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Ce blog ne fait pas l'apologie des troubles du comportement alimentaire.
L'anorexie et la boulimie ne sont ni des jeux, ni des caprices.
Ce sont des pathologies graves pouvant avoir comme issue fatale la mort
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Les députés s'attaquent à l'anorexie
AP | 09.04.2008 | 10:45
La Commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale a adopté mercredi une proposition de loi UMP qui sanctionne l'incitation à l'anorexie.
Le texte rédigé par la députée UMP des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer punit de deux ans d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende "le fait de provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l'exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé". Les peines encourues sont portées à trois ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende en cas de décès de la victime.
Un amendement adopté en commission créée en outre un délit de propagande et de publicité en faveur des moyens de parvenir à une maigreur excessive, passible des mêmes peines. Ce délit inspiré de la provocation au suicide est destiné à lutter contre les articles de presse ou les reportages télévisés incitant à l'anorexie.
La proposition de loi vise les moyens de communication -magazines, sites Internet, blogs- qui poussent les personnes à se priver de nourriture pour maigrir ou font ouvertement l'apologie de l'anorexie, par une "valorisation à outrance d'une image filiforme de la femme". Le texte s'alarme tout particulièrement de la "maigreur excessive de certains mannequins".
L'anorexie mentale touche entre 30.000 et 40.000 personnes en France, essentiellement des jeunes filles. Elle apparaît majoritairement au cours de l'adolescence. Le taux de mortalité est évalué à 5,6% au bout de 10 ans.
Le problème de l'anorexie est d'actualité dans le monde de la mode depuis le décès en novembre 2006 d'une jeune Brésilienne, mannequin de 21 ans, Ana Carolina Reston, morte dans un hôpital de Sao Paulo alors que cette jeune femme d'1,72m pesait 40 kilos.
La proposition de loi Boyer, qui sera examiné mardi 15 avril dans l'hémicycle, complète l'action engagée en janvier 2007 par le gouvernement. Un groupe de travail pluridisciplinaire comprenant des médecins, des professionnels de la mode et des médias, présidé par le pédopsychiatre Marcel Rufo et le sociologue Jean-Pierre Poulain, a rédigé une "charte d'engagement volontaire sur l'image du corps". AP
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/20080409.FAP7127/
Je me suis surpassée en allant en cours jeudi et vendredi (Ironie bien sûr). J’ai stressé et angoissé comme une malade…sans commentaires. Il arrivera le jour où aller en cours ne me stressera pas ? Hum non j’y crois pas….
Bon à la base je n’avais pas la pêche aujourd’hui. Je me suis rendormie ce matin. Jusqu’au dernier moment j’ai failli faire demi tour en allant au lycée…c’est pour dire. Mais « il » m’a parlé, juste trois mots sur msn et me voilà avec une pêche d’enfer. De l’apathie la plus profonde je suis passée à l’excitation totale c'est-à-dire mettre la musique à fond et sauter comme une gamine sur mon lit au grand désespoir de mon chien.
Reste que je me sens énorme. Je mange trop en ce moment. Je ne fais plus assez de sport par manque de temps, à cause de la fatigue et de mes genoux qui me font mal.
Voilà donc pour les quelques news. Ce soir ça va. Pour le moment…
Je me sens seule.
J'en ai marre de devoir faire des efforts pour vivre jour après jour surtout que ça ne m'apporte rien. Rester en vie c'est finalement ne pas rendre malheureuse ma famille. Sinon qu'est-ce qui me retient franchement ?
Tout le monde finit toujours par partir...
Vivre ?...Pour faire quoi ?
La grande déprime des 15-25 ans
Par Jacqueline Remy, Marianne n°570 du 22 au 28 mars 2008
Anorexies graves, phobies scolaires, fuites du réel dans l’alcool ou la drogue…Les jeunes Français vont mal,
très mal. Un malaise touche autant les zones sensibles que les milieux favorisés.
