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Présentation

J'ai 29 ans.


Je suis jeune maman heureuse et épanouie.

 

 Je vais mieux depuis 3 ans

 

Le monde médical me considère guérie.


J'ai vogué entre anorexie restrictive et anorexie compulsive depuis mes 16 ans.

 

J'ai souffert également de dépression et de troubles anxieux.

 

La guérison est un chemin long et difficile, ce n'est pas une question de volonté.

 

Je n'ai jamais voulu être anorexique,je n'ai jamais cherché à être anorexique.

 

 

Pour m'écrire: eixerona@hotmail.fr 

 

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  Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite, ou mourir.

 Antigone Jean Anouilh

 


 
"Coucher par écrit mes pensées me libère et m'aide à supporter le quotidien, dans ce qu'il a précisément de plus insupportable"  

Jean Molla  

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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.

L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.  

Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort.

22 octobre 2005 6 22 /10 /octobre /2005 23:00
Durant mon enfance, j'étais une petite fille sage, studieuse et raisonnable. L'enfant rêvée en somme. Et pourtant ! Au fur et à mesure des années, l'image de la plaisante et lisse Vittoria s'est brisée et je suis tombée dans le cercle vicieux des TCA. J'ai d'abord été touchée par l'anorexie, puis j'ai basculé dans la boulimie. Et dans les deux cas, je me souviens que je me suis trouvée face à une très grande incompréhension de la part de mon entourage.

La vie d'une anorexique

Si je semble forte, c'est parce que je me bats continuellement contre moi-même et n'accepte aucun relâchement. Je veux absolument dompter et dépasser mes besoins. Toutefois, cette force n'est qu'une apparence car au fond de moi je suis envahie par de multiples peurs.

Si je m'écarte des gens, ce n'est pas parce que je me sens supérieure, mais uniquement parce que je crains les rapports humains qui me font trop souffrir. Si l'on me reproche de ne pas sourire ou d'être trop mûre, c'est parce j'ai déjà une vision très grave, voire très sombre de la vie.

Si je parais dure, ce n'est pas parce que je n'ai pas de cœur mais parce je suis complètement prisonnière de mes comportements obsessionnels (sport, régime draconien ...). Je le reconnais, je suis extrêmement orgueilleuse ; ainsi, personne ne sait que je me recroqueville pendant des heures sous ma couette, que je m'enfonce les poings dans la bouche pour ne pas faire de bruit en pleurant ou me balance doucement dans mon lit pour m'imaginer dans un autre monde où je ne souffrirais plus tant je ne trouve ma place nulle part.

Mon corps ayant été très longtemps résistant, je n'ai pas du tout conscience que je porte atteinte à ma santé. J'ai juste le sentiment d'être plus lucide et plus sensée que les autres personnes.

Par ailleurs, combien de fois ai-je entendu :

"Allons ressaisis-toi toi qui étais si raisonnable et si mature avant !" Pourtant c'est drôle, au début, ma grande volonté suscitait l'admiration. En outre, il est sûr que cela me blesse au niveau de mon ego, mais au lieu de me faire changer d'avis, cela me braque encore plus.

"Allez il faut arrêter ce comportement absurde et manger maintenant car nous nous faisons trop de soucis à cause de toi". J'ai alors le sentiment de gêner, voire de déranger par rapport aux autres membres de la famille.

"Mais pourquoi tu nous fais ça, tu n'es qu'une égoïste, est-ce que tu penses à nous au moins ?" Mais enfin vous ne comprenez pas que je ne maîtrise absolument rien. Si je persiste dans ma position, ce n'est pas que je suis contre vous et désire vous narguer, mais c'est parce que je suis entraînée dans la spirale infernale de la maladie et, surtout, de la culpabilité ? Par contre, j'admets que je désire devenir totalement "pure", mais il s'avère que ce contrôle sur mon corps me procure un sentiment d'autosuffisance, de sécurité et surtout l'impression d'être enfin "quelqu'un". Alors, quand on me traite d'égoïste, je suis estomaquée car moi j'ai justement l'impression que personne ne pense vraiment à moi et essaie de se mettre à ma portée.

