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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
La norme inscrite dans le corps : la blessure nommée anorexie

Michela Marzano-Parisoli
http://elvir.univ-poitiers.fr/article.php3?id_article=1003

« Ce corps qui est mien. Ce corps qui n'est pas le mien. Ce corps qui est pourtant le mien. Ce corps étranger. Ma seule patrie. Mon habitation. Ce corps à reconquérir. Cette fatigue. Cet écrasement. Cette broyance de la vie qui résiste. Cette broyance du corps qui ne peut ni vaincre ni capituler. »

Jeanne HYVRARD. La Meurtritude
.


Enfermée dans un cauchemar fait de silence et de faim, elle me regarde avec des yeux trop grands. Elle n'a pas encore les mots pour le dire. Mais elle laisse son corps parler d'une blessure. Blessure cachée. Blessure niée. Blessure infligée.

Blessure incompréhensible, car personne ne l'oblige à rester dans une cage. Tandis qu'elle ne peut pas sortir, la porte ouverte offre la liberté d'un monde ordonné par des règles humaines. Mais son monde à elle a ses propres normes. Intransigeantes. Autant que sa faim violente qui ne la laisse pas dormir la nuit.

Son corps est sa norme. La dureté de ses os, dernier bastion impénétrable, nous rappelle les épouvantes de Dachau et de Buchenwald - les lieux où les déportés avaient perdu leur parole. Elle aussi a perdu sa parole. Mais personne ne veut la croire. Car la déportation est sa patrie adoptive. Et elle en est la seule responsable.

Elle est sa loi. Elle est son gardien. Son corps est sa prison.


Après avoir fait leur apparition dans les sociétés industrielles et riches du siècle dernier (Brumberg 1997), les désordres alimentaires ont connu une poussée tragique surtout dans les années 80 et 90 du xxe siècle (Fombonne 1995 ; Turnbull 1996), parallèlement à un nouvel élan de la diffusion de l'idéologie qui veut que la minceur soit indispensable à la réussite(1). Dans ce contexte, bien que apparemment le premier but des anorexiques soit la minceur effilée, conçue comme le seul moyen qu'elles se donnent afin d'être socialement acceptées, le phénomène anorexique exprime, dans son tragique extrême, l'illusion que le corps puisse devenir un moyen au service des normes. Car, en incarnant la norme du contrôle, le corps anorexique devient le théâtre où le symptôme s'amuse à jouer la comédie de la mort.

La nosologie internationale, dans sa froide objectivité, décrit l'anorexie comme une pathologie parmi les autres, en se référant simplement au comportement alimentaire sans se soucier de la personne et sans rien dire du drame que les anorexiques vivent chaque jour (2). La critique féministe, dans son élan idéologique, se limite à souligner l'inscription sur le corps féminin des normes culturelles et patriarcales des sociétés occidentales, sans se soucier d'interroger le fait que la norme anorexique est souvent le fruit du rejet de la société et de ses produits séduisants (Orbach 1986 ; Bordo 1993). La psychanalyse, enfin, dans son espoir de soulager la souffrance, cherche un repère dans le non-dit des dynamiques familiales, dans les secrets de famille, dans le refus de la sexualité3.

Et, cependant, l'anorexie échappe à toute classification. Elle est à la fois une pathologie et un mode de vie, une acceptation des normes des autres et un refus de toute interférence, une souffrance continuelle et une jouissance narcissique. Car l'intransigeance de la norme qui s'impose aux anorexiques (elle s'impose à ses victimes tout en étant construite par elles), et qui se présente comme un nouvel impératif

catégorique, s'accompagne toujours de la volupté et du plaisir d'être

capable de s'y soumettre.

La norme anorexique est un jugement qui ne tolère pas d'exceptions : il n'y a pas de pardon pour celle qui cède ; il n'y a pas d'effacement de la faute si faute a été commise.

Mais de quelle faute s'agit-il ? Je m'interroge sans comprendre, en même temps qu'elle me regarde, toujours plus petite, toujours plus transparente.

La faute est de vivre et de ressentir. La faute est de désirer. La faute est d'avoir faim.

« Si j'étais un ordinateur, je serais libre » - elle lance ces mots sur mon visage. Je voudrais me défendre, mais je ne suis pas capable de le faire, car leur violence a la puissance d'un couteau. A ses yeux grands ouverts, je pèche car je mange. Je pèche car je ressens. Je pèche car je ne suis pas capable de me donner ses normes et de combattre mon corps et ses besoins.

Mais, moi, je suis libre. Libre de me payer le plaisir d'un gâteau. Libre de recevoir le vent sur mon visage. Libre de chercher les caresses d'un homme. Libre de me pardonner quand je me trompe, de me consoler quand j'ai sommeil, de prendre du repos quand je suis fatiguée. De désirer quand je désire.