Le titre pourrait passer pour une promesse : « Baccalauréat ». Réalisé à Paris dans le cadre du lycée Buffon par Morgan Gicquel, un élève de terminale S (option cinéma), ce moyen-métrage de cinquante minutes raconte l’histoire de cinq élèves s’apprêtant à essuyer l’épreuve reine de la scolarité française.
« Le premier, en retard, se fait écraser en traversant la rue, détaille l’auteur. La deuxième, qui en a marre de ses parents, se scarifie pour les impressionner, mais elle se rate, se taille une veine, et meurt. Le troisième, pessimiste sur l’état du monde, boycotte une épreuve qu’il juge vaine et inutile. La quatrième fait une overdose s’antidépresseurs. » Et la cinquième ? « Une fois devant la salle, elle décide de ne pas entrer, par solidarité avec les quatre autres. » Bref, le jour dit, aucun d’entre eux ne pénétrera dans la salle d’examen.
Sans le savoir, Morgan Gicquel a parfaitement résumé dans son film – projeté au lycée le 30 janvier dernier, jour de ses 18 ans – les conclusions effarantes d’une batterie de rapports et d’études qui, chacun à sa façon, dressent ces temps-ci un tableau plutôt sombre des jeunes Français. Certains vont mal, très mal. Et, selon une enquête de la Fondation pour l’innovation politique, menée dans 17 pays industrialisés - « Les jeunesses face à leur avenir »-, ils sont, avec les Japonais, les plus pessimistes des 15-29 ans interrogés à travers le monde. Ils voient l’avenir en noir. C’est la grande déprime.
Conduites à risques
Le 20 novembre, Journée internationale des droits de l’enfant, la défenseure ad hoc, Dominique Versini, a donné le la en publiant son rapport annuel, exceptionnellement consacré aux postpubères sous le titre « Adolescents en souffrance, plaidoyer pour une véritable prise en charge ». Ils dorment mal, sèchent la classe, boivent trop, se défoncent, s’automutilent, prennent des psychotropes, ont des problèmes avec la nourriture, jouent avec la mort et, parfois, ce n’est pas un jeu. Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans après les accidents de la route. Les adolescents seraient de plus en plus nombreux à tenter de se suicider (40 000 tentatives annuelles). Ils sont, en revanche, plutôt moins nombreux à en mourir : 577 décès, chez les 15-24 ans en 3005, pour un millier vingt ans plus tôt. Dominique Versini, qui déplore qu’on s’occupe moins des ados que des SDF, insiste : « Ce n’est pas un problème de santé publique, mais un malaise sociétal. » La commission des Affaires sociales du Sénat a monté un groupe de travail sur le sujet, et une coordination interministérielle devait se mettre en place au début de l’année.
Que leur a-t-on fait, ou pas fait, pour qu’ils soient
aussi malheureux ? Certes, seule une frange des adolescents est réellement concernée. Un sur quatre se plaint de troubles du sommeil, un sur 10 prend des médicaments pour lutter contre
l’anxiété ou l’insomnie, un sur 10 souffre de troubles alimentaires (un sur 100 sous une forme très grave), un sur 20 a séché le collège ou le lycée plus de quatre demi-journées par mois. De 5 à
10% admettent s’être fait mal exprès, 11,3% des filles et 6,6% des garçons se sont scarifiés, 28% des 15-19 ans ont été ivres plus de quatre fois dans l’année, et les comas éthyliques se
multiplient. Malgré leur inégale gravité, tous ces faits, additionnés, finissent par faire une masse.
La souffrance a toujours été le prix du passeport pour l’âge adulte. Mains elle prend aujourd’hui des formes impressionnantes, tandis que ce fameux âge adulte, lui, se fait attendre. L’adolescence est devenue un temps de mutation qu’on étire comme un élastique, de plus en plus tôt, de plus en plus tar, dans une absurde cacophonie statistique. Plus personne ne sait à quel seuil fixer l’entrée dans le monde adulte. On est civilement majeur et on a le droit de vote à 18 ans. Mais, dans l’esprit des parents, l’enfant reste un enfant tant qu’il n’a décroché son premier emploi sérieux (à 22 ou 23 en moyenne) ; tant qu’il vit sous le toit familial (21 ans), ou même tant qu’il n’a pas eu son premier bébé (29 ans). Pour les mutuelles et les impôts, on peut rester enfant à charge jusqu’à 25 ans. Aux yeux de la justice, on est responsable pénalement dès 13 ans et, en cas de récidive, l’excuse de minorité –n’est plus automatique au dessus de 16 ans, depuis la loi Dati de l’été 2007. « Si nous sommes des adultes aux yeux de la justice, pourquoi sommes-nous toujours considérés comme des mineurs quand il s’agit de voter ? » s’indigne Morgan Gicquel qui n’est pas loin de penser que, si les ados constituaient une force électorale, on s’intéresserait plus, ou mieux, à eux.