"Mais tu ne penses qu'à toi, tu ne veux pas guérir de toute façon". Je réponds "oui" pour qu'on me laisse tranquille, mais en fin de compte je ne sais même pas ce que cela veut dire "guérir", étant donné mon état psychique. À l'idée de grossir et de prendre des formes, je panique complètement. Je ne veux pas rentrer dans ce monde d'adultes, mais rester à mon stade asexué. Par ailleurs, sachez qu'une bouchée d'aliments est à mes yeux un intrus qui s'infiltre dans mon corps et m'encrasse, et que chaque calorie est une ennemie pernicieuse qui me souille. Le fait de manger est donc une véritable torture mentale car source d'angoisses indescriptibles.

"Nous en avons assez de ton comportement puéril, à ton âge, on n'a plus de telles lubies !" C'est le comble : je suis perçue comme une personne qui veut attirer l'attention et qui fait un caprice alors que je suis complètement dépassée par ma situation.

"Mais, enfin, je ne te comprends pas, dire que toi tu as la chance d'avoir un toit sur la tête, un travail et que tu sais bien qu'il y a tant de gens qui eux meurent de faim sans le vouloir". Je sais bien tout cela, mais vous n'arrivez qu'à me faire culpabiliser davantage d'être finalement encore en vie !

"Tu sais nous avons eu des remarques des voisins, tu as trop maigri, il faut te ressaisir maintenant". Pourquoi voulez-vous que je guérisse ? Parce que les voisins ont fait une remarque sur votre responsabilité de parents ? Moi, ce que j'aimerais entendre, c'est par exemple "je me fais du souci pour toi", "j'ai mal de te voir décliner ainsi" ou "est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ?".

La vie d'une boulimique

Perdue dans le regard des autres, je me montre souriante et serviable, mais c'est en fait pour quémander une validation, un sourire et/ou un compliment qui me sortiraient un peu de ces sentiments envahissants et omniprésents d'être si insignifiante et si nulle.

Combien de fois ai-je entendu :

"Allons enfin arrête tout ça", alors que je suis envahie par un sentiment de vide immense et d'impuissance totale. Mon besoin de manger sans même avoir faim est une pulsion que je vis tel un envoûtement. Moi, l'ancienne ascétique, sèche et flegmatique, je suis devenue une furie. Telle une droguée, j'ai besoin de mes crises avec ma dose de nourritures pour pouvoir me défouler, et surtout ne pas "exploser" tant je vis sous pression dans la journée. De surcroît, je ne peux m'arrêter car j'ai trop longtemps vécu dans le secret, cachant mon mal à tous avec la peur que l'on vienne à le découvrir. J'ai beau limiter les dégâts avec le sport, les laxatifs, le jeûne et les vomissements, je suis écrasée par la culpabilité avec le sentiment de n'être qu'une menteuse et une tricheuse face au monde à force de paraître ce que je ne suis pas.

"Mais il suffit de faire preuve de volonté !" Alors que vous vous n'arrivez même pas à arrêter de fumer ou de boire votre petit verre ! Vous ne comprenez pas que je ne fais pas exprès, seules mes pulsions me gouvernent. A vrai dire, j'ai même l'impression d'être enfin moi-même durant mes crises car à ces moments-là, je ne porte plus le masque de la gentille Vittoria, et je me lâche enfin. J'exprime alors ma rage, ma violence et mes frustrations.

"Et dire que nous avons tant fait pour toi, qu'est-ce qu'il t'arrive". Un enfant n'est-il qu'un éternel redevable envers ses parents sous prétexte qu'ils l'ont mis au monde ? "Comment peux-tu me faire souffrir ainsi". Et moi si tu savais combien je souffre avec toutes ces idées noires qui me harcèlent au point de vouloir que tout cela cesse tant je ne me supporte pas et suis dégoûtée par mes pulsions et mon corps. "Tu ne nous aimes pas pour faire cela". Mais pas du tout, c'est MOI que je ne respecte pas et exècre.