« Quelle est ta liberté visant un but suicidaire ? » A mon tour, c'est moi qui la questionne. Je suis même énervée par sa force désespérée. Par ses os. Par sa dureté. Par son corps-prison. Par son contrôle absolu. Car sa norme à elle est en train de la tuer, et elle ne veut pas le voir.
Les gens ont peur des anorexiques. Leur corps émacié est un signe de l'inéluctable. De la mort. De la défaite. Jamais autant d'ambiguïté n'a entouré une pathologie. Jamais autant de haine et de pitié. Il dérange les bonnes personnes d'assister au rituel du repas des anorexiques. Il les dérange, car la nourriture est la vie. Et la vie se doit d'être joyeuse. L'anorexie est le visage caché de notre impuissance et de notre rêve de contrôle (Le Barzic & Pouillon 1998). Car, en réalité, presque tout le monde aime le contrôle et passe sa vie à justifier ses chutes. Nous sommes tous pris dans un cercle qui justifie l'exercice du contrôle au nom du désir qui est bon, tout en justifiant les défauts inévitables de contrôle par le même « bon » désir. Dans une société marquée par le fantasme de combler tous les besoins et, en même temps, de contrôler toute défaillance, le refus de nourriture oppose un démenti absolu, un contrôle radical qui échappe à tout contrôle.

L'anorexique nous enseigne que le désir est le mal. Elle nous montre sa norme par son corps sacrifié à l'autel du contrôle. Elle est le visage d'un impératif catégorique qui sans explication nous oblige à la négation de nos passions.

Elle ne veut pas être comme sa mère. Mère-maison. Mère-foyer. Mère-nourriture. Le refus de sa faim est un refus d'une vie ordonnée par l'extérieur. Par la règle des autres. Par la loi d'une mère qui n'a pas su comprendre, ni combattre. Une mère qui n'a pas su être à la hauteur du père. Elle veut sa loi à elle, même si sous le refus de sa féminité il se cache une prison faite d'un corps sans désir ; même si sous la tentative d'incarner la loi du père, se cache une norme qu'aucun père ne voudrait recommander.

Bien que, étymologiquement, le mot « anorexie » désigne l'absence de faim, en réalité les anorexiques sont quotidiennement tourmentées par la faim, qu'elles ne peuvent accepter. Elles ont une peur atroce d'être surmontées par le désir de la nourriture, qui est perçu comme un étranger pouvant détruire leur corps et leur vie. Elles se caractérisent par une hantise infinie de perdre le contrôle et d'être ainsi bannies par une société qui est aujourd'hui régie par l'emprise du contrôle.

On dit souvent que l'anorexie naît quand on est comblé avant même de pouvoir désirer. On dit que c'est la faute à la mère. On parle de l'absence du père. Mais on oublie souvent le vide qui construit la vie des anorexiques.

En réalité, le désir existe. Chez les anorexiques, c'est la recherche d'amour qui pousse à l'action destructive. Un amour tellement infini que les gens ont peur de l'écouter, de le donner, de le recevoir. C'est alors que la norme s'impose : « Tu n'auras besoin de rien ni de personne. » Et c'est alors que l'illusion s'accomplit. Car, afin de ne pas être rejetées, elles rejettent. Afin de ne pas être abandonnées, elles abandonnent. Afin de ne pas souffrir à cause du vide, elles s'entourent d'un abîme. Jusqu'à ce que le cercle soit bouclé. Sans retours. Jusqu'à ce que leur norme devienne la reine absolue d'un monde habité par des spectres.

Le refus de se nourrir exprime, dans ce contexte dramatique, l'illusion de ne plus dépendre des autres, de même que le rêve de fuir la douleur et l'abandon. Dans leur quête de perfection, les jeunes anorexiques arrivent à construire une cage à l'intérieur de laquelle leur corps devient un tableau noir où lire leur puissance/douleur, leur cadeau/punition, leur envie de quitter ce monde. Un monde à quitter afin de ne pas être détruites, quand, en réalité, elles se détruisent elles-mêmes (Lavanchy 1994). Elles refusent leur corps car leur corps est la source de tout besoin, la source de l'angoisse d'être au monde : elles ne veulent pas grandir (et donc occuper de l'espace) ni devenir femmes et changer (et donc occuper le temps). Elles visent un vide spatio-temporel qui ne peut pas se réaliser. Elles cherchent à fixer leur existence dans une image unidimensionnelle et virtuelle. Elles haïssent leur corps réel en tant que pierre de touche de leur faiblesse. Et, cependant, elles montrent une puissance et une force inhumaines : la force du désespoir, car ce n'est que le désespoir qui peut le pousser à mourir de faim.