Quoi qu’il en soit, la souffrance adolescente ne s’éteint pas miraculeusement à la
majorité, à en croire le passionnant essai que vient de publier la sociologue Monique Dagnaud – La Teuf, au Seuil- et qui raconte le festival d’autodestruction auquel se livrent
compulsivement une partie des 18-25 ans. En partant d’un enquête sur les conduites à risques réalisée par le Credoc pour la sécurité routière, cette spécialiste des médias a décidé de se pencher
sur les tendances culturelles de cette frange de jeunes (15%) qui, dit-elle, sortent, énormément. Première surprise : elle s’attendait à travailler sur la fièvre du samedi soir mais elle
s’est aperçue que tous les teufeurs que ses enquêteurs avaient repérés sortaient en fait deux ou trois fois par semaine, quitte à ramer dans le brouillard le lendemain pour aller au travail ou en
cours. Deuxième surprise : « Pour eux, comme pour une partie croissante de la jeunesse, la teuf ne constitue pas un moment de respiration, un loisir parmi d’autres, mais un
véritable mode de vie. » Troisième surprise : on ne fait plus la fête, assène-t-elle, on part dans la « déjante », la
« défonce » les bons et les mauvais « délires ». La teuf est une bulle où « des adolescents et postadolescents s’étourdissent de musique, d’alcool
et de drogues dans d’interminables virées nocturnes om les chaos de la planète ne les atteignent pas, écrit Monique Dagnaud. Seuls les intéressent ces tempos qui font battre le
sang » Bref, on s’éclate au risque d’imploser.
Tous les jeunes ne s’adonnent pas sans frein aux vertiges collectifs : un sur six est vraiment accro. Mais assure la sociologue, ces fous de teufs sont des extrémistes qui traduisent un mal-être général et diffus dans leur classe d’âge. Bien que soucieuse de souligner que tous les ados ne vont pas mal, la défenseure des enfants renchéris : « Beaucoup ont du mal à se projeter dans l’avenir, ils ont l’impression qu’ils n’arriveront à rien. » D’où cette folle envie de se carapater.
F
uir la trivialité du réel.
Ils fuient les obstacles, et l’on voit se multiplier les cas de phobie scolaire, forme moderne du cancre, qui, hier coincé près du radiateur en attendant le miracle –comme le raconte tendrement Daniel Pennac dans Chagrin d’école (Gallimard)-, va désormais au plus simple : il reste à la maison. Ils fuient le réel, dans l’alcool, le hasch, ou le virtuel. « Ce sont des mutants ! » s’exclame Dominique Versini, dont le rapport épingle l’addiction contagieuse aux jeux vidéo, et qui, dans un registre moins alarmiste, souligne qu’il y a « presque autant de jeunes blogueurs sur Skyblog (10 millions) que de moins de 18 ans dans la population française (15 millions). » Au fond, ils se fuient eux-mêmes. Souvent dans l’espoir de mieux se retrouver, quitte à se prendre pour leur avatar dans Secondlife, le cyberespace à succès, ou pour un mirage, comme dans Into the Wild, le film de Sean Penn qui fait un tabac dans les salles de cinéma depuis le début de janvier.