"Bon ça suffit maintenant, je perds mon temps avec toi puisque tu ne veux même pas m'écouter ou discuter". T'écouter ou être de nouveau assénée d'ordres, de reproches et critiques négatives ? Discuter ou entendre un monologue ?

"Tu n'es qu'une insolente car tu ne daignes même pas me répondre". Répondre à quoi ? A force d'être d'emblée coupable, je suis incapable de la moindre discussion.

"Je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines ainsi alors qu'on fondait vraiment tant d'espoir sur toi". "Tu sais tu me déçois vraiment, je me suis pas sacrifiée autant pour en arriver là". Ne suis-je donc qu'un projet ou un investissement à tes yeux ?

"Allez fais-moi plaisir, et fais... va...". Je veux bien te faire plaisir car c'est mon désir le plus cher, mais jusqu'à quel point ? A force de vouloir te faire plaisir depuis ma plus tendre enfance, je ne sais même pas qui je suis ? J'ai beau faire mon maximum, j'ai cependant l'impression que je n'arriverai jamais totalement à te faire plaisir et être aimée inconditionnellement et pour ce que je suis.

"Tu ne veux même pas manger avec nous". Ce n'est pas du tout parce que je ne "veux" pas. En fait, je ne "peux" pas manger avec vous car j'ai vraiment peur de ne plus pouvoir me contrôler en public. Par ailleurs, je ne veux pas de commentaires sur tout ce que je mange. Pendant les repas, je ne veux surtout pas entendre parler de mes pires obsessions : la nourriture et mon poids. Je ne veux pas non plus que l'on me force à manger comme un bébé ou une oie. En ayant assez d'être surveillée, scrutée et espionnée durant chaque repas dans une ambiance tendue et stressante, je préfère nettement manger seule pour être sûre d'être tranquille.

"Oh mais tu es invivable !" "Tu n'as pas de cœur !" Si je ne manifeste pas mes émotions, c'est parce que je suis incapable de les gérer. Désirant tout contrôler, je garde tout en moi. Avec le temps, je refoule tant que je suis complètement exsangue terrassée par l'impuissance, la tristesse, la honte et le désespoir, comme au fond d'un trou ne voyant plus la lumière depuis un certain temps.

"Tu ne fais plus rien". "Tu deviens de plus en plus paresseuse". Je ne suis pas paresseuse, je n'ai tout simplement envie de rien. Je suis lasse. Mon chagrin et ma prostration sont devenus mon "hurlement silencieux", seul langage à ma portée. Je me renferme sur moi-même pour me faire une carapace et camoufler mon hypersensibilité maladive et ma vulnérabilité extrême, mais surtout pour tenter de ne plus souffrir.

"Toi qui es si gentille pourquoi tu n'as pas d'ami(e)s". Mais justement, j'en ai assez d'être gentille. Ma gentillesse dissimule mon incapacité viscérale à m'affirmer et notamment dire "non". Ne sachant ni me défendre ni dire ce que je pense, je préfère être seule pour ne plus jamais être dominée et objet de remarques ou moqueries de la part des autres.

J'ai par conséquent dans ces deux types de troubles le sentiment d'être constamment en faute à force d'entendre des critiques. Non seulement n'ayant ni confiance en moi ni d'estime de moi-même, mais aussi souffrant d'un trouble grave de la perception de l'image de mon corps et ne m'acceptant guère, tous ces jugements m'écorchent vive et m'achèvent. J'ai même fini par me considérer comme une moins que rien et une "ratée".

[...]Toute notre souffrance (cocktail explosif composé d'un désir viscéral de perfection et d'obtenir l'approbation de tous, de blocages émotionnels, de peurs multiples dont la violence, les conflits, échouer, être rejetée, abandonnée...) nous éloigne de tout et tous, et nous entraîne dans une solitude implacable qui nous ôte toute envie de continuer.

Moi, j'ai ainsi grandi trop vite avec le sentiment que je serai toujours seule, et pire, que je ne pourrai jamais compter sur quiconque dans la vie.

Vittoria Pazalle

Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=1814 -

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Published by eixerona - dans Témoignages -articles - commentaires