Faim réglementaire. Faim chronique que les hommes libres ne connaissent pas. Faim qui s'installe dans leur corps. Faim oubliée.
Car elles n'ont pas le droit. Et leur corps le sait bien.


« Quand pourrais-je avoir le droit de manger un morceau de pain sans me sentir coupable ? Quand pourrais-je me coucher sans rêver tout le pain du monde ? »
Elle me regarde en pleurant. Elle voudrait une réponse. Comment pourrais-je lui expliquer que sa faim sera inextinguible tant qu'elle n'arrivera pas à l'accepter ?

Les anorexiques se sont elles-mêmes rendues malades à force de faire taire leurs émotions et leurs désirs dans l'espoir forcené d'imprimer la norme meurtrière du contrôle à leur corps et à leur appétit. Elles ont appris à vouloir ce que l'on doit, plutôt que ce qu'elles désirent. Et, cependant, le désir d'être toujours plus maigres n'implique qu'un désaveu continuel de leur propre réalité ; l'apparence devient leur étant intime ; le désir est massacré. En rêvant d'une vie sous le contrôle de la volonté, ces personnes perdent complètement la maîtrise de leur vie. L'idéal du contrôle, construit afin de modeler la réalité et de la transformer, aboutit à la destruction de la réalité en transformant le rêve proposé en cauchemar.


Bibliographie


American Psychiatric Association DSM III (1980), IV (1995), Masson, Paris, 1983, 1996.

Bordo S., Unbearable Weight. Feminism, Western Culture and the Body, Berkeley, University of California, 1993.

Bruch H., Eating Desorders, New York, Basic Books, 1973 ; L'Enigme de l'anorexie (1978), PUF, Paris, 1979.

Brumberg J. J., The Body Project : An Intimate History of American Girls, Random House, New York, 1997.

Célérier M.-C., « Anorexie mentale ou maladie d'emprise ? » Revue de médecine psychosomatique, 1990, 23, pp. 23-26.

Fombonne E., « Anorexia Nervosa », British Journal of Psychiatry, 1995, 166, pp. 462-471.

Freud S., Introduction à la psychanalyse (1916) Payot, Paris, 1965.

Lavanchy P. Il corpo in fame, Rizzoli, Milan, 1994.

Le Barzic M. Pouillon M., La Meilleure Façon de manger, Odile Jacob, Paris, 1998.

Orbach S., Hunger Strike : The Anorectic's Struggle as a Metaphor of Our Age, Norton, New York, 1986.

Palazzoli Selvini M., L'Anoressia mentale, Feltrinelli, Milan, 1963.

Steiner-Adair C., The Body Politic : Normal Female Adolescent Development and Eating Desorder, Harvard University Press, Cambridge (Mass.), 1987.

Turnbull S., « The Demand for Eating Desorder Care : an Epidemiological Study Using the General Practice Research Database », British Journal of Psychiatry, 1996, 169, pp. 705-712.



(1) C'est à la suite de cette poussée tragique des désordres alimentaires que l'on retrouve un certain nombre de travaux et de recherches sur l'anorexie et la boulimie. Parmi celles-ci, il faut sans doute citer la recherche empirique de Catherine Steiner-Adair, qui, en 1987, a publié une étude sur les étudiantes de la high school américaine en montrant le lien étroit qui existe entre les désordres alimentaires et la tentative d'imiter les femmes belles, indépendantes et épanouies qui sont proposées par les médias comme des wonderwomen. Mais les analyses les plus significatives sont les études psychologiques et psychanalytiques de Bruch (1979), Lavanchy (1994) et Palazzoli Selvini (1963), qui montrent que les anorexiques - dont l'incidence généralement admise est de 5 à 10 % dans la population à risque des lycéennes et étudiantes, et dont 95% sont de sexe féminin (Fombonne 1995) - sont surtout des personnes qui observent scrupuleusement les normes du contrôle.

(2) Ainsi, aux Etats-Unis, le Manuel de diagnostic et de statistique des troubles mentaux (DSM 1980, 1987, 1995) nous donne à propos de 1'anorexie toute une série d'éléments quantitatifs et descriptifs : poids corporel inférieur de 15 % au poids standard, absence de cycle menstruel, peur de grossir, troubles de la perception de l'image corporelle. Cependant, ce manuel ne fournit aucune analyse sur le fait que le regard anorexique sur le corps est le reflet immédiat d'une norme intransigeante à laquelle les anorexiques se doivent d'obéir.

Le symptôme anorexique est lu comme une solution parmi les autres aux situations conflictuelles. C'est pourquoi l'acte alimentaire symptomatique « a peut-être le droit d'être considéré comme un acte psychique complet, ayant son but propre, comme une manifestation ayant son contenu et sa signification propres » (Freud 1916, 241).

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Published by eixerona - dans Revue de presse