Inspiré de l’histoire vraie de Christopher McCandless, un jeune américain promis à un bel avenir qui lâche tout pour se chercher dans la nature brute et sauvage de l’Alaska, le film annonce : Il y a des gens qui partent en quêtent d’aventure, Christopher McCandless était parti en quête de lui-même. » Un voyage initiatique loin de la société de consommation, une traversée mortelle du miroir des apparences : « L’important dans la vie n’est pas d’être fort, dit la voix pff, mais de se sentir fort et de prendre sa propre mesure. » Un message formaté à l’intention des ados, reçu cinq sur cinq. L’histoire finit mal, la morale social est sauve : « Le bonheur ne vaut rien s’il n’est pas partagé. »
On est donc prié de retourner à la civilisation. Et à la
trivialité du réel, 23 janvier, Levallois-Perret. Une quarantaine d’étudiants en sciences de la communication, à qui l’on demande s’il se reconnaissant dans les conclusions françaises de
l’enquête internationale sur le moral des jeunes, réagissent en chœur : « Evidemment, nous sommes pessimistes ! » C’est rare, une génération qui se reconnaît dans les
stéréotypes qu’on file sur elle. Au fond de la salle, une fille, Sarah, finit par s’indigner solitairement, à voix haute : « Arrête de pleurer, on dirait qu’on va tous mourir !
J’en ai marre, de tous ces gens qui se plaignent, moi, je suis optimiste, c’est à nous de changer les choses, c’est à nous de changer le monde ! » Toute la classe se retourne et
lui tombe dessus unanime : « Alice au pays des merveilles, tu te crois dans un film ? » daube l’un. « C’est pas ton optimisme qui va te donner du boulot et
nourrir tes gosses », jette l’autre. « Peut-être qu’elle y arrivera, à son utopie énorme, mais c’est qu’elle aura du bol ! » conclut un troisième. Une utopie
énorme, de « changer les choses » ?
Tout gémissent : « Regardez la télé, on ne nous parle que de guerres, des attentats, des morts, du chômage. On sait qu’on a très peu de chance de s’en sortir, à part ceux qui font des écoles de commerce, à qui les banques accordent des crédits pour payer leurs études et même leur loyer. » Et de citer le livre « désespérant » de cette journaliste qui s’est mise dans la peau d’un bac +3 à la recherche d’un emploi et a galéré pendant un an pour remplir son frigo.
Du béton, ce livre. Pour eux, c’est ça, le réel. Et ils expliquent qu’ils vivent dans un monde hostile, avec pour tout bagage les souvenirs merveilleux et festifs de leurs parents : « C’est d’autant plus dur pour nous qu’on nous parle tout le temps de 68. Leur génération, c’était la liberté. Ils n’avaient pas de diplômes et ils avaient du travail. On a idéalisé cette période, elle nous fait rêver. » Ne sont-ils pas fatigués, justement, d’entendre exalter la jeunesse de leur parents, qu’on va à nouveau célébrer au printemps, en ce quarantième anniversaire ? « Au contraire, protestent-ils. Cela nous intéresse, de comprendre ce qu’on vécu nos parents. » La réciproque n’est évoquée par personne. Ce n’est pas le sujet.
Pessimistes et fatalistes.
Evidemment, la réalité leur donne en partie raison. L’avenir est incertain, d’autant moins balisé que la génération d’avant, très concentrée sur elle-même, a laissé pourrir un certain nombre de dossiers urgents, comme les retraites, l’environnement, les universités, la recherche, les quartiers ghettos. D’ailleurs, le pessimisme des moins de 30 ans est en partie le simple reflet générationnel du moral collectif de la population française, en berne comme chacun le sent. D’après l’enquête Kairos pour la Fondation de l’innovation politique, les Français de 16 à 29 ans sont peu nombreux à penser que leur avenir est prometteur (26%), celui de la société encore moins (4,2%) et à se convaincre qu’ils auront un bon travail (27%), alors que les Danois et les Américains, par exemple, sont selon les deux questions de deux à quatre fois plus nombreux à le croire. Parallèlement, selon une récente étude du Centre d’analyse stratégique, les trois quarts des Français adultes pensent que l’avenir de leurs enfants sera plus difficile que l’a été le leur. Ils se méfient de tout le monde, des institutions, de leurs représentants, de la mondialisation, et même de leur voisin : 22% seulement pensent qu’on peut faire confiance à autrui. Deux économistes, Yann Algan et Pierre Cahuc, qui ont publié à l’automne un essai, la Société de défiance (éditions de la Rue-d’Ulm), y voient la clé de l’autodestruction du modèle français. Mais c’est d’abord une crise du « nous » : collectivement plus pessimistes (avec les Grecs) que les autres Européens, les Français adultes restent optimistes sur leur situation personnelle.
