgueil qu'elle a d'être la star de son média, la plus maigre et la plus extrémiste, la plus fière et la plus désespérée.

Même si elle revendique son identité d'anorexique, Angela se considère comme une victime. Elle n'a pas de mots assez forts pour dénoncer le double discours d'une société qui promeut la minceur en stigmatisant les anorexiques. « On nous traite de criminelles, on menace de fermer nos sites Internet alors que la presse féminine est pleine de régimes miracles et de mannequins squelettiques. On ne voit que des maigres sur les podiums. Cette hypocrisie me répugne ! »

Maltraitée, mal soignée, aliénée par une image de la perfection qu'elle adore et que la tue, Angela n'a pas d'autre échappatoire que d'animer son site, de s'offrir en sacrifice sur l'autel de la modernité.

De retour à Paris, nous rencontrons la docteur Evelyne Pewzner, psychiatre. Pour elle, l'anorexie reste une énigme témoignant des contradictions qui sont au cœur de notre société. « Des recherches ont prouvé que lorsqu'un pays accède au mode de vie occidental, les cas d'anorexie apparaissent et se multiplient. On n'a jamais autant parlé de libération du corps, et jamais cette prétendue libération n'a été aussi contraignante. Même si l'environnement social ne suffit pas à expliquer l'anorexie, il règne dans nos sociétés un narcissisme, un souci de soi et une dualité corps/esprit qui ne peuvent que faire le lit de cette maladie . »

Si l'obésité se développe en France, si l'apparence physique continue à subir une tyrannie qui se cache derrière le masque de la liberté, s'il n'existe pas assez de réponses thérapeutiques, alors, il a fort à parier qu'apparaîtront ici aussi des sites pro-ana.

Dernière minute. Nous apprenons qu'Angela a décidé de guérir, qu'elle ne veut plus être le petit Ange de la tombe. Elle a fermé son site. Courage, Angela...



Elisabeth Alexandre, Marie Claire, Juin 2003

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Published by eixerona - dans Revue de presse