Pas les jeunes. Et ils s’étonnent qu’on s’étonne de leur fatalisme. « On nous martèle que, si on a pas le bac, on n’est rien, que le pays est paralysé et le monde pourri, explique Morgan. On le choix entre rentrer dans des cases, ou se tirer une balle dans la tête. » Les cases, quelles cases ? Ils le disent tous, des collèges de banlieue aux lycées de l’élite, hors des grandes écoles, point de salut assuré. « On sait qu’on risque de ne pas s’en sortir, dit Olga, à l’exception de ceux qui font des écoles de commerce, et à qui les banques accordent des crédits pour payer leurs quatre années d’études et leur loyer. » Tous se targuent d’avoir les pieds sur terre, eux. Pas comme leurs parents, « qui pouvaient s’offrir le luxe d’être idéalistes, il n’y avait pas de chômage. » Hélène soupire : « On a perdu nos illusions. » D’ailleurs, soulignent-ils, les profs le ressassent : il n’y a pas de débouché, c’est la mauvaise filière, la précarité guette. « En L, les profs ne cessent de nous décourager, renchérit Pauline, ça donne pas envie de s’envoler. » D’où leur peur du changement. Qui les pousse à résister aux réformes, « par pur conservatisme » juge Paula. Qui, sauf phobie scolaire, les retient de lâcher les grilles de leur établissement scolaire. « Même quand ils n’on pas cours, ou quand ils sont exclus du collège, observe Hanifa Sadaoui, conseillère principale d’éducation à Clichy, les élèves restent souvent devant les portes. »
Face à ce « réel » qui fait si peur, « soit on s’accroche, on a de l’ambition, dit Louise, soit on laisse tomber, je deviens rien, je fume des pet’ (pétards) toute la journée. » Et sa copine s’exclame : « c’est ce que fait mon frère, il a 19 ans, il est loin d’être con, pourtant il est scotché à un nouveau jeu sur la Toile qui consiste à se passer un joint virtuel d’un internaute à l’autre ! » Laurence Hansen-Love, professeur de philosophie dans deux lycées parisiens et animatrice de plusieurs blogs confirme : « Les élèves sont dans une angoisse inouïe quand il s’agit de décider de qu’ils vont faire l’an prochain. Mais, au-delà de ça, beaucoup souffrent de solitude. Les parents sont souvent absents, ils voyagent professionnellement, en particulier dans les milieux privilégiés. Les mères travaillent. Ceux qui ont leur mère à la maison ne sont pas dans ce désespoir. » Et elle raconte qu’elle voit arriver à ses cours des élèves dans les vapes, qui parfois s’endorment, ou qui, à l’heure du déjeuner, jouent tant dans les salles de jeux vidéo qu’ils ratent la reprise des cours.
Mal-être
général
La surprise de Philippe Daumas, conseiller principal d’éducation, quand il est passé voilà dix ans des établissements de banlieue, où il a mené toute sa carrière, au lycée Buffon, où il la termine, fut de découvrir qu’il y avait autant de problème dans ces quartiers culturellement favorisés que dans les zones sensibles. « Je pensais me reposer, dans cet établissement sélectif, mais je me suis trouvé confronté à un grand nombre d’élèves à problèmes, des cas lourds : des anorexies graves, des dépressions, des phobies scolaires typiques des milieux haut de gamme. A la Courneuve aussi, on sèche les cours, mais par pour ces raisons-là. » Le CPE secoue la tête, soupire, compte : « sur 500 terminales et prépas, j’ai une vingtaine d’anorexiques en cours de traitement. Cela peut paraître marginal. Je trouve que c’est beaucoup. » Et le mal-être est général. Le mélange vodka-joint-jeu vidéo est contagieux. « En dix ans, cela s’est aggravé, les phénomènes d’addictions, en particulier, les beuveries, les heures passées devant l’ordinateur, et puis, en fin de trimestre, les crises de nerfs, de tétanie ou d’épilepsie. Ils sont sous pression, ils pensent qu’ils sont fichus s’ils ne réussissent pas. « Philippe Daumas incrimine moins les contradictions des parents -exigeants et laxistes à la fois- que l’individualisme généralisé : Face à un monde où règnent à leurs yeux magouilles et barbarie, ils n’envisagent pas de s’arrimer à un cadre collectif : c’est le culte de la démerde, de la solution individuelle. » D’ailleurs c’est le leitmotiv parental : « Bagarre-toi » Mais, précise le CPE, « il y a des élèves que ça stimule, et beaucoup que ça épouvante. »
Le malaise des élèves du collège de Clichy, où Hanifa Sadaoui est CPE, s’exprime le plus
souvent par la violence à l’égard d’autrui qu’au lycée de Philippe Daumas. Mais, comme à Paris, l’agressivité des élèves s’y retourne aussi contre eux-mêmes. « On voit des gamins
déprimés qui parlent de suicide à leur famille ou aux trois médiateurs que nous avons mis en place. » Hanifa Sadaoui, instinctivement, affirme que les élèves les moins favorisés
socialement sont aussi, souvent, les plus fragiles, mais elle précise que, dans tous les milieux, les élèves croulent sous les appareils sophistiqués, iPod, portable, etc. « Ils pensent
qu’à consommer. Beaucoup de parents leur donnent énormément d’objets, puis disent "je ne comprends pas, je lui donne tout, et il se comporte mal" » Elle ajoute :
« Pourquoi les ados fourniraient-ils le moindre effort ? Ils ont tout ! » Et elle affirme que les rôles sont souvent inversés dans les familles : « Les
enfants sont des petits Bouddha, ils finissent par remettre en question la parole des parents, puis de tous les adultes. Même les profs sont systématiquement obligés de justifier leurs décisions.
Il faudrait savoir parfois dire : "C’est comme ça parce que c’est comme ça" ».
Or, les parents sont aussi dépassés qu’incohérents, soulignent les psychiatres qui les rencontrent quand leurs enfants vont mal. « C’est un problème éducatif, qui commence tôt, déplore l’un d’entre eux, dans le Gard. Comment voulez-vous apprendre à un enfant à s’habiller, à se concentrer sur son travail, à se coucher à l’heure, quand on l’élève fans l’excitation avec des télés allumées en permanence, y compris dans sa chambre ? » Décourage, ce pédopsychiatre ajoute : Je ne suis pas en position de soigner les enfants. Je dois d’abord rééduquer les parents, qui se sentent coupables dire non à leurs enfants, quitte à crier sans arrêt contre eux sans jamais faire respecter les interdits. » Tout est discutable, même les règles. Selon l’étude du Centre d’analyse stratégique, 39% des Français seulement ne trouvent jamais justifiable de toucher indûment des aides publiques, contre par exemple 83% des Danois. Alors les interdits…Quels interdits ?
Eviter les contraintes
L’incohérence est générale, selon le psychiatre Sylvain Berdah, chef de service à l’hôpital d’Aulnay-Sous-Bois. « Très exigeante, la société ordonne aux jeunes de réussir à tout prix, sans les y préparer. » La découverte de la démocratie a été un progrès, gâché par l’usage qu’on en a fait, en particulier à l’école, accuse-t-il. « Il y a eu une entreprise de démolition menée par les pédagogues, qui ont laissé tomber l’autorité, symbole à leur yeux du pouvoir capitalise. On a voulu que les jeunes soient des chercheurs, et découvrent par eux-mêmes ce qu’ils sont à apprendre. C’est une catastrophe. » Parallèlement à la maison, dit-il, on les protège trop tout en couvant les pires ambitions pour eux. « Ils n’y arrivent pas, ils ne sont pas habitués à faire des efforts, et ils dépriment. Ils s’attaquent à leur corps, par des scarifications ou des tentatives de suicide. Cela fait mal, mais enfin ils savent pourquoi ils ont mal. » Sylvain Berdah, dont l’action de prévention du suicide adolescent est assez efficace puisqu’elle est sanctionnée par un taux de récidive « 10 fois inférieur à la moyenne nationale », a mis en place, bien avant la loi de 2002 qui l’autorise, une consultation où les ados peuvent venir à l’insu de leurs parents : « Très utile pour récupérer les victimes de maltraitance ou d’inceste, de même que les amateurs de cannabis. » Et il a monté des permanences psychologiques dans plusieurs collèges de Seine-Saint-Denis, où il reçoit enseignants et élèves.
A l’école des parents et des éducateurs d’Ile-de-France, qui a lancé en 1995, un
numéro vert, Fil Santé Jeunes, la psychologue Marie-Catherine Chikh résume les plaintes : « C’est tous des cons (mes parents, les profs). Mon père, je ne le vois jamais. Je
n’arrive à que dalle. Je n’ai pas pris la bonne voie. Je n’ai envie de rien ? Je suis toujours dans ma chambre. C’est normal de penser qu’on pourrait passer par la fenêtre à 12
ans ? » Mais elle prévient : « Ils sont dépressifs comme les autres générations. La plupart des gens aujourd’hui, considèrent qu’ils ont droit au
bonheur de 8 heures du matin à 8 heures du soir. Dès que ça s’arrête, ils se croient
malheureux. » Cette incapacité à affronter les difficultés est particulièrement aiguë chez les ados qui, comme l’explique le psychiatre Patrice Huerre (Les
nouveaux ados, éditions Bayard), manquent de bouc émissaire : faute de régulations et de contraintes, « chacun est renvoyé à lui-même et ne peut plus en vouloir aussi
facilement à une instance supérieur. » Laura, 17 ans, conclut : « Chacun doit contrôler sa vie mais on est perdu. »
Certes, la plupart des experts soulignent qu’il ne faut pas généraliser l’angoisse adolescente. Pourtant, en privé, pas un d’entre eux ne se dit serein sur le sujet ? Le sociologue Paul Yonnet, auteur d’un ouvrage remarquable sur la famille (le recul de la mort, l’avènement de l’individu contemporain, Gallimard) affirme que les ados sont placés dans des contradictions mortifères. « Ils sont élevés dans le fétichisme de l’autonomie. On les a amenés à prouver qu’ils étaient des enfants du désir. Ils sont dotés d’un moi surpuissant, reconnu très tôt. Mais leur entrée dans la vie active, problématique, ne cesse d’être retardée. Ils se réfugient dans des conduites d’épuisement de leur attente. » Yonnet parle de « pathologies » de la maîtrise du réel. Ils ont eu pour parents des adultes « qui se sont octroyés le droit de se séparer dès que l’un ne peut plus supporter l’autre. » Même s’ils ne séparent pas, c’est possible, et c’est angoissant. « Et on leur tient des discours apocalyptiques sur la planète. » Que maîtrisent-ils, tant qu’ils ne travaillent pas ? A peine leur monde virtuel ? Sur Skyblog, Babybadgirl se présente : elle aime « fumer, sortir, tapé des bars, mé pote, ma fami » Elle déteste : « (se) priver, (se) prendre la tête. » Deux blogs plus loin, Elixianne : « Je sais pas trop quoi mettre si c’n’est qu’il y a interdiction de se prendre la tête. »
Pour les prises de tête, on a le temps, clament les mutants. Et quand on leur demande s’ils sont prêts à assumer par leurs impôts les retraites de la génération précédente, les jeunes Français sont les derniers (11%) à dire oui, contre 63% des Chinois, 35% des Danois, 32% des Américains. On les exhorte à devenir eux-mêmes, tout en leur assénant qu’ils ont à peine un avenir de variable d’ajustement dans un monde qui s’effondre. Comment peut-on leur demander en plus de soutenir les autres